Top, pays scandinave berceau d’un death metal unique caverneux et groovy, géniteur du death mélodique, berceau du black death avec l’éclosion du monstre
Dissection et initiateur d’une vague de black dite brutal, je suis, je suis… la Suède, bien évidemment !
Entre autre reconnu pour l’émergence de sa scène black metal plus rapide, directe et moins raw que celle de son voisin norvégien, le pays d’Ibrahimovic, de Krisprolls et d’Ikea compte encore dans ses rangs certains des mythiques pères fondateurs que sont
Marduk,
Dark Funeral et
Setherial (sur le papier du moins puisque ça fait quand même huit ans que l’on attend une suite à
Ekpyrosis), qui s’évertuent vaille que vaille à perpétuer la flamme noire du black metal national des 90’s. Ceci dit, force est de constater que cette vieille garde a largement été bousculée par l’arrivée d’une nouvelle scène définissant de nouveaux codes et schémas sonores, la Suède s’illustrant aujourd’hui plus par ses combos de black dit orthodoxes, privilégiant un art plus rampant et insidieux.
C’est dans ce contexte de guerre fratricide que débarque sans crier gare le deuxième album de
Blood of
Serpents, obscur combo de metal extrême, qui décide d’abandonner ses velléités death et thrash pour redonner ses lettres de noblesse au bon vieux black national. Et putain, autant le dire tout de suite, la reconversion est aussi réussie que douloureuse, ce
Sulphur Sovereign étant certainement l’un des albums de black suédois les plus brutaux qui m’aient été donnés d’entendre depuis un bon bout de temps : ces 48 minutes de destruction sonore dézinguent tout sur leur passage, s’apparentant à une guerre totale à la vitesse d’exécution assez affolante. Evidemment, avec une telle description, on a tendance à vouloir comparer l’album avec le mètre étalon du genre, le fameux
Panzer Division Marduk qu’on ne présente plus, eh bien sachez que la bande de Fredrik Nilsson est encore plus rapide que
Marduk et n’a pas grand-chose à envier à son grand frère en terme d’intensité ; il n’y a qu’à s’envoyer l’opener Mater
Tenebris, qui tabasse tous blast dehors, pour s’en convaincre : des tambours de guerre résonnent dans le lointain, une guitare saturée crache un riff grésillant et nu bientôt repris par les percussions, puis un cri déchiré et vindicatif, annonce l’explosion à laquelle succède un déferlement de violence continu. Sur le titre suivant, In
Darkness, Brotherhood, on peut souffler un peu… Non, je déconne, le martelage est toujours aussi rapide et intensif si ce n’est plus, les guitares cisaillent et taillent dans le vif avec ce feeling sombre et diabolique qui va bien tandis que Stephen Clifford hurle sa rage avec une conviction plus que convaincante, qui rappelle d’ailleurs beaucoup
Legion tant dans le phrasé que dans les intonations guerrières. Honnêtement, Christopher Andersson est soit un mutant, soit il s’enfile trois bols de Duracell chaque matin au petit dej’, parce que tenir ce rythme sur ne serait-ce qu’un titre entier paraît réellement surhumain. En effet, si les titres sont rapides, très rapides, sur ces deux premiers morceaux, les ralentissements et autres breaks sont quasiment inexistants, et le rythme est putain d’intense, ce qui fait de ce début d’album une démonstration de force en matière de vrai black à la suédoise mastoc sans compromis.
Bon, pas besoin d’être nécromancien pour deviner les limites d’un tel album, il est évident qu’une telle radicalité est rapidement éprouvante. Ainsi, les premiers titres laissent peu de respiration, et, comme trop souvent dans ce genre de black metal, la batterie est trop mise en avant à mon goût, prenant trop d’espace sonore et couvrant en partie le bon riffing de la paire Nilsson/Roupe (dans une bien moindre mesure si vous écoutez au casque ceci dit).
Heureusement, les Suédois ont la bonne idée de ne pas proposer que du bourrinage bas du front pendant 48 minutes, et As
The Temple Burns tombe à pic, proposant un metal majoritairement lent servi par un riff lancinant et un chant plus grave et cérémoniel. On a évidemment le droit à de nombreuses accélérations meurtrières, mais d’une manière générale, la part belle faite aux tempi plus posés nous permet de respirer un peu et privilégie l’ambiance à la brutalité primaire (ce riffing roulant et hypnotique, ces chœurs viking en fin de morceau). D’une manière générale, la seconde partie de l’album est plus aérée et variée, après un début frontal à la radicalité assez éprouvante, et des morceaux comme As the
Temple Burns ou le très bon Upon Waters
Dark, même s’il est majoritairement rapide et destructeur, montrent un certain talent pour la composition de pièces plus lourdes, lentes et majestueuses (le mid tempo
Prophet of a False
Faith, quant à lui, sonne plus comme un death à la
Amon Amarth mou et anecdotique à cause d’un manque de variation et d’un riffing manquant d’accroche). Il est juste dommage que l’ordre des titres ne soit pas différent, les Suédois nous proposant leurs morceaux les plus violents d’entrée de jeu en enchaînant quatre torgnoles impitoyables et tellement intenses que les moins endurants pourraient avoir envie d’abandonner l’écoute en cours de route : en alternant plus judicieusement les titres, nul doute qu’on aurait eu un album bien plus digeste et finalement mieux équilibré.
En tout état de cause, on peut parler d’une reconversion réussie pour
Blood of
Serpents, qui passe en un album d’un death black thrash certes parfaitement exécuté mais un peu générique à un black metal ultime. Encore un peu scolaire et manquant d’une pleine personnalité pour réellement exploser, ce combo n’en constitue pas moins d’ores et déjà un redoutable concurrent pour conquérir le trône du black brutal suédois, et risque bien de damner le pion aux grands anciens si
Marduk ne se décide pas à varier un peu son propos et si
Dark Funeral attend encore sept ans avant de sortir son prochain album.
A recommander chaudement à tous les masochistes qui aiment se faire décaper les oreilles et s'endormir au doux bruit des panzers.
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