The Distant Infinite

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17/20
Nom du groupe Runescarred
Nom de l'album The Distant Infinite
Type Album
Date de parution 21 Fevrier 2020
Style MusicalHeavy Progressif
Membres possèdant cet album1

Tracklist

1.
 Hexit
 04:38
2.
 Inviting Rivers
 03:33
3.
 Minor Progressions
 05:04
4.
 Swallow Your Tail
 05:48
5.
 Legionem Eclipsem
 04:11
6.
 Twisting Flesh
 06:53
7.
 This Distant Infinite
 01:57
8.
 Sorrow Is
 03:15
9.
 Poison Oasis
 05:30
10.
 Mammoth
 05:41

Durée totale : 46:30

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Runescarred


Chronique @ Hibernatus

21 Fevrier 2020

Chatoyant et rugueux, émouvant et dévastateur

Le groupe texan Runescarred est l'héritier d'une formation assez underground issue de la scène d'Austin : les atypiques thrashers de Dead Earth Politics, dont on a pu dire que le style oscillait entre Maiden et Lamb of God ; on le voit, le spectre est large. La filiation est d'autant plus transparente que leur nom est tiré d'un titre du tout dernier EP de D.E.P. sorti avant son split de 2017. Le chanteur Ven Scott et le guitariste Tim Driscoll s'adjoignent les services du batteur Payton Holekamp, du groupe Southern Front au Thrash de plus stricte obédience, ainsi que du bassiste Josh Robin et, pour ce présent album, du guitariste Skunk Manhattan.

Les gars ont faim et démontrent qu'ils ne sont pas là pour passer le temps. Outre de nombreux concerts locaux, l'année 2018 voit la sortie d'un excellent EP à l'intitulé fondateur, « We Are », et celle de deux singles, dont une bonne reprise du Moonchild d'Iron Maiden. 2019 est consacrée, sans pour autant oublier la scène, à la préparation et l'enregistrement de leur premier album, « The Distant Infinite ». Le tout est auto-produit (on est dans l'underground, que diable), mais force est de convenir que l'on reste dans une excellente qualité d'enregistrement. C'est bien la moindre des choses, car le groupe s'affiche lui-même dans la catégorie du Metal Progressif.

D'ores et déjà, j'invite tout lecteur que pourrait hérisser le qualificatif « prog » à se remémorer les petits indices semés précédemment, genre « Thrash » ou « Maiden ». De même, je rassure d'avance ceux que rebutent les long titres d'une demi-heure et plus : « The Distant Infinite » est un album de 46mn réparties sur dix titres, voilà qui est assez honnête non ? Je ne voudrais pas pour autant décourager les progueux, qui se régaleront avec les déroulés inattendus d'une bonne partie des titres, la foisonnante variété d'inspirations qui anime l'album et le très haut niveau technique des intervenants. D'ailleurs, à ce sujet, Tim Driscoll signale en rigolant qu'il a un très coûteux papier certifiant qu'il sait jouer de la gratte : après plus de 10 ans, il doit toujours des sous au prestigieux mais onéreux Berkley College of Music, par où sont passés quelques cadors (Tim Owens, J. Petrucci, M. Portnoy, S. Vai...).

Même si on a écouté les précédentes sorties de Runescarred, l'album surprend par un début particulièrement fracassant. La courte et calme intro de Hexit est bien trompeuse, on a ici un redoutable brûlot plein de fureur et de panache. Le rythme saccadé et rapide, brièvement aéré par des passages mélodieux, évoque le Symphony X de « Paradise Lost », pour ne pas dire carrément Megadeth. Que demander de mieux qu'une magistrale baffe du meilleur aloi possible pour entamer un disque, je vous le demande ?

