The Architects

ajouter les paroles de l'album
ajouter une chronique/commentaire
Ajouter un fichier audio
16/20
Nom du groupe Randal Collier-Ford
Nom de l'album The Architects
Type Album
Date de parution 27 Janvier 2015
Labels Cryo Chamber
Style MusicalDark Ambient
Membres possèdant cet album1

Tracklist

1. A New Age
2. Construction of a Demon
3. Eye of the Watchers
4. The Return
5. Grave of the Chariots
6. Hellgate
7. Cove of the Architects
8. Void

Acheter cet album

Randal Collier-Ford


Chronique @ Dotflac

21 Mars 2015

La peur de soi

Je vais être honnête avec vous : avant cette galette, je connaissais Randal Collier-Ford aussi bien que j'apprécie écouter le dernier single de Rihanna quand il inonde les ondes radio que je n'écoute de toute façon plus. Bien que je pioche de temps en temps dans le catalogue du netlabel anglais Kalpamantra, ses précédents albums, tous sortis là-bas, sont passés sous mon seuil radar. Chose corrigée, maintenant que The Architects est paru chez mon favori Cryo Chamber (depuis deux mois, je sais, je suis à la bourre) et me le fait découvrir ; il fallait alors bien s'éduquer un peu et juger de la progression du bonhomme depuis 2012. Évoluant depuis sa dernière sortie des seuls sentiers battus du drone vers une attention plus particulière portée aux field recordings fracturant l'espace vital sans vergogne, l'artiste creuse ce qu'il a entamé en août 2014 sur un album au titre intranscriptible, pour mieux nous emmener dans son univers oppressant gouverné par des puissances inimaginables.

De bout en bout, The Architects est une expérience exigeante et éreintante. 50 minutes de dark ambient rituel, parsemées d'enregistrements claustrogènes, qui ne laisseront quelques temps morts que pour mieux enfoncer le clou au prochain assaut sonique. Des atmosphères denses et viscérales provenant des abysses du temps ne s'expriment ici pas avec de la distance, comme c'est souvent le cas dans le drone, mais semblent réellement émerger du plus profond de nous-mêmes, en témoigne le sound design à bout portant du bonhomme.

Râles mécaniques et respirations sifflotantes, chuchotements indistincts et erratiques, événements obscurs et abstraits, toutes les textures crépitantes et épidermiques qui nous parviennent ne peuvent pas être étouffées vu que leur épicentre se situe dans notre tête. Se boucher les oreilles ne fera que leur donner plus d'impact sur nous. Et c'est là que je trouve la progression de l'album intéressante car, plus on avance dans l'écoute, plus ces sons deviennent proches et insidieux. Comme si la folie apprenait à nous connaître et décelait avec une facilité déconcertante nos faiblesses, comme si cette elle était un être doué d'une volonté propre qui se servait de nous et souhaitait sortir de notre corps en nous passant préalablement à la moulinette.

Car ces compositions schizophréniques ne donnent pas l'impression d'être un dérivé direct de notre psyché, mais ont plutôt l'air de provenir des mêmes dimensions éloignées où des dieux déchus se révoltent vainement, dans les tréfonds de l'espace et du temps, et dont les significations originelles sont distordues par notre propre conscience humaine et moderne, un présent déshumanisé qui aliène les messages qui y sont filtrés. Un dialogue forcé dont les interlocuteurs semblent si proches, mais dont les origines exactes sont pourtant bien hors de portée. En résulte un malaise latent et insolvable qui nous consume un peu plus à chaque piste, jusqu'à ce que l'ambiance claustrophobique nous vainque complètement à partir de Hellgate et ses crescendos de cordes aux allures horrifiques, et réveille nos démons intérieurs jusqu'à l'extinction de ce qui fait de nous ce que nous sommes à la fin de l'album.

The Architects sort clairement du lot habituel de galettes dark ambient, prenant à contre-pied les projets qui oppressent habituellement les auditeurs via des éléments externes et tendront ultimement au repliement sur soi, après avoir concassé le mental à coups de drones suffocants et de field recordings désolés. Ici, Randal Collier-Ford nous piège intelligemment et fait venir l'angoisse de l'endroit où nous nous sentons habituellement le mieux : dans notre tête, avec nous-mêmes. Et comme il a toujours été plus facile de briser des défenses de l'intérieur, on se retrouve vite démuni face aux pulsations de basses fréquences qui fragilisent nos fondations, comme dans The Return, et laissent aux éléments plus aigus et au bord de la saturation tout le loisir de fracasser le mur de notre conscience et de notre volonté. Le Moi, le Surmoi et le Ça sont balayés, nous ne sommes plus qu'un intermédiaire soumis à une folie qui a pris possession de nous.

Très bonne surprise de la part de l'Américain donc, qui offre un album en marge des productions actuelles et le fait bien. Mais je vous ai prévenu : l'expérience d'écoute n'est pas des plus reposantes, et est une épreuve qui ne vous fera pas de cadeaux.

0 Commentaire

0 J'aime

Partager
    Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire

Autres productions de Randal Collier-Ford