C'est au hasard d'une recherche internet de différents groupes à tendance mélodique que le nom de
Russian Circles se présente à moi. Tiraillé par ma curiosité je me mets alors à écouter la discographie complète de ce groupe dont je n'ai seulement jamais entendu parlé... sons lourds et passages atmosphériques titillent mes oreilles... je coupe les enceintes au profit du casque pour me plonger davantage dans cette expérience musicale...
Il est assez rare d'entendre un groupe instrumental à la radio (à l'exception peut-être d'
Apocalyptica) ou qu'il soit mis en avant dans une Fnac (le rayon metal se resserrant toujours plus...), aussi, cette découverte me paraît intéressante à décortiquer un peu.
Après 2 écoutes de la discographie je me plonge alors sur l'album qui est resté le plus présent ds mon esprit : «
Station ».
Le premier morceau, « Campaign », pourrait être vu comme une introduction à l'album. Ce n'est pas une question de durée (ce n'est pas le plus court!) mais plutôt une question d'ambiance, il fonctionne un peu comme une invitation : constance mélodique et douce à la guitare rejointe progressivement par un son légèrement plus pêchue puis un placement simple et efficace de batterie... La mécanique s'avère concluante bien qu'un peu longue, à se demander où veut-on en venir, mais on se laisse porter par cette poésie qui n'est qu'un prélude avant de passer aux choses sérieuses...
Les dernières notes de guitare se taisent pour laisser entrer « Harper Lewis » le second morceau de l'album. La batterie fait son apparition par un jeu rythmique appétissant puis une basse lourde et forte entre en scène. La guitare reprend son jeu mélodique en fond comme pour nous prévenir de quelque chose de fort qui arrive au loin. Le tout nous entraîne dans une atmosphère lourde et engageante (qui aurait sa place dans un film à suspens) avant que la batterie n'accélère brutalement le rythme accompagnée par des riffs forts et pesants aux sonorités metal, précipitant alors le morceau à son point culminant : toute la force d'une instrumentale grave symbolisant une rencontre imprévue, un précipice duquel on s'est approché et qui nous avale subitement... L'écriture de notre rôle continue grâce au retour mélodique de la guitare simulant une chute, une pénétration dans l'inconnu, avant que la tension ne tombe pour revenir à un univers plus calme qu'elle semble diriger. Mais ce moment de répit n'est pas éternel, les autres instruments reviennent nous signaler chacun leur présence avant de laisser la batterie diriger notre rétablissement, notre marche vers la sortie du morceau, dans laquelle la basse, grondant un soupir grave, témoigne de notre passage au travers de toute cette énergie.
Vous l'aurez sûrement compris, je scénarise un peu mon écoute des morceaux, et ce ressenti ne sera évidemment pas le même d'une personne à l'autre. Pourtant, face à un groupe instrumental, il me semble important d'expliquer comment nous plongeons dans le morceau (quand celui-ci recèle assez de qualités pour le permettre bien sûr).
Si « Harper Lewis » était le passeur d'un univers à l'autre, «
Station » est le lieu dans lequel il nous emmène par sa force musicale. Reprenant le titre de l'album, «
Station » coupe court la petite pause du morceau précédent en imposant d'emblée un rythme entraînant, une batterie solide, des sons efficaces... Mais il ne s'agit pas forcément d'une nouvelle montée d'énergie, une atmosphère douce se greffe à la force du morceau avant que celui-ci ne reparte de plus belle vers une montée d'adrénaline. La seconde partie du morceau fait la part belle à l'atmosphère, laissant un peu moins de place à l'énergie et privilégiant un retour plus poétique.
Sans parcourir de façon aussi descriptive tout l'album, chaque morceau joue sur une mécanique, alliant la force d'une instrumentale metal et une recherche mélodique conséquente, mais a son identité propre. Il ne faut pas voir non plus ici l'aspect mélodique comme un ou plusieurs segments des morceaux, mais plutôt comme une entité qui se fond au rythme et à la force des instruments. « Verses » est davantage mélodique et poétique, tandis que « Youngblood » se trouve plus proche des précédents morceaux en mettant en avant de bons riffs bien metal et un basse/batterie puissant le tout entrecoupé par de forts passages mélodiques se greffant directement à l'énergie prodiguée par le jeu de batterie et la constance de la basse (le morceau se termine par ailleurs sur un son de clavier type orgue très doux lui-même précédé de son opposé, une instru plus oppressante nous plongeant dans du pur metal : ce titre porte très bien son nom...). Enfin, « Xavii » est un retour vers le mélodique et la douceur accompagné par une ambiance acoustique qui tranche un peu avec le reste de l'album, donnant une tonalité un peu plus proche d'un morceau rock, ce qui n'est pas déplaisant et offre davantage de variété au tout. C'est un morceau assez court, qui paraîtra pourtant un peu long à certains, mais qui s'avère être une bonne conclusion du voyage que l'album vient de nous faire vivre, une invitation cette fois au repos.
Je ne parlerai pas beaucoup du morceau bonus, le Remix d'« Harper Lewis » : c'est un bon morceau sans être un élément indispensable à «
Station », car même s'il met en avant une mécanique pas si éloignée des autres morceaux, la conclusion offerte par « Xavii » me semble très bonne et ne nécessite pas d'être prolongée par une expérience qui se veut en plus différente de celle que nous avons parcourue.
Parlons un peu maintenant des instruments en eux-mêmes. La batterie est le premier des éléments qui est mis en avant (à l'exception du premier morceau), elle dicte tout avec justesse et puissance à la fois offrant un jeu à la fois régulier et technique. La guitare allie parfaitement les riffs bien metal et les envolées lyriques. La basse quant à elle joue sur deux aspects : soit une forte présence, soit une forte résonance, alliant régularité et sons lourds. Chacun sait se démarquer sans donner lieu à une véritable « salade sonore » comme on peut parfois l'entendre dans des passages d'instrumentaux.
Ecouter, analyser et juger un groupe de metal mélodique focalisé sur l'instrumental et n'utilisant aucune voix est un exercice difficile pour plusieurs raisons. Tout dépend déjà de la personne qui écoute : attendra t-elle de la force ? Une recherche d'atmosphère ?...etc. Ensuite, au regard de cet album mais aussi des autres productions du groupe, la longueur des titres pourra en freiner certains. Cette chronique prend donc en compte certains paramètres personnels et chacun saura trouver ou retrouver une ambiance différente ou non après une écoute. Je pense cependant que plusieurs écoutes sont nécessaires afin de bien appréhender cet objet musical qui ne manque pas de recherche (les repères se faisant exclusivement sur les instruments).
C'est une très bonne découverte, à mon sens, qui ne plaira peut-être pas à tout le monde mais «
Station » est un album qui mérite le coup d'oeil... à défaut d'être apprécié il a au moins le mérite de nous entraîner un minimum en dehors de ce que nous pouvons écouter en général.
17/20
Tetsuro
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