Certains jeunes groupes ont connaissance de stratagèmes efficaces pour se faire remarquer. Il n'est pas rare qu'ils s'entourent de plusieurs guests venant enrichir de manière considérable et alléchante leur line-up. Ainsi, lorsque l'on se penche sur
Tears of White Roses du groupe tchèque
Sebastien, on ne peut que se laisser envahir par les promesses portées par la liste alléchante des prestigieux invités dont a décidé de s'entourer la formation : Amanda Sommerville (intervenue en 2003 dans l'opéra metal
Aina, guest très prisée dans beaucoup de groupes symphoniques), Apollo Papathanasio (
Firewind), Doogie White (peu connu dans le milieu symphonique, le Doogie ayant plus un penchant pour le rock), Mike Dimeo (
Riot), le génial
Roland Grapow (
Helloween,
Masterplan), Tore Moren (connu pour ses travaux avec
Jorn) et, inévitablement, Fabio Lione (
Rhapsody).
Les présentations sont donc faites, et, avec un tel cocktail, on est naturellement en droit d'attendre un
Power d'excellente facture. Mais l'appréhension peut nous guetter car, dans un cas général, un tel attroupement n'est souvent pas à la hauteur, comme a pu nous le prouver récemment le désastreux Angels Of The
Apocalypse du projet
Avalon de
Timo Tolkki. Sans compter tous ces autres all-stars bands qui nous présentent, avec un touchant sourire plein de naïveté, des albums insipides et complètement dispensables.
Cependant, la composition a été mise entièrement entre les mains du jeune
Sebastien, tandis que la production a été assumée par
Roland Grapow, et sacrebleu, ça s'entend ! Les guitares soufflent le vent des tempêtes, tandis que les lignes vocales s'entremêlent avec maestria, laissant au reste de l'instrumentale la place qu'elle mérite ! Académiquement, le résultat semble donc à la hauteur, mais qu'en est-il du contenu ?
Globalement, on a affaire à un énième
Power Mélodique aux quelques influences symphoniques et progressives. Bien entendu, des groupes comme
Helloween,
Stratovarius,
Firewind ou
Masterplan ne sont jamais loin. Mais que le lecteur se rassure,
Sebastien ne se limite pas qu'aux racines de ses influences, il se propose également de nous faire partager quelques subtilités. Par exemple, le dévastateur "
Silver Water" nous présente un
Power Progressif d'excellente facture, influencé par le groupe
Pagan's Mind, tant au niveau du riff délicieusement incisif que de ses lignes vocales pleines de contrastes. A un couplet percutant et headbangant, succède un refrain au chant électronique décontracté et délicat. Apollo, plus déchaîné que jamais, prend la suite avec son timbre unique tandis que les guitares semblent prêtes à en découdre.
Dans les titres forts, on pourra également noter l'ouverture "Musée du
Satan Rouge", se rapprochant du Heavy Progressif, frôlant par moments le Rock'n Roll. Déroutant d'efficacité et de fluidité, le morceau nous ballade par son chant frais et lumineux et sa guitare enchaînant les leads mélodiques, le tout sublimé par un solo bluffant de Tore Moren. En bref, un
Power dynamique et rafraîchissant, dommage que la formation ne décide pas d'exploiter davantage cette voie pour le reste de ses titres, pas toujours réussis.
En effet, "Remiel in
Flames" est là pour refroidir les ardeurs. Agrémenté d'un peu d'électronique et muni d'un riff aux claviers que l'on croirait sorti d'un album de Magic System (oui, oui...), le titre ne parvient que très rarement à nous faire frissonner. Même si la fluidité, la technique et les lignes vocales sont irréprochables, le refrain est tellement académique que l'on peine à prendre au sérieux les sentiments exprimés. De même pour les deux "
Black Rose" qui, malgré l'intervention d'Amanda et de Doogie, sont deux ballades un tantinet malsaines reprenant quelques gimmicks de
Kamelot. Cependant, la platitude est extrême, et l'intérêt de scinder ce titre en deux parties de trois minutes nous échappe.
Parfois, la formation exploite la facette symphonique et théâtrale du
Power dont elle semble vouloir explorer toutes les branches. "Dorian" en est un bel exemple. Une introduction diablement efficace à l'orgue nous promet un moment de pur plaisir. Fabio Lione accompagne George
Rain au chant, nous livrant un refrain d'une pure beauté, pimenté par ce duo dont les timbres se marient dans une superbe symbiose. Un solo de guitare fortement inspiré des œuvres de
Luca Turilli parachève le titre qui signe un sans-faute. Il y a aussi ce "
Tears of White Roses", duquel se dégage un formidable travail sur les atmosphères, tantôt aériennes, tantôt chaleureuses, tantôt glaçantes. Quelques chœurs mélancoliques portent un refrain qui nous évoquera "Crestfallen" d'
Avantasia. Autant dire que nous sommes face à du
Power de haute volée.
Malgré tous ces excellents titres, le reste de l'album restera très conventionnel mais toujours avec une technique irréprochable et des guitares infatigables et pleines de reliefs ("
Phoenix Rising", "
Voices in Your
Head", "
Lake Of Dreams"). Bien que, dans les faits, les trois titres trouveront sûrement preneur, ils ne peuvent suffire à nous satisfaire, surtout après les morceaux cités précédemment. On gardera de l'écoute de cet opus une certaine frustration.
Alors, verdict ?
Sebastien est un groupe plutôt prometteur... Ne commettant pas l'erreur de mettre ses guests un peu partout et n'importe comment. Il choisit minutieusement leurs interventions afin de sublimer entièrement ses morceaux. Il en résulte alors de somptueuses perles dont l'écoute rafraîchit immédiatement l'auditeur. L'album en lui-même est cependant trop inégal, la majorité des titres stagnant dans un conformisme fort déplaisant, bien qu'exploité avec maîtrise. L'écoute de
Tears of White Roses sera agréable et mouvementée, mais sacrément frustrante, surtout lorsque le très dispensable "Remiel
In Flames" succède à l'excellent "Dorian".
Reste à attendre la suite pour cette formation, en espérant qu'elle continue à être aussi prometteuse.
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