Nous ayant laissés sur le souvenir ému d'un dantesque «
Archangel » en 2022, voici le combo russe initialisé quatre ans plus tôt par la mezzo-soprano, compositrice, parolière, pianiste et actrice Anna Moiseeva (dite ''Anna KiaRa'' (Njörda, ex-
Imperial Age)) enfin revenu dans les rangs. Le temps pour le groupe de changer de dénomination – ''KiaRa'' devenant ''Anna KiaRa'' en 2023 – et de concocter cinq singles («
To the Life We Want to Live », en 2023, «
Icy Wasteland », «
Poetry of Despair » et «
Springtime Harmony », en 2024, suivis de «
Blood of Heroes », en mars 2025) dont trois feront partie intégrante de l'opulent et présent opus répondant au nom de «
Symphony of Rage ». Ce faisant, les armes de cette nouvelle auto-production permettront-elles à nos gladiateurs de tenir la dragée haute à leurs si nombreux challengers, dont Victoria K, groupe de metal symphonique australien fondé par sa talentueuse et polyvalente artiste, Victoria Knight ?
Dans ce dessein, le groupe a procédé à un profond remaniement de son line-up. Aussi le quartet d'hier – au sein duquel officiaient Paul Vredes (
Despair,
Sinful, ex-
Imperial Age, ex-
Autumn Woods...) aux guitares, aux claviers et au chant, Max Tallion (Biorate, ex-
Imperial Age...) à la batterie, et Dmitry Bazanov (
Autumn Woods, ex-
Despair...) à la basse – se verra réduit à un modeste duo, où seul Paul Vredes, cette fois investi à la guitare, à la basse et aux arrangements, accompagnera Anna Moiseeva dans ses pérégrinations. Avec le concours, pour l'occasion, du batteur Daan Winkelhorst et de Mariya Yakovleva à la flûte, Anna et Paul concocteront quinze pistes (dont six des neuf plages originelles en version russe) égrainées sur une bande auditive de 63 minutes. Cela étant, le set de compositions ainsi constitué leur autorisera-t-il l'accès au rang de valeur confirmée de cet espace metal ?
Evoluant partiellement dans la veine stylistique de son devancier, le frais arrivage nous immerge, lui, au sein d'un univers rock'n'metal mélodico-symphonique classique et opératique, aux relents dark gothique et metal moderne désormais plus discrets, mais à la colorature folk un tantinet plus marquée, comme pour renouer l'espace de quelques instants avec les gammes d'autrefois. Aussi, à la lecture de ce classieux, rayonnant et romanesque message musical, le combo puiserait les sources de son inspiration dans le patrimoine compositionnel que
Nightwish,
Xandria,
Dark Princess,
Imperial Age,
Tristania et
Lyriel. Une orientation atmosphérique dépourvue de toute infiltration death qui pourra surprendre un tympan familiarisé aux sonorités exhalant des entrailles du précédent manifeste mais qui, assurément, interpellera le fan de la première heure comme l'amateur de metal symphonique à chant lyrique au sens large.
Pour une optimale mise en musique de la pimpante rondelle, les enregistrements ont été confiés à Denis Mednikov (
Seraphim Project, Foxtale), quand mixage et mastering relèvent, eux, de la patte experte d' Igor Kiv (pluri-instrumentiste (ex-
Imperial Age, ex-
Emerald Night, feu
Arcane Grail...), également connu pour avoir mixé et mastérisé certains albums de
Aella,
Blackthorn,
Butterfly Temple,
Everlost,
Forces United,
HMR,
Stigmatic Chorus...). En découle une péréquation de l'espace sonore entre lignes de chant et instrumentation doublée d'une belle profondeur de champ acoustique. De quoi nous intimer d'aller explorer plus attentivement le navire, en quête de pépites secrètement enfouies dans ses entrailles...
A l'instar du précédent effort, les passages les plus magmatiques ne manqueront pas de marquer les esprits de leur empreinte. Ce qu'atteste, en premier lieu, «
Blood of Heroes », fringant et ''xandrien'' up tempo aux riffs acérés et pourvoyeur de truculentes gammes pianistiques ; s'écoulant au fil d'une sente mélodique des plus enveloppantes et pourvu d'une refrain catchy mis en exergue par les cristallines inflexions de la sirène, le ''tubesque'' single poussera à n'en pas douter à une remise en selle sitôt l'ultime mesure envolée. Un tantinet plus ténébreux, le ''tristanien'' mid/up tempo «
Symphony of Rage », pour sa part, interpellera aussi bien par la soudaineté de ses accélérations et ses effets de contraste oratoire – de rares growls faisant front aux claires oscillations de la belle – que par l'élégance de son lyrisme. Enfin, plus tourmenté et complexe, l'impulsif «
Poetry of Despair » générera une énergie aisément communicative, et ce, en dépit d'une sente mélodique en proie à quelque linéarité. Mais le magicien aurait d'autres tours dans sa manche en réserve...
