Encore un énième groupe metal symphonique à chant féminin inspiré par
Nightwish et consorts, et sans doute voué comme tant de de ses pairs à une disparition prématurée, me direz-vous, et vous auriez raison, à quelques nuances près... Mû par une sérieuse envie d'en découdre et partiellement libéré de l'emprise du cador finlandais, ce jeune et inspiré quintet espagnol originaire de Ría de Vigo, en Galicie, ne l'entend pas de cette oreille. Encore peu popularisé hors de sa terre ibérique natale et conscient des enjeux et des risques courus d'une incursion mal assurée dans un tel registre, c'est à pas de loup que le combo se lance dans la bataille. Prudence est mère de sûreté, dit-on...
Aussi, pas moins de quatre années séparent la réalisation de son introductif et présent effort, « Symphony of the Wicked », de la sortie de terre du collectif sud-européen, en 2015. Un album full length d'obédience rock'n'metal mélodico-symphonique gothique, aux relents progressif et folk, sorti chez le puissant label madrilène Rock CD Records, où s'égrainent 9 pistes sur un ruban auditif de 45 optimales et éclectiques minutes, dans la veine de
Nightwish,
Delain,
Xandria,
Therion,
Diabulus In Musica,
Against Myself,
Draconian et
Lyriel. Pourvu d'une ingénierie du son de bonne facture, à commencer par un mixage assurant une péréquation de l'espace sonore entre instrumentation et lignes de chant et de finitions passées au crible, l'effort se pare également d'arrangements orchestraux difficiles à prendre en défaut. En découle un confort auditif qui ne saurait être démenti, susceptible de pousser le chaland à une écoute de l'opus d'un seul tenant.
Mais avant de pénétrer dans les entrailles du navire, faisons les présentations. A bord du vaisseau amiral, nous accueillent :
Elizabeth Amoedo (in.verno), frontwoman et parolière, dont le timbre de voix serait à la confluence entre
Anneke Van Giersbergen et Julianne Regan (All About Eve) : Héctor Rodríguez (In.verno), auteur/compositeur, arrangeur, fin pianiste et growler ; Jairo Daponte (
Dysnomia, Sunvoid...) aux guitares, à la basse et aux growls ; Diego Maya à la batterie et
Sara Ariadna à la flûte et aux choeurs. Calé sur le schéma oratoire de la Belle et la Bête, mais pas seulement, le palpitant et émouvant effort fait la part belle aux choeurs (Glissando Choir, avec ses 12 choristes), tout en ayant sollicité les talents de vocalistes aguerris. Aussi y décèle-t-on les apparitions furtives de : Icko Viqueira (Aquelarre) ; Aida
Anxiety (His
Anxiety) et
Nicole Magariños (ex-Prima Nocte). Levons l'ancre sans plus attendre, pour une croisière en eaux limpides à la profonde agitation intérieure...
Quand les effets de contraste rythmique et/ou atmosphérique sont mis à l'honneur, la troupe en vient à se transcender, nous intimant alors de ne pas quitter prestement le navire. Ainsi, les douceurs des premières mesures du ''nightwishien'' « The
Dark Side » se verront-elles prestement soufflées par de stupéfiantes montées en régime des corps orchestral et oratoire, avant de revenir de plus belle, et vice versa. A la fois épique, tourmenté et un brin romantique, l'intrigant message musical offre un duo mixte en voix de contraste bien habité et des plus infiltrants que vient renforcer une puissante et luxuriante chorale. Une chavirante offrande, en somme... Et comment ne pas sentir les cheveux se dresser sous le joug des truculentes variations atmosphériques émanant de « Fantasy World » ? Cette émouvante fresque metal symphonique gothique et progressif, un tantinet hispanisante, que n'auraient reniée ni
Diabulus In Musica ni
Against Myself, déroule fièrement ses 13:41 minutes d'une pièce en actes n'ayant tari ni en rebondissements ni en effets de surprise. Et ce ne sont ni les hypnotiques modulations de
Nicole Magariños, alors judicieusement combinées aux graciles patines de la déesse et aux growls de son comparse, ni le fringant solo de guitare qui nous débouteront de l'épique et envoûtant mouvement. Peut-être bien le gemme de l'opus...
C'est sur des charbons que l'on déambule parfois, fuligineux espaces d'expression où le collectif ibérique s'est montré aussi efficace que cinglant, recelant dès lors quelques portées susceptibles d'aspirer le tympan d'un battement d'aile. Aussi, sera-t-on secoué par les inaltérables et féroces coups de boutoir exhalant de « Haunting
Nightmare », offensif et oppressant mid/up tempo estampé metal symphonique à la touche dark gothique d'inspiration ''draconienne''. Dans ce torrent de lave, et sous couvert d'un judicieux effet de contraste vocal, les limpides envolées lyriques de la déesse font écho aux growls rageurs et glaçants d' Aida
Anxiety. Dans un souci d'harmonisation du Yin et du Yang et témoignant d'enchaînements bien négociés, de plombants et ténébreux couplets alternent avec des refrains à l'insoupçonnée légèreté. Et la sauce prend sans tarder...
