Si Rob Flynn écoutait
Tarantulo, il serait obligé d’admettre que sans lui, ce groupe russe n’aurait surement jamais vu le jour.
C’est ce que l’on peut penser à l’écoute de ce premier album, fort convaincant pour un premier essai, de
Tarantulo, qui délivre une rage certaine et une volonté belliqueuse d’allier des riffs en béton et des parties rythmiques que
Machine Head ou
Pantera ont porté sur les épaules de nombreuses années. S’il est évident que, comme beaucoup de groupes de la nouvelle vague,
Tarantulo possède en lui une « vibe » bien plus hardcore dans le chant, plus scandé que véritablement hurlé ou chanté, le groupe n’en reste pas moins dépositaire d’une identité fortement américaine.
Entre les contrées plus metalcore d’un
Killswitch Engage ou encore le metal plus gras et groovy d’un
Down ("Coneranchozzz" en est d’ailleurs fortement inspiré), le metal américain a posé un son très typique que les russes essaient, avec plus ou moins de succès, de dompter pour s’en approprier les codes. Manquant encore parfois de personnalité, la bande à Dmitry Lier (chant) et
Anton Sazonov (guitare) n’en est pas moins rudement efficace et enchaine les morceaux comme autant de déflagrations sonores à l’agressivité et la puissance véritable.
Malgré une production parfois faiblarde, notamment au niveau de la batterie (toujours ce soucis pour une caisse claire aussi dense qu’une cagette de haricots verts),
Tarantulo fait preuve d’un certain savoir-faire, et accuse une jolie maturité pour un premier opus, réussissant même parfois l’exploit de surprendre dans un genre pourtant peu propice à cet exercice. "Go in the Fucking
Head" notamment, et son refrain furieusement simple à retenir, qui déboule sur une superbe mélodie acoustique, pour un aparté mélodique très réussie et presque mélancolique, avant de renouer avec la violence primaire du hardcore dans les dernières secondes.
Entre les compositions plus traditionnelles et très directes ("Brothel in a
Head", "Rejected"), certains morceaux plus lents et lourds comme "Pride of Prime" ressortent inexorablement.
Plus glauque dans sa lourdeur et son caractère répétitif et animal, ce titre possède en lui un malaise constant, maladif et désagréable, presque nauséabond. Malheureusement, les vocaux ne suivent pas la musique et ne complètent pas vraiment cette ambiance, se contentant d’un chant hurlé sans grande conviction, brisant l’intention initiale du morceau. Il s’agit en partie d’un problème récurrent revenant sur l’opus, à savoir l’absence de variation du chant de Dmitry qui ne transcende pas les chansons, alors que les musiciens tentent de varier les atmosphères. Le plus moderne et accessible "New Resolution" par exemple, ne prend pas toute sa mesure faute à un chant trop répétitif, même si l’idée de vocaux narratifs est une bonne chose, ajoutant un soupçon de psychédélisme à la S.U.P. Mais le groupe ne va pas complètement au bout de son idée, et lasse à la longue, car propose des choses sans aller au bout de ses idées.
Ainsi, le long "
Why" ne parvient pas à retrouver un second souffle après son départ très prometteur. Acoustique, ponctué par des cris de Dmitry et guidé par une narration intéressante, il se perd dans son propre dédale en se répétant inlassablement, jusqu’à en devenir indigeste. Le solo est largement moins réussi que ceux des autres morceaux et ne fait qu’empiler pour un temps semblant indéfiniment long le même enchainement de notes.
Tarantulo ne maitrise donc pas encore l’art de la composition avec suffisamment de précision pour se lancer dans de long périples, mais se veut en revanche très à l’aise dans les uppercuts rapides et concis, comme l’est "We
Will Fight", à coup sûr une grande déflagration en live, dont on ne regrettera que la médiocrité de la production (pourquoi ce titre parait plus mal mixé que le reste de l’album ? Une face B ajoutée sur l’album ?).
Bref, toujours est-il que
Tarantulo, sans bouleverser les foules, signe un premier essai convaincant à défaut d’être vraiment renversant. Il y a certaines bonnes idées mais encore beaucoup de choses à corriger, que ce soit pour les plus longs titres ou encore la qualité de la production, véritablement trop sommaire pour représenter un genre si exigeant concernant l’impact sonore. Nous savons que les moyens ne sont pas importants dans les pays de l’est, donc il convient de saluer l’effort et la qualité intrinsèque de cet album éponyme. Nous en attendrons néanmoins plus la prochaine fois... si prochaine fois il y a...
ok je sors.
Merci pour le papier.
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