Si vous n’êtes pas des acharnés de gothique metal, le nom de
The Wounded ne vous dira sans doute pas grand-chose. Pourtant le combo batave officie tout de même depuis 1998 et a sorti entre 2000 et 2004 trois albums de très bonne facture qui, encore aujourd’hui, possèdent tous les atouts pour combler les amateurs du genre.
Cependant, après un
Atlantic plutôt convaincant qui leur assure un début de notoriété, le quintette disparaît totalement de la surface de la planète metal et on n’entend plus parler de lui… jusqu’au mois de novembre de cette année où, alors qu’on le croyait mort et enterré depuis des années,
The Wounded sort son nouvel album autoproduit, sobrement intitulé
Sunset.
Visiblement, les Hollandais ont conservé leur amour intact pour la musique mélancolique, belle et poignante: c’est avec un plaisir non dissimulé que l’on retrouve ces neuf hymnes dépressifs, et après douze ans d’absence, leur metal gothique n’a pas pris une ride et on reconnaît immédiatement leur style mêlant habilement lyrisme, tristesse et mélodies aériennes. La voix de Marco von der Velde, toujours aussi atypique, donne toute son identité à cette heure de spleen à la fois sensible et entraînante qui oscille entre titres lancinants et mélancoliques (Mr Faithfull, très planant, au dépouillement quasiment acoustique rappelant
Anathema,
Kings, faisant la part belle au piano et aux lignes vocales nasillardes du chanteur) et d’autres plus énergiques sur lesquels les guitares ont encore de beaux restes (l’énergique et rythmé Homeless, au riffing entêtant, The
Fallen aux grattes bien lourdes, la fin de
Ruins, avec cette batterie massive qui cogne sec).
Le tout est plutôt bien dosé, possédant un équilibre idéal entre puissance et émotion, avec comme points forts une basse parfaitement mise en avant qui rajoute une lourdeur et une mélancolie poignante à l’ensemble (The
Cold rappellerait presque Joy
Division), des lignes mélodiques de piano et de guitare soignées, ainsi qu’une voix particulière qui, si elle est loin d’être parfaite, est sensible, gorgée de feeling, et parvient à ne pas en faire trop.
Si les compos sont assez simples dans l’ensemble, reposant principalement sur un riffing à la fois efficace et touchant, les arrangements, bien que discrets, ne sont pas en reste, et on sent que ces neuf compositions ont été peaufinées, avec un son qui met parfaitement en valeur le travail de chaque musicien et qui respecte l'identité chère au groupe: ainsi, l’intro de Wolves We Raised, avec ces choeurs célestes et apaisants, démarrent l’album sur une note chaude et presque symphonique, et le titre suivant, This
Paradise, à la noirceur addictive, s’ouvre sur une ligne de synthé brumeuse qui, doublée par la complainte des guitares, nous plonge dans un état de contemplation maussade.
En définitive, ce hiatus de douze ans aura aidé les Hollandais à gagner un peu en maturité, et
Sunset propose une musique plus raffinée et sensible qu’auparavant, dans la lignée d'
Atlantic mais avec des morceaux moins directs qui lorgnent vers l’atmosphérique et n’hésitent pas à développer de longues parties instrumentales.
Tout juste pourra-t-on reprocher quelques longueurs et une certaine redondance, l’album durant tout de même soixante minutes (
Kings, titre central de plus de dix minutes, se fait un peu répétitif, malgré une mélodie sensible et accrocheuse, le couplet du morceau éponyme est un peu quelconque), mais dans l’ensemble,
Sunset est une belle réussite, et on appréciera d’autant plus ce retour qu’il était totalement inattendu.
Pour conclure, les amateurs de spleen et de mélancolie musicale qui apprécient des combos comme
Anathema, The
Silent Agony ou
The Prophecy peuvent se jeter les yeux fermés sur
Sunset, ils ne seront pas déçus. Quant aux autres, ils peuvent toujours se risquer à jeter une oreille sur le dernier album du quintette, après tout, l’hiver commence tout juste et la musique de
The Wounded est idéale pour passer de longues soirées à moitié somnolent devant un feu qui crépite, un bon verre de vin à la main, emmitouflé d’un plaid et lové dans un fauteuil, un chat en boule ronronnant sur les genoux, à regarder paisiblement la neige tomber par la fenêtre et recouvrir de son manteau blanc et serein les turpitudes d’un monde devenu définitivement trop vain et insensé.
Dans un registre assez proche je ne peux que te conseiller d'écouter le superbe album "Thought-Tormented Minds" des italiens de Greyswan sorti en 2003 sur Ebony Tears, le label qui a également édité en 2004 "Atlantic" de The Wounded.
Merci beaucoup pour la recommandation. J'irai écouter ça sans faute!
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