Les Italiens de
Darkend sont encore relativement inconnus, pourtant, ils pratiquent depuis 2006 un black symphonique de haute volée qui, même s’il n’est pas très original, reste extrêmement soigné et bien composé.
The Canticle of Shadows est désormais leur quatrième album, et il se pourrait bien qu’il aide le sextet à atteindre la notoriété qu’il mérite : sept compositions particulièrement riches et travaillées, mettant autant l’accent sur la puissance que sur les atmosphères, agrémentées qui plus est par la présence d’invités de marque tels Kvarforth,
Attila Csihar, Sakis Tolis et Labes C. Necrothytus (
Abysmal Grief), voilà ce que les Italiens nous proposent sur leur nouvelle réalisation qui est de loin leur meilleure à ce jour.
C’est Clavicula Salomonis qui entame la représentation, mettant en scène une pièce aux sonorités très cinématographiques, qui s’ouvre sur des percussions lourdes pleines d’un écho solennel, des chœurs religieux, une petite cloche au tintement sibyllin et des nappes de clavier sournoises et inquiétantes. Puis soudain, c’est l’explosion avec cette batterie particulièrement mise en avant qui nous terrasse de ses blasts dévastateurs, ces riffs rapides qui nous cisaillent les chairs et la voix hurlée d’Animae, classique mais expressive et efficace. A l’instar des six autres titres qui composent
The Canticle of Shadows, Clavicula Salomonis est une longue pièce épique riche et variée, alternant des passages particulièrement agressifs et rapides dans la plus pure tradition black avec des parties plus atmosphériques et intimistes. Les claviers jouent un rôle important, tissant une multitude d’ambiances oscillant entre spiritualité dérangée, baroque décadent et gothique macabre, et d’autres orchestrations plus discrètes viennent ajouter à l’ensemble un relief considérable, cuivres, orgues et violons en tête.
Of The Defunct continue à explorer ce sillon cinématographique, s’ouvrant sur ces pas résonnant sur le pavé dallé d’un vieux sanctuaire, le grincement sinistre d’une vielle porte, et des chœurs liturgiques sereins, avant qu’un terrible blast ne vienne emporter le morceau dans un tourbillon de violence, insidieusement appuyé par ces accords dissonants qui résonnent comme un appel au Démon. Les vocaux à la fois habités et criards de
Attila Csihar nous hérissent les cheveux sur la nuque, tandis que ce riff tournoyant et irrésistible nous transperce le cœur comme un trait brûlant et pénètre notre cerveau engourdi par la violence du choc.
En milieu de piste, on a un break égrainant quelques notes de piano, portées par le souffle lugubre du vent et des bruitages indéfinissables et sinistres, puis le titre repart, oscillant entre black mid tempo mélodique et mélancolique, et explosions de violence hystériques et meurtrières, le tout toujours appuyé par des orchestrations discrètes mais soignées et un travail sur les guitares remarquable.
Chaque titre est excellent et possède ses moments forts (les passages acoustiques et le saxophone de A Precipice Towards
Abyssal Caves, au désespoir langoureux et contagieux, le mid tempo sourd et anxiogène de Passage
Through Abysmal Caverns , aux guitares hypnotiques et vénéneuses, au chant incantatoire de Kvarforth et aux violons au romantisme tourmenté, la grandiloquence symphonique et le blast bombastique qui entament Sealed in Black
Moon…) mais le tout parvient à conserver une cohérence surprenante. Congressus Cum Daemone vient clore ces 48 minutes avec la même mélodie de clavier qui entame Clavicula Salomonis, et la boucle démoniaque est définitivement bouclée.
Bien sûr, on distinguera quelques influences évidentes dans la musique des Italiens, Cradle of
Filth en tête, surtout dans les intonations vocales d’Animae, ainsi que les inévitables
Dimmu Borgir, mais
Darkend se distingue de ses homologues italiens par une violence et une puissance accrues : plus dévastateur et rapide que
Graveworm ou
Lord Vampyr, bien plus personnel que
Riul Doamnei, le quatuor parvient finalement à jouer une musique assez personnelle même s’il n’invente rien, à l’instar d’un
Saille dont le côté racé, riche et fouillé des compositions le rapproche indéniablement.
Et finalement, dans les faits, cet album surpasse largement les nombreuses sorties lisses et sans personnalité qui pullulent sur la scène black symphonique, et même la plupart des dernières réalisations des cadors du genre qui peinent souvent à se renouveler.
Avec Canticle of Shadows,
Darkend vient d’accoucher d’un excellent album qui fera sans doute date dans sa discographie. Riche, fourmillant de détails, puissante, agressive et mélodique à la fois, la musique des Italiens est réellement bluffante et séduira à coup sûr tous les amateurs du genre. Un incontournable du black sympho de 2016, ni plus ni moins !
Foncez, c´est vraiment de l´excellent travail!
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