Le monde du metal est vaste, très vaste, et les habitants y sont nombreux. S'y faire un nom et une (bonne) réputation est donc très difficile. Certains ont la chance d'être aidés dès le début de leur carrière par des maisons de disque (plus ou moins importantes), ce qui est bien sûr un gros avantage. Les maisons de disque, elles, choisissent leurs petits protégés sur des critères qu'elles seules connaissent (mais on y retrouve souvent un certain aspect commercial). Tout cela pour dire que si des groupes restent sur le carreau et doivent s'élever eux-mêmes par leurs propres moyens, ce n'est pas forcément parce que la qualité n'y est pas. C'est même bien souvent le contraire.
Sans label donc, et avec un deuxième album à faire connaître, je vous présente aujourd'hui le groupe espagnol
Time Symmetry. Ils s'affichent souvent (mais est-ce leur volonté ?) avec l'étiquette "metal progressif", mais il est clair qu'à l'écoute de l'album ce n'est pas le premier genre dans lequel on classerait le groupe. Cependant vouloir absolument faire rentrer la musique de
Time Symmetry dans un genre précis serait fort réducteur. En effet, leur son est plutôt éloigné du metal progressif classique, et on pourrait ajouter à la fois les qualificatifs "heavy, power, hard rock, mélodique" – la liste est non-exhaustive. Par dessus tout, l'album, nommé
Tetraktys, s'appuie sur un concept historique assez vaste, à propos d'un soldat allemand fuyant la montée du nazisme, tout ça avec pour fond l'histoire des troubles connus par l'Europe durant la première moitié du XXième siècle. Cela est original pour un concept-album, surtout que le sujet est très étendu, mais il ne faut pas qu'il prenne le pas sur la musique. D'autant plus que nos amis espagnols ne sont pas des petits joueurs, puisqu'ils proposent avec
Tetraktys soixante-dix minutes de musique. C'est donc un gros risque pris, et l'enjeu est alors plus important.
Une introduction dans un album de "heavy progressif" (car c'est ce qui s'en rapproche le plus) est loin d'être obligatoire, mais il est vrai la plupart du temps réussie et agréable. Ici l'apéritif n'était pas nécessaire, et on aurait pu attaquer le repas directement. Les quelques bruitages et notes de guitare de January 18th n'apportent pas beaucoup (même rien) à l'album et au concept, et auraient pu être passés. On en arrive ainsi à la première chanson de l'opus, étrangement nommée 1871 qui permet par rapport au concept de prendre du recul historique sur ce qui sera le sujet principal de
Tetraktys.
Un riff malsain, sec et lourd, nous prend tout de suite ; le chant démarre ensuite, très grave, un peu hurlé. Première impression : c'est bien réalisé, la production, pour avoir été faite soi-même est bonne pour tous les instruments, le seul défaut est la batterie qui manque un peu de punch. Le chant est assez mis en avant, mais comme il est bon c'est correct, et la basse est assez audible (plus que d'habitude en auto-production). Le refrain est fort sympathique, chanté en chœurs, mais très peu mélodique, ce qui n'est pas désagréable mais surprenant. Le solo est très bien exécuté lui aussi, le guitariste Jorge Velasco est un véritable virtuose. Le passage à la suite du solo est très intéressant, la guitare se fait lancinante, on entend quelques chœurs, un peu de guitare sèche, et on retourne finalement vers le refrain.
Cette première chanson est assez représentative du reste de l'album, et on a donc la plupart des morceaux fonctionnant sur une base heavy très sèche et relativement lente. On note cependant pour certains titres une meilleure production – en particulier en ce qui concerne le son de la batterie – par exemple avec le titre éponyme.
Tetraktys est d'ailleurs un de mes morceaux préférés de l'opus, avec un très bon chant et une guitare très mélodique. La guitare est le gros point fort de cet album, Jorge Velasco étant à la fois capable de créer des ambiances bien sombres uniquement avec un riff, et des soli aériens diablement bien exécutés.
Si la grande majorité des chansons se situent dans un registre heavy metal, d'autres, plus calmes, tendent plutôt vers le rock. C'est le cas du magnifique Consecuences, ou encore du sympathique Disharmony, et là les guitares électriques cèdent leur place ou cohabitent avec des guitares sèches. Ces baisses de rythme sont un bon point pour l'album, car elles tombent au bon moment, et réussissent à mieux le faire passer dans sa totalité (soixante-dix minutes quand même, rappelons-le).
Le seul problème est que, malgré les "interludes" plus calmes,
Tetraktys pêche tout de même par sa longueur. Il n'y a pas de morceaux réellement plus faibles que l'ensemble, non, le problème vient surtout d'une certaine répétition dans la façon de composer. Si au début de l'opus on est complètement pris par les riffs efficaces bien speed, on ressent au bout d'une demi-douzaine de chansons de ce genre une petite lassitude. Il se passe la même chose au niveau du chant de Dave Rubio, si celui-ci est très correct, les mélodies vocales ont tendance à se ressembler et à se répéter. En même temps il serait peut-être injuste de vouloir un chant qui part de temps en temps dans les aiguës, tout le monde n'a bien sûr pas les mêmes capacités vocales (et c'est aussi un choix artistique).
Les madrilènes de
Time Symmetry nous livrent donc un album qui, même s'il est loin d'être parfait, laisse présager de belles choses pour l'avenir. Qu'ils gardent absolument pour la suite ce qui fait leur originalité, soit une musique sèche et très heavy, et il ne restera alors qu'à corriger quelques menus défauts, et peut-être même s'orienter vers quelque chose de plus mélodique. En tout cas pour l'instant, ils peuvent être fiers de leur travail, et se présenter la tête haute à toutes les maisons de disque.
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