La joute étant terminée, messires, soyez tout ouïe d'accueillir en ces lieux notre jeune prodige musicien, maître invétéré des mélodies d'antan et fier conteur de nos conquêtes jadis, Adrien Couturier. Chaque pierre de ce château lui est familière bien évidemment et des seigneurs avides de pouvoir, des pseudos-jongleurs et des gros nobles dont le ventre ne cesse de gonfler au rythme des centaines de sangliers qu'ils avalent par an, il en fait son affaire... Presque aussi connu que le règne du roi Arthur lui-même, le jeune homme nous honore de sa présence, aujourd'hui, en nous présentant le second chapitre de son ascension du plus grand des massifs montagneux, second après «
The Road to Wisdom » (
2012) et troisième volet de ses péripéties que même les nombreux ragoteurs de notre royaume n'avaient pu en prédire l'arrivée. Sa petite virée trip-hop et ses passe-temps dédiés à la reprise de musiques de jeux vidéos lui auront fait le plus grand bien, c'est certain, tant et si bien qu'il renoue de nouveau avec ce qui aura pu faire son succès à l'aube de la sortie de son premier EP et même de l'unique et merveilleux full-length «
The Fall of a Hero » (2013) qui lui aura permis de s'attirer moult éloges de mélomanes reconnus, tous étourdis par tant d'imagination, de passion pour la musique et de références de qualité au sein de l'univers metal.
Loki nous offre donc, sur «
Tales of the Mountains » ce qu'aucune autre agence de voyage ne pourrait nous proposer, et ce, rien qu'en musique. La pochette attire d'ores et déjà toute l'attention sur elle, et pour cause, l'ambiance générale ressemble étroitement à celle abordée sur «
The Road to Wisdom » dans un esprit malgré tout plus réel voire même rétro. Retour à l'essentiel avec un certain « Quiet Village » qui nous embaume l'esprit de sa joie et de sa gaieté de cœur : magique. La flûte enchantée s'approprie déjà très vite les lieux nuançant particulièrement bien les mélodies, passant presque d'un repas festif bien familial à un voyage ciblé sur ce qui pourrait être un charmant petit village de campagne. C'est dingue, on se croirait comme transportés dans la saga du
Hobbit ou n'importe quelle autre aventure fantastique palpitante susceptible de nous faire partager des moments de folklore, de beuverie et de franche camaraderie aussi agréables qu'avec ce morceau. Non, allez, quoi, avouez tout de même que ça donne envie d'ouvrir le pâté, de mordre dans le sanglier et de se boire une bonne bière fraîche de derrière les fagots en la compagnie des messires Trollest,
Korpiklaani et toute la clique réunie... Toujours est-il que le jeune homme nous signe ici un des titres les plus ouvertement folk et traditionnel jamais composé depuis le début de son activité musicale, explorant le thème avec précision & profondeur.
Et ce dénommé « Troll of the
Forsaken Cave » se voulant pour le moins alléchant, avant même d'avoir posé une oreille dessus, ne pourrait-il pas constituer une seconde partie à « Quiet Village » ? On a toujours ce côté paisible et ambiancé, digne d'un compositeur classique choisi pour faire figurer ces compos sur une saga fantastique (oui, oui, encore) avec l'arrivée subite d'un rythme on ne peut plus inquiétant et de gros riffs mélo symbolisant sans doute une péripétie importante ou un affrontement héros/troll que les conteurs se chargeront bien évidemment de retracer une fois le retour au village. Vous me direz, quant à l'aspect folk du « Quiet Village » que
Loki avait déjà un peu exploré les pistes avec un certain «
The Calm Before the Storm » mais outre cela, ce prétendu folk n'était qu'exclusivement présent sous une forme médiévale ou bien caché par des éléments davantage symphoniques et des riffs que seuls Adrien Couturier aurait pu signer. Les amoureux de ce nouveau folk made in
Loki pourront également être comblés par une « Interlude » baignant dans un folk médiéval-symphonique avec quelques accroches épiques vers la fin... quoique son aspect plus moyenâgeux aurait pu le conduire à se retrouver sur un des breaks musicaux du concept-album de «
The Fall of a Hero ».
Maintenant, nous savons depuis un certain temps ô combien notre compositeur est un grand passionné de metal et plus précisément des univers du death mélo/power metal qu'il a largement mis en avant sur son premier album : on retrouve d'ailleurs, de façon très explicite, les cendres et les traces de cet opus-là sur la piste bonus assez banale « With
Fire and
Sword » sonnant très étrangement comme un « Lad with a
Destiny » devenu, si l'on peut dire, un morceau type ou calibré à la
Loki. C'est un peu dommage car on a l'image d'un plat certes savoureux et correctement préparé mais en revenant de la même façon sur chaque nouvelle production, on a vite fait le tour de ce power metal en mode pilote automatique qui semble devenir quelque chose d'inévitable et de régulier. Par chance, ce musicien auquel nous avons affaire est un peu magicien dans l'âme et compense le fait que nous retrouvions d'anciennes mélodies assez connues avec de nouveaux éléments savoureusement mijotés et si même les influences à la
Children Of Bodom trouvées sur « The
Victory Is Ours » ne re-révèlent pas le talent fou des heures de gloire de son premier EP, ce génie n'est pourtant pas en reste. La preuve avec «
Wizard's
Tower » contenant (aux alentours de 01:40) - une seconde partie bien plus sombre, épique et même grandiloquente, on peut le dire, formant une atmosphère ultra-prenante qui se distingue facilement des « With
Fire and
Sword » ainsi que « The
Victory Is Ours ».
Loki est un troubadour des temps modernes, sa réputation se taille du Nord jusqu'au Sud, de château en château, et on le connaît aujourd'hui pour ces œuvres de génies telles que « Quiet Village » ou «
Wizard's
Tower » qui n'hésiteront pas à s'ajouter à son répertoire dorénavant. Ras-la-casquette des imposteurs et des artistes à deux francs... Buvons à sa santé, ripaillons au succès de Sieur Couturier, car «
Tales of the Mountains » n'est en fait rien d'autre qu'une marmite de folk joyeux, de power ravageur et de metal mélodique enivrant. Patron, une aut' tournéée pleazzz' !
Et tu penses à faire des morceaux un peu plus longs, avec des expérimentations plus poussées, voire plus progressifs ?
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