Le Métal moderne nous a offert une masse considérable de groupes sans saveur, sans âme, mais certains groupes ont réussi à tirer leur épingle du jeu et à s'affirmer.
Anger peut désormais se targuer d'en faire partie, avec un album vraiment réussi. "The Bliss" rassemble tout le savoir faire des Portugais, et on retrouve un bon paquet d'influences différentes dans une seule musique : la leur. Se situant entre l'Alternatif et le Progressif, parfois proche du Néo, leurs morceaux explorent des mélanges jusque là inédits, comme sur "Gonna Drown", où l'intro atmosphérique s'efface pour laisser les rênes à une mise en place beaucoup plus Néo, riffs à la
Korn et technicité au rendez-vous. Que l'on soit bien d'accord,
Anger n'est pas un groupe violent qui vous communiquera une haine rageuse ; mais une formation qui vous fera redécouvrir le Métal dans ses parures les plus musicales. Le chanteur est ultra technique, avec une voix rauque et touchante, parfois proche de celle de
Kurt Cobain, de par ses accents éraillés. Avec "The Bliss", vous entrez dans un monde où tout est possible, et où tout sonne groovy et aérien, mais dédicément démesurément Métal...
Attaquons les hostilités avec "Feel My
Anger", titre qui n'est pas loin d'être le plus secoué de l'album. Un bridge surprenant coupe la chanson en deux, avant que le chanteur ne se mette à scander des "Angeeeeeer" un peu répétitifs, mais efficaces. Ce titre nous permet de situer les limites du groupe : ils n'iront pas plus loin qu'un Néo un peu énervé, et d'ailleurs c'est tant mieux, car leur spécialité n'est pas là dedans. Et on se rend très vite compte que ce qu'il font de mieux, c'est un Métal finalement assez Progressif, avec "Another Game" comme fer de lance. Ce titre est une pure merveille, une perle absolue. A l'écoute des premiers accords posés après l'introduction, on perçoit immédiatement une influence tout à leur honneur :
Dream Theater, notamment au travers de l'album "Train Of Thought"... Et au moment où le chanteur entonne le refrain, on se dit "C'est une bombe !", et l'on se surprend à le reprendre avec lui au deuxième refrain. L'apport très léger (mais présent) de nappes allège le tout et confère à la soupe une ambiance
Dream Theater surnageante. Un peu plus énervé, certes, mais incontestable !
Après ce fabuleux "Another Game", relever le challenge de proposer des titres aussi accrocheurs était difficile. Et
Anger n'a pas toujours réussi à s'en sortir, c'est dommage. "Iced" ou "
Devil In My Mind" sonnent Néo classique, même si la qualité musicale est au rendez-vous, ainsi que le chant excellent, ce qui les démarque un peu du Néo commercial, purée immonde s'il en est. "Say (What You Wanna)" nous fait redresser l'oreille, à l'écoute d'une intro qui fera penser à certains accords de
Deftones. Et l'on fait bien de relever la tête, car après cette introduction planante vient un riff bien lourd, scandé à la batterie par une rythmique peu banale. Le reste du morceau sombre un peu dans le déjà vu, ce qui reflète un peu la majeure critique que je ferais de cet album. Certains titres sonnent "déjà vu", encore une fois c'est dommage. Heureusement, d'autres comme "Instants" nous proposent des mises en places un peu différentes, avec des gimmicks lâchés dans les aigus qui apportent une touche atmosphérique à une chanson qui ne l'est pas forcément au départ. Suivront quelques titres toujours intéressants, avec l'intégration de sons peu utilisés dans le métal, qui offrent un mélange qui colle parfaitement au groupe. Puis vient la curiosité de l'album (bien qu'il en soit plein !) : "Kenemy", mélangeant des ambiances électriques (après plus d'une minute d'introduction) avec un refrain carrément Néo énervé, et où l'on entend le chanteur se mettre à brailler avec un timbre qu'on ne lui connaissait pas jusque là. La mise en place est suprenante, vraiment étonnante, avec plusieurs changement radicaux de plans, des samples, des riffs assez gras ; tout le talent du groupe s'exprime dans ce titre hybride. La suite (et fin) ne surprend pas, mais la qualité est toujours au rendez-vous. "Gonna Drown" verse également dans l'hybride, comme je le disais en introduction, et enfin "
Lost Soul" ouvre des perspectives électro au groupe, pourquoi pas ?
En bref, et pour conclure, cet album rassemble énormément d'influences ; on reconnaît
Korn,
Dream Theater,
Deftones, et même
Coal Chamber ou encore
Metallica.
Anger produit un Métal Alternatif à géométrie variable, la production est d'excellente qualité, les idées sont là, et certains titres sont vraiment marquants. Le problème est qu'il reste trop de morceaux qui n'apportent rien de bien nouveau. Mais une fois de plus, le fait que la musique soit léchée, de qualité et bien en place permet de faire passer plus facilement la pilule. A réserver sans conteste à un public orienté Néo / Prog, mais c'est un album qui pour moi peut mériter le détour.
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