Lorsqu'il se dote d'une touche folk, tout en nous menant en d'invitantes contrées, le propos nous réserve de grisantes variations atmosphériques.
Plus encore, ce regard alternatif lui confère une ambiance à la fois joviale et liante, mais aussi et surtout une pointe d'originalité, celle qui, précisément, manque tant à l'appel chez nombre de leurs homologues. Aussi, dans l'ombre de
Lyriel, s'inscrit « The
Glory of Death », mid tempo éminemment enjoué où dansent de concert une cornemuse sauvageonne et un accordéon libertaire. Mis en exergue par les attaques en voix claire d'Icko Viqueira, répondant d'ailleurs point pour point aux délicates modulations de sa comparse, le souriant effort se pare, en prime, d'une imposante muraille de choeurs, pour un résultat au rendez-vous de nos attentes.
Dans un souci d'élargissement du champ des possibles tout en y incorporant une touche d'originalité, nos acolytes nous ont immergé au sein d'instrumentales et oniriques contrées. Ainsi, à l'image d'un générique d'une grande production hollywoodienne, le symphonico-progressif et cinématique « Memories » recèle une graduelle et seyante occupation de l'espace sonore par le corps orchestral. Ouvrant peu à peu ses ailes, le ''nightwishien'' méfait s'adjoint soudain une voix d'enfant d'une pureté immaculée dispensée par Noemí Rodríguez avant de prendre l'ascendant et de regagner les cieux. Où l'art d'harmoniser les forces en présence, la puissante et luxuriante orchestration ayant pour corollaire l'innocente et frêle empreinte vocale. Par ailleurs, on ne saurait éluder l'énigmatique et néanmoins grisante coloration folk dont se vêt le bref mais sémillant « The Last
Fall », outro fortement chargée en émotion et où trône une flûte en tête de cortège.
Quand le combo en vient à retenir un tantinet sa monture, il nous livre alors un non moins enchanteur paysage de notes, apte à générer quelques frissons. D'une part, à mi-chemin entre
Nightwish (première mouture) et
Therion, l'entraînant mid tempo progressif symphonico-gothique « Unliving
Sin » dissémine des riffs corrosifs tout en réservant de saisissantes montées en puissance du convoi instrumental. C'est sur une ligne mélodique certes convenue mais sécurisée qu'évoluent au coude à coude les angéliques inflexions de la belle et les growls caverneux d'une bête acariâtre. Et, c'est sans jambage qu'opère la magie. D'autre part, on ne résistera que malaisément aux vibes insufflées par « The Last Shred », engageant et ''delainien'' mid tempo syncopé voguant sur d'enveloppantes nappes synthétiques et où s'observent d'élégants arpèges au piano. Pourvu de couplets finement ciselés relayés chacun d'un refrain immersif à souhait, livrant d'insoupçonnés changements de tonalité ainsi qu'un flamboyant solo de guitare, on comprend que ce fringant manifeste joue, quant à lui, dans la catégorie des hits en puissance que l'on ne quittera qu'à regret. Autre corde à l'arc de nos gladiateurs et non des moindres, donc...
Que les férus d'instants veloutés se rassurent, nos compères leur auront concocté de caressantes et magnétiques mesures, leur livrant par là même leurs mots bleus les plus sensibles. Ce qu'illustre «
Through the
Storm », troublante ballade atmosphérique et progressive aux airs d'un slow qui emballe, à la confluence entre
Against Myself et
Xandria. Au cœur de cet océan de félicité où s'infiltrent de délicates gammes au piano, se meuvent les cristallines et ensorcelantes volutes de la maîtresse de cérémonie. Calée sur un sillon mélodique aussi exigeant dans son élaboration que pénétrant tout en délivrant un enivrant refrain, la douce ritournelle pourrait bien avoir raison des plus tenaces des résistances.
On ressort de l'écoute du skeud gagné par l'agréable sentiment de déceler une œuvre aussi charismatique qu'émouvante, un brin énigmatique, à la solide armature technique, au délicat filet mélodique, et reposant sur une ingénierie du son difficile à prendre en défaut. Ayant su varier leurs ambiances, diversifier leurs joutes oratoires tout comme leurs exercices de style, nos acolytes ont parallèlement témoigné d'une heureuse fusion des genres, celle qui, précisément, a conféré une touche d'originalité à la galette.
Toutefois, pas encore totalement libérés de l'empreinte de leurs maîtres inspirateurs, nos valeureux gladiateurs se feront fort d'apposer leur sceau sur leurs futures compositions s'ils souhaitent voir leur projet gagner en épaisseur artistique et, par là même, perdurer. C'est dire qu'à la lumière de ce premier essai, le combo ibérique lance un pavé dans la mare, signifiant à nombre de ses homologues qu'ils trouveront en lui un challenger avec lequel il faudra compter. Bref, une première offensive aux allures d'un cyclone inattendu...
Note : 15,5/20
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