Mortuary est un groupe originaire de l'Est de la France formé à la fin des années 80 et jouissant d'une crédibilité certaine dans l'underground, français notamment. Jamais réellement porté par la presse dite spécialisée en son temps, ni par un label susceptible de lui faire percer les portes d'une notoriété jamais atteinte, les Nancéiens ont sorti à intervalles plus ou moins réguliers cinq albums depuis lors.
Pas des stakhanovistes donc qui sortent des disques professionnellement pour hisser leur bébé coûte que coûte à force de sorties plus ou moins dispensables, mais toujours cet amour du deathmetal un brin sauvage et carré au succès d'estime avéré dans l'hexagone et quelques zones limitrophes. Aujourd'hui signé par Xenokorp (
Mercyless en copains le label),
Mortuary lâche son sixième album,
The Autophagous Reign, à la pochette regorgeant de détails dessinée par Lukasz JASZAK (
Blood red Throne,
Emperor) rappelant un (tout petit) peu l'idée du crâne central conceptualisé pour
Eradicate (1997).
En 2019 que vaut
Mortuary ? N'y allons pas par quatre chemins,
The Autophagous Reign est un album complètement actuel dans le petit paysage du deathmetal mondial. Reprenant à son compte, avec la légitimité de son grand âge les codes chers à
Vader, avec cette petite touche thrashy sur les bords (l'intense "The Sapiens Order"),
Mortuary pond tout au long de ses 47 minutes un deathmetal à consonance contemporaine, à l'instar de ce que font
Malevolent Creation ou
Deicide. De
Deicide justement, les 5 Nancéiens reprennent l'intensité rythmique, implacable à de nombreuses reprises ("Disposable" qui fait mal aux dents), mais aussi, et cela pourra constituer un bémol, un growl assez omniprésent (à l'instar de Glen Benton depuis quelques albums). En effet, et c'est un peu gênant par moments, un peu d'aération rythmique serait bienvenue, tant les plans de grattes et nombreux breaks sont bien trouvés, mais peu mis en valeur par une présence trop importante des parties vocales, qui bouffent quelque peu l'espace sonique au détriment d'une lisibilité des compositions et de fait, de leur appréciation.
Ce bémol mis à part,
The Autophagous Reign comporte bien plus d'idées que le dernier
Vader, par exemple, dans un registre assez proche, et bénéficie d'une flopée de passages fort en bouche d'une intensité remarquable, porté par une assise rythmique redoutable. Up-tempo la plupart du temps, avec quelques soli utilisés à bon escient qui aèrent l'album, et des petits passages inattendus (la mélodie centrale de "
Eternal", le solo de "Onwards to the Terminus", la partie au piano finale de "
Memorial In Vivo"), le tabassage en règle plaira sans aucun doute à ceux qui trouvent le dernier
Krisiun édulcoré, par exemple. Doté d'une puissance de feu n'ayant rien à envier aux groupes précités,
Mortuary accède ainsi allègrement à la première division du death des années 2010, bénéficiant d'une production Vaderesque (les studios Hertz comme les Polonais, et un son un brin mécanique, on aime ou pas). Notons par ailleurs un "Cheptel" dans la langue de Molière, d'une minute quarante et limite indus sur son début avant une déflagration sonore métronomique, mélange des genres osé sur ce coup.
Nonobstant un growl de Patrick Germonville que les plus tatillons pourraient trouver un brin monocorde et trop présent comme évoqué ci-dessus, et enfin porté par un label à l'amplitude confortable qui semble croire en eux - témoin les encarts de pub actuels en magazines et une tournée à venir cet hiver -
Mortuary pourrait parfaitement quitter la confidentialité qui les a souvent accompagné pour un succès auprès des deathsters les plus exigeants. La paire Legras/Baudin accomplit un boulot monstre et le couple basse/batterie avec un Voirin impérial aux baguettes a dû bien dormir après les sessions d'enregistrements donnant un album dense de haut niveau (le bien nommé "
Monuments" et son terrible riff à 3'31" précédant une déclamation vocale surprenante). L'album de la reconnaissance destiné à régner sur le monde pour toujours ? C'est tout le mal qu'on peut leur souhaiter.
P.S. : A savoir que les premiers pressages contiendront de nombreux bonus sous forme d'extraits de démos de différentes périodes, mais également des versions en "pré-production" des titres de l'album, pas livrés par le label pour la chronique.
Bon bah encore un album à se procurer! Le metal est fait pour nous ruiner....O_o
Pour ne pas dire Mercyless ;)
Oups, corrigé bien sûr.
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