Lorsqu'il ralentit un poil la cadence, le collectif moscovite parvient non moins à se jouer de toute tentative de résistance à l'assimilation de ses gammes. Ce à quoi nous sensibilise, en première intention, « She-
Wolf », félin mid tempo symphonico-progressif aux riffs crochetés, à la croisée des chemins entre
Dark Princess et
Imperial Age. Générant un léger et fluide tapping, délivrant un troublant refrain encensé par les sensuelles ondulations de la déesse, et inscrivant dans sa trame de pénétrantes notes échappées d'un orgue d'église ainsi qu'une insoupçonnée et grisante montée en régime de son corps orchestral, ce hit en puissance n'aura pas tari d'armes pour asseoir sa défense. Dans cette mouvance, le low/mid tempo syncopé «
Icy Wasteland » nous immerge au cœur d'une ronde de saveurs exquises ; nourri d'arpèges pianistiques d'une infinie délicatesse, reposant sur des enchaînements intra piste des plus sécurisants et calé sur une mélodicité toute de fines nuances cousue, le chavirant single poussera à un headbang subreptice et quasi ininterrompu. Enfin, c'est cheveux au vent que l'on parcourra l'enfiévré « Flight of the Valkyrie » ; un engageant et ''xandrien'' effort investi de truculentes nappes synthétiques et finissant crescendo. Et la sauce prend, là encore.
Au moment où ils nous mènent en des espaces tamisés, nos compères se muent alors en de véritables bourreaux des cœurs en bataille. Ce qu'illustre, tout d'abord, «
Excalibur », ''nightwishienne'' ballade atmosphérique d'une sensibilité à fleur de peau. Glissant le long d'une radieuse rivière mélodique qu'empruntent les célestes impulsions de la maîtresse de cérémonie, parallèlement investi d'une flûte aussi frissonnante que gracile et inoculé d'un fringant solo de guitare, l'instant privilégié comblera à n'en pas douter les attentes de l'aficionado de moments intimistes. On ne saurait davantage esquiver le classieux et ''nightwishien'' low tempo syncopé «
Journey to the Stars », et ce, tant au regard de l'infiltrant cheminement d'harmoniques qu'il nous invite à suivre que du fin legato à lead guitare dispensé. A la diva, eu égard à ses ensorcelantes modulations, de contribuer à accroître la charge émotionnelle délivrée par cet espace ouaté. Et comment ne pas se sentir porté par les frissonnants arpèges d'accords que nous adresse la ballade a-rythmique «
Reborn » ? Aussi effeuille-t-on un piano/voix d'une confondante limpidité harmonique et pétri d'élégance, susceptible de laisser quelques traces indélébiles dans les mémoires de ceux qui y auront plongé le pavillon.
En définitive, le combo russe nous livre un essai ne manquant ni d'allant ni de panache, jouissant parallèlement de lignes mélodiques finement sculptées et des plus enivrantes – sur lesquelles semblent danser à l'envi les angéliques oscillations de la frontwoman – et, surtout, d'une production d'ensemble difficile à prendre en défaut. D'aucuns, pour se sustenter, auraient sans doute espéré davantage de variété en matière d'exercices de style – instrumentaux, fresques et autres duos manquant à l'appel – ainsi qu'un zeste d'originalité supplémentaire. Par ailleurs, calquées dans leur entièreté sur six des neuf plages originelles, les alternatives russes n'apportent pas la plus-value souhaitée.
Carences partiellement compensées à la fois par la richesse des harmoniques esquissés, une technicité instrumentale parfaitement maîtrisée et savamment dosée, et par l'absence de tout bémol susceptible de contrarier l'attention du chaland. De louables qualités auxquelles s'ajoute un petit supplément d'âme rendant la sémillante galette particulièrement liante. Bref, à l'instar d'un message musical aussi étourdissant qu'empreint de raffinement, l'inspiré collectif aurait les cartes en main pour se poser en un redoutable belligérant face à ses opposants les plus farouches...
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