Alors comme ça il y a du rififi dans le royaume du power metal melodico-symphonique ? Il est vrai que le grand seigneur local du nom de
Rhapsody of
Fire s'est montré bien épuisé lors de ses dernières apparitions, et qui si les prétendants sont nombreux, aucun ne s'est réellement démarqué. On a bien tenté d'énumérer les possibles successeurs mais soit personne ne les a vu depuis quelques temps, soit ils sont bien trop jeunes et immatures pour s'occuper de telles responsabilités. Lorsque
Twilight Force a débarqué en ces terres enchantées et tumultueuses, on a cru, de loin, qu'il s'agissait d'un prétendant de plus à la couronne. Erreur, ce n'était que le bouffon du roi, arrivé en retard, comme d'habitude.
Laissons donc entrer la troupe suédoise dans nos fortifications, afin de voir ce qu'ils ont à nous proposer. L'art de bouffons n'est pas celui des seigneurs ; ils ne se battent pas dans le but de remporter des victoires militaires et d'agrandir leur royaume, mais pour amuser, se moquer, singer, tout en se faisant plaisir. Il n'y a pas de sot métier. On se souvient de la troupe
Gloryhammer, qui était passé il y a pas si longtemps, pour nous raconter les Contes du Royaume de Fife, royaume imaginaire où l'on se moquait allègrement du royaume du power metal en reprenant ses codes pour créer une musique pas parfaite mais bien poilante. La quête de
Twilight Force semble aller un peu dans le même sens, puisque ce que les suédois nous proposent à travers les Contes des Anciennes Prophéties n'est autre qu'une caricature sérieuse du power metal dont l'objectif est simplement de se faire plaisir en usant à l'extrême les codes du genre.
La prestation des saltimbanques se déroulera comme le veut la coutume pendant le déjeuner seigneurial, et durera trente-six minutes, le tout composé de sept morceaux et quatre interludes. Les bouffons ont intérêt à être bons, le souverain n'a pas la digestion facile ces temps-ci. Afin de ne pas risquer de repartir la tête sur une pique, la troupe suédoise prend le parti d'impressionner dès les premières mesures en balançant toute sa technique et sa puissance. En résulte un Enchanted
Dragon of
Wisdom bardé de mélodies symphoniques hyper entraînantes, de chœurs épiques et de vocaux suraigus. Effectivement, tout le monde se rendra compte dès le premier morceau que
Twilight Force ne cherche pas vraiment l'originalité, mais en tout cas, pour ce qui est d'appliquer les recettes typiques du power metal, les suédois se débrouillent plutôt bien.
Le souverain verra ainsi défiler devant lui son lot de speederies, dans un esprit médiéval avec
Forest of Destiny, guerrier avec
Fall of the
Eternal Winter, ou encore médiéval et guerrier avec
Twilight Horizon. Les musiciens sont compétents et doués, et les compositions respectent à la lettre toutes les obligations du style. Évidemment on pensera à
Helloween à l'époque des Keepers, à
Hammerfall qu'elle que soit l'époque, ou encore à
Rhapsody, qu'il soit "of
Fire" ou pas. Les riffs sont toujours bien carrés, et le batteur martèle aisément ses fûts sans se poser de questions. Les claviers sont bien présents, comme le requiert le cahier des charges, et se font même un poil envahissants. Le chanteur Christian Hedgren (ou Eriksson, c'est selon) se complaît dans un chant puissant et aérien, comme un croisement de
Michael Kiske,
Ralf Scheepers et Joacim
Cans. S'il reste toujours juste, sa tendance à abuser des aigus est assez vite agaçante. Cela donne des refrains vraiment trop criards, comme sur
Twilight Horizon ou
Fall of the
Eternal Winter. Heureusement que la production sauve en partie la performance, avec un son très clair et propre, à l'exception de la basse, noyée sous le flot de mélodies.
Quelques ombres de plus viendront ternir le spectacle que donne la troupe suédoise, à l'image de la power ballade Made of Steel, dont l'aspect kitsch est certes voulu et assumé, mais toujours ridicule. Les divers interludes ne sont pas non plus indispensables ; deux d'entre eux laissent la place à une étrange voix qui doit appartenir à un shaman/charlatan bourré. On comprend bien le rôle des bouffons d'amuser le roi, mais ces entractes ne sont plus amusantes après plusieurs écoutes, et sont trop nombreuses par rapport à la faible durée de l'album. À ce propos, avec une prestation aussi courte les suédois prennent le pari d'un meilleur impact et de ne conserver que le meilleur. L'intention est louable, sauf qu'on sait que ce n'est pas le meilleur, la reprise d'Eagle Fly Free (sur la version japonaise) étant bien plus agréable que la ballade Made of Steel. Et puis 36 minutes ça fait quand même cher le kilo de musique, il ne faut pas oublier qu'il y a des gens qui achètent vos albums !
Si le seigneur n'a pas applaudi des deux mains la prestation de la troupe suédoise, il ne s'est pas non plus endormi, ni n'a ordonné de les mettre aux fers, ce qui est déjà une bonne chose.
Pas si mal donc mais si le ridicule et la niaiserie (de la musique comme des paroles) peuvent être assumés, ils ne doivent pas servir d'excuse pour produire un power metal à peine bon. La prochaine fois il faudra obligatoirement redoubler d'inventivité pour ne pas finir dans les cachots du power metal ; la légende dit qu'ils sont infestés de rats. Brrrrr !
Ensuite, tu fais bien de me rappeler que le premier Keeper ne faisait que 36 minutes. Cela dit, sans vouloir t'offenser, je pense qu'il est de mon devoir te rappeler qu'il y avait dans ce disque du génie. Un génie dont on ne trouve aucune trace ici. Et je trouve même que comparer les deux est assez audacieux...
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