Traditionnellement, nous avons toujours tendance à opposer le cœur caché d'une entité qui la définit réellement avec l'apparence externe qu'elle revêt et qui renvoie une image d'elle-même pas forcément en adéquation avec son identité. Ce conflit est souvent habillé d'une connotation négative, démontrant un déséquilibre flagrant entre l'être et le paraitre. Pourtant, un tel antagonisme peut aussi aboutir à un équilibre aussi beau que fragile. Le groupe de Milwaukee répondant au nom d'
Impact tend avec ce "Take the
Pain" à le prouver malgré une pochette immonde pouvant faire craindre le mauvais goût.
Au cœur de l'album sévit un thrash sévère et implacable. On croirait parfois entendre l'intransigeance germanique, parfois aussi un peu fouillis, d'un
Kreator tant c'est étouffant de puissance. Aux USA, seuls les californiens
Evildead version The
Annihilation Of Civilisation ou les new-yorkais
Nuclear Assault période Handle With Care se dotent d'un thrash à peu près dans le même ton.
"In The
Flesh" donne direct le ton, l'énergie haletante semble toujours augmenter alors qu'on pensait avoir atteint la limite. Dans la même tendance, même si elle n'est en soit pas très impressionnante, l'accélération dans "
Erosion of
Will" dont les américains se paient le luxe en conclusion final est limite un symbole, comme pour accentuer le soufflet qui frappe l'auditeur depuis le départ.
Quand le riff sombre de "When The
Evil Takes Its Course" se pose seul, on se croirait aux plus belles heures slayeriennes. Les refrains restent simples mais accrocheurs au possible comme dans "
Kill On Command" ou encore "It's
The End Of The World".
De ce simple point de vue-ci,
Impact, c'est du brut de décoffrage: presque qu'une seule et même idée est développée tout au long de l'album.
Pas de nouveautés, pas d'innovations: des gros riffs pour du gros thrash comme dans le titre éponyme, n'en déplaise à certains qui s'en lasseront. Donc attention: il faut savoir pourquoi on écoute ce "Take the
Pain" et avoir l'humeur compatible avec cette musique qui ne lâche rien. Les purs thrashers s'en accommoderont très aisément, j'en suis éminemment persuadé.
A travers un second angle, donc, la physionomie extrinsèque prend la forme d'un bon gros speed notamment avec certains pics vocaux aiguës surtout dans les premières chansons mais surtout avec les multiples solis parcourant les titres qui détiennent presque à eux seuls toute la mélodie de l'opus. Ils sont parfois très shred comme dans "
Kill On Command" et d'autres fois plus hard/heavy tel celui du titre homophone au LP. On reconnait alors aisément les influences venues de groupes comme
Forbidden ou
Ulysses Siren.
L'ensemble donne alors logiquement un speed/thrash harmonisé au poil, notamment grâce à des riffs de base effectués sur des tempo très dansants que l'on retrouve dans les titres phares que sont "In The
Flesh" et "It's
The End Of The World" et même un peu dans "Plague Of
Death". Le son crépitant, déchiré et même un peu garage du disque est d'un charme vintage orgasmique. Rien que pour cette production, "Take the
Pain" est à déguster sans modération.
Le chant de Nathan Kane peut être défini selon deux tendances. Dans certaines intonations avons-nous l'étrange sensation d'entendre le tranchant de Tom Araya avec la profondeur de John
Bush (prouvant aux sceptiques qu'il peut finalement assurer dans le thrash) par exemple sur "To Your
Death" ou "
Legacy Of Violence". Dans d'autres inflexions vocales apparaissent plutôt les voix de
Belladonna et de Phil Rind de
Sacred Reich réunis comme sur "
Kill on Command". La technique vocale, elle, laisse moins place au doute: on dirait du Phil Flores tout craché (
Evildead), tout ceci concordant avec les références déjà suscitées.
Malgré les quelques limites précédemment référencées, l'album n'est pas dénué d'originalités même si elles ne sont pas légions. Quand on est obligé de patienter vingt minutes pour avoir la première trace de progressisme et de technicité, on intègre dès la première écoute ce léger manque et on ne s'en offusque plus. On notera toute de même dans "
Legacy of Violence" un jeu de percussions et de basses aux sons plus claires et étonnantes, la basse étant d'ailleurs présente régulièrement comme dans "Knowledge Is
King" ou à nouveau "Plague Of
Death". Des ajouts sonores complètent l'édifice comme les cris dans l'inévitable "It's
The End Of The World" tandis que d'autres effets de sons accompagnent efficacement la fin de "When The
Evil Takes Its Course" ou encore "P.O.W", dont l'intro cette fois très technique est également très originale.
Le bilan est sans appel: pour un album datant de 1991, on pourrait presque parler d'anachronisme tant ce speed/thrash pur jus transpire les années 80. Solide et carré, peut-être un poil linéaire pour quelques rabat-joie à qui je rétorque que la continuité dans l'efficacité ne peut-être que louable, "Take the
Pain" d'
Impact ne connaît pas ou très peu de détracteurs et pour cause: il est d'une indéniable qualité grâce à une production dantesque et il put ainsi rallier durant une période peu propice quelques nostalgiques d'une gloire révolue.
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