Tout le début de « The Distant Infinite » est du même calibre. Runescarred est tellurique, il emporte tout sur son passage, avec la batterie de dément de Payton Holekamp judicieusement mixée en avant. Une basse nerveuse introduit Inviting Rivers, dont le riff heurté alterne avec des passages plus amples. Legionem Eclipsem, à l'entame agressive, est résolument noir et déchiqueté. Sans aller jusqu'à parler de Speed, on est dans un up-tempo qui hésite entre le Punk et le Savatage époque « Power of the Night ». Avec en prime des titillements de guitare rythmique à la Manilla Road. Terrible et sombre, Minor progression est illuminé par un court refrain mélodieusement optimiste, écartelé entre des parties vocales se baladant entre le rauque plombé et la clarté limpide.

Il est en effet temps de parler de Ven Scott. Dans les derniers temps de Dead Earth Politics, il laisse de plus en plus parler sa voix claire en complément du grondement ou du growl. Laissant avec bonheur libre court à ce parti-pris dans Runescarred, il enrichit superbement la palette expressive du nouveau groupe. Surtout il révèle à la face du monde un chanteur d'exception au registre complet.

On l’avait fortement soupçonné avec l’énigmatique Swallow Your Tail, qui adoucissait la furia de ce début d’album : les paysages changeants de ce mid tempo plus lourd et très axé sur la mélodie ont sans conteste une texture plus progressive, notamment les développements instrumentaux du dernier tiers. Surtout, ce titre fait la part belle à la voix de Ven Scott, emportant la conviction sur un refrain magnifique et exaltant. Mais on s’apprête à découvrir mieux dans ce domaine.

En effet, Swallow Your Tail anticipe le premier tournant du disque, pleinement effectif à partir de Twisting Flesh : ici, Runnescarred rejoint le meilleur de Demons & Wizards dans l’art de la fausse ballade agitée de soubresauts torturés. Du reste, la voix de Ven, claire de bout en bout, n’est pas sans évoquer celle de Hansi Kürsch : sa parfaite tenue de note dans les montées en registre et en intensité lui confère une puissante charge émotionnelle.

On n’a encore rien vu. Pour bien marquer la rupture, la batterie de Holekamp se met en vacances pour deux titres. This Distant Infinite est un bref instrumental aux harmonies rêveuses qui nous met pleinement en condition pour l’écoute de Sorrow Is ; cette ballade Folk, entièrement acoustique (hormis la basse), est une démonstration vocale de Ven Scott. Il y surpasse techniquement sa prestation sur Twisting Flesh et son extrême conviction serre la gorge de l’auditeur.

Il doit en avoir assez car il se lâche sur l’entame du titre suivant, où ses puissants hurlements signalent sans ambiguïté la fin de la période émolliente. Ce troisième temps de l’album est plus orienté Heavy. Poison Oasis est heurté, avec un début un peu bipolaire où alternent une voix récitative, presque a capella, et une série de riffs évoquant tour à tour Maiden et Savatage. On finit en beauté sur le très gouleyant Mammoth, enthousiasmante invitation à la réalisation personnelle, teigneux sur les couplets et débordant de souffle sur le refrain.

Seul un groupe à la personnalité affirmée parvient à mélanger avec aisance et fluidité des plages aussi différenciées que celles qui se succèdent sur cet excellent « The Distant Infinite ». La remarque vaut aussi pour la structure interne des titres où l'étendue des expressions vocales et musicales, du growl au lyrisme, du riff Thrash au velouté Floydien : jamais, pourtant, on ne perd le fil du propos, jamais on ne se retrouve sur le bas côté. Les cinq musiciens ont à cœur d'associer à leur grande dextérité technique un groove et un feeling résolument accrocheurs. Détail typique de leur sens du collectif : les soli sont très courts et toujours intégrés dans des passages instrumentaux qui font honneur à la totalité des intervenants.

Tim Driscoll nous apprend que le titre du disque, « The Distant Infinite », n'exprime rien d'autre que la quête de la perfection. Son caractère inaccessible ne saurait être une excuse pour ne pas la viser, encore et encore : quel autre objectif pourraient bien poursuivre des musiciens ambitieux ? Chatoyant et rugueux, émouvant et dévastateur, ce premier album est un feu d'artifice. On ne peut que croiser les doigts pour qu'il soit suivi de nombreux petits frères de semblable acabit.
Ce soir, j'aime le Texas !

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