Lorsque l'on pense à la Turquie, la première chose qui peut venir à l'esprit est le sultan Soliman qui a écrit une page d'or de l'histoire turque; il faut dire que contrairement à d'autres contrées exotiques comme la Finlande, ce pays n'est pas un réservoir de groupes de metal, toutefois, on trouve quelques perles rares, dont Yacatisma, formation originaire d'Izmir qui évolue dans un registre metal expérimental. A quoi faut-il donc s'attendre lorsque l'on sait que beaucoup de formations expérimentales ne le sont plus tant que ça après avoir pour la majorité puisé leur inspiration dans le Djent ? Et bien, si vous avez le courage de vouloir le découvrir, accrochez votre ceinture, car "Supraliminal
Invasion" est un E.P qui ne se laisse pas apprivoiser facilement.
L'E.P commence donc avec "Rapid Eye Sequence", petite intro d'une minute, on a donc en guise d'avant-bouche un riff rapide accompagné de quelques orchestrations légères mais toutefois pas très rassurantes. Puis enfin, on rentre dans le vif du sujet avec "Genome". Et j'espère que vous avez bien suivi les instructions sur votre ceinture, car ça joue vite, très vite, et le pire c'est que les musiciens passent sans problème d'une séquence rapide à une plus lente, jonglant sur les rythmes avec une facilité déconcertante. Les breakdowns peuvent paraitre assez indigestes et faire penser à un de ces innombrables groupes de deathcore, mais en y regardant avec plus d'attention, ils sont beaucoup plus techniques qu'ils en ont l'air, et ne servent pas qu'à faire joli.
Sur "
Mental DSception", on retrouve la même formule de ces changements brutaux de rythmes et de mélodies. Concernant le chant sur tout l'E.P, on alterne entre du grave et du suraigü, pas de trace de chant clair en vue, ce qui dans un sens n'est pas plus mal. On retrouve aussi quelques bidouilles électroniques ou symphoniques par-ci par-là, sans pour autant devenir un immense fourre-tout indigeste. Ces orchestrations sont dans l'ensemble discrètes, jamais elles ne tombent dans la surenchère, mais elles ont néanmoins leur rôle à jouer.
"Abomination to Sanity" met la technicité de la guitare plus en avant (bien que les démonstrations techniques en général sur ce disque soient tout simplement remarquables sur toutes les pistes), mais reste dans la lancée des autres morceaux, on a même droit à un passage pouvant faire penser à un bruit d'électrocardiogramme annonçant l'arrêt du cœur d'un patient. "Atrophied Perception" est un morceau purement instrumental qui se caractérise par un immense solo de guitare bien exécuté, avec ces quelques breakdowns, et sa fin symphonique. Et enfin on termine en beauté avec "An Admonition" qui est un immense message radio sur fond d'orchestration.
Pour de l'autoproduction, le son ressort très bien, et permet de ne pas tomber dans un immense bordel cacophonique. Mais bien sûr, Yacatisma n'est pas le genre de groupe qui joue la facilité, et si vous voulez pleinement apprécier cet E.P à sa juste valeur, plusieurs écoutes seront nécessaires, en effet, on n'est pas habitué à un tel jonglage sur les mélodies et les rythmes. Bien sûr, si tout un album était construit là-dessus, l'écoute serait particulièrement pénible, heureusement que le format court des chansons (en moyenne autour de 3 minutes 15) et le format E.P permettent de digérer cette vomissure de technicité.
Avis aux amateurs, si vous voulez quelque chose d'original, Yacatisma est pour vous. Les autres, essayez quand même, vous passerez à côté de quelque chose de grand, l'écoute n'est pas facile, je le conçois, mais lorsque l'on a bien discerné l'univers, ce n'est plus qu'une question de bon temps dans une formule à la fois musicale et mathématique. Je conclurai donc cette chronique par un 15/20.
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