"Si nul n'est lésé, fais ce que tu veux" prêchent les wiccans, adeptes de la philosophie
Wicca, dont les teutons se sont librement appropriés le nom. L'anecdote est amusante de vérité car à ce petit jeu, le conservatisme et le classicisme dont font preuve les allemands leur attribuent une liberté sans frontières! Réunis en 1985 à Constance, les allemands évolue dans un style typique de leur époque, mélangeant pourtant dans ce "Splended Deed" sorti en 1989 deux courants qu'on imaginait bien distincts.
Le thrash germanique est indubitablement signé de cette griffe racée par une base agressive et sans concession teintée d'un brin de Speed. On retrouve encore cette expérience vécue notamment dans les premiers
Kreator et Sodom d'un étouffement suffocant créant l'asphyxie par la remise inaliénable d'une couche supplémentaire, à l'image du bien nommé "Speed Thrashing Kids".
Malgré cela, on ne peut pas s'empêcher à l'écoute de ce "Splended Deed" et de son puissant aspect Heavy de songer à la sauce West-Coast apporté par une sorte de mélange entre la Thrash Bay
Area genre
Testament ou
Vio-lence avec les sonorités initiales slayeriennes. Dans la même logique, "Pull
Down The Wall" ressemble toute proportion gardée à un "Raining
Blood" construit avec la retenue diabolique d'Infernäl Mäjesty. Mine de rien, malgré cette carence d'originalité apparente, cette subtile fusion des tendances est finalement loin d'être anodine.
Wicca, c'est donc du thrash sombre et puissant, sans pourtant être brutal, comme le démontre encore une fois "Speed Thrashing Kids" avec son intéressant jeu de basse procurant un fond sonore intense, évitant au groupe l'écueil de chercher l'intensité dans des voies dérivées et creuses. Une basse qu'on retrouve d'ailleurs de manière plus mélodieuse dans "
The End Of The
Century" et qui conserve un rôle de pierre angulaire un peu partout et particulièrement dans "I.O.U". La prépondérance de cet instrument peut parfois faire croire qu'il se substitue à la guitare en termes de leadership.
Au risque de me répéter, mais s'il y a une chose qu'il faut retenir de cet album, c'est bien cela: son atout est indiscutablement sa puissance enthousiaste, compte tenu évidemment de l'époque considérée. La production de qualité tire en plus cette aspect vers le haut. Ainsi, peu importe la séquence écoutée, vous y trouvez la même consistance sans défaillance, même pour des passages mid-tempos comme celui de l'éponyme "Splended Deed".
Au niveau de la construction, c'est contrasté et sujet à polémique. On peut y voir le jour comme la nuit. On y découvre à la fois des plans ultra-conventionnels comme celui suscité, maintes en maintes fois entendu et décliné, avec des évolutions et développements parfois inattendus et donc forcément plaisants. Il y a donc pour chacun un compromis à trouver entre ces deux aspects, en sachant relativiser le manque d'innovation musicale par l'ambition débordante qui transpire de cet opus.
Parmi ces originalités, on notera notamment le double-riffing, où plutôt la superposition intercalée des riffs, dans l'énergique et introductif "It's Enough". Tels des seconds couteaux, les deux riffs complices se positionnent comme deux vagues successives, la seconde recouvrant la première, pour un résultat implacable. On ne peut oublier également le solo inédit aux sonorités étouffées de "Mirror
Never lies", ainsi que d'autres petites surprises qu'il vous faudra découvrir et apprécier...
Concernant le chant de Olymp, il faut avouer qu'il est intrinsèquement moyen. Malgré cela, il a le mérite de coller au plus juste de par son intransigeance aux ressentis renvoyés par la musique. Il se permet ainsi quelques faits d'armes comme sur le morceaux précédemment citée ou dans le plus rebondissant "Psychic
Warfare", où les multiples répétitions du refrain le placent naturellement en première ligne. A ce propos, les paroles ne sauraient déroger à la dureté de ton employée, et traitent ainsi de sujets sombres mais encore là assez communs comme la pollution, la guerre, les drogues, les scandales politiques et religieux ou encore le fascisme.
Ainsi, au niveau de la musique "orale", ce sont les "choeurs",si on peut vraiment appeler de cette manière les accompagnements vocaux style punk/hardcore lors des refrains, qui prennent la relève en termes d'efficacité, et laissent imaginer des consonances crossover dans cet album. "It's Enough" comme illustration tire de ces chants son caractère implacable et nerveux.
Le sentiment est au final partagé et pourtant globalement positif.
Wicca reste du brut de décoffrage: mis à part la conclusion un peu inutile que représente "Trommel Bass", aucun habillement ne vient recouvrir l'authenticité de cette démarche de thrash authentique. Sans apporter aucune innovation notable au genre, collant de trop près à son sujet pour celà, "Splended Deed" assouvit sans problème une soif d'un thrash de puriste. Il se classe ainsi parmi les valeurs sûres, indémodables et intemporelles d'une collection thrash. A noter qu'une version remastérisée est sortie en 2006, mais mon chauvinisme et traditionalisme latents me poussent à vous diriger vers la version originale.
Concernant le old-school, l'avantage de ma "jeunesse" c'est que, mis à part certains aspects comme la production, je ne fais pas vraiment de distinction.
Pour moi, quasiment tout est neuf vu que je suis arrivé après la vague. Je subis donc moins le biais de l'époque. Et c'est avec cette objectivité qu'on se rend vraiment compte que les vieux albums sont en majorité de meilleure qualité que le revival
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