Une année complète sans avoir de nouvelles de
Arjen Lucassen est une denrée rare. Et partiellement incomplète il faut bien le dire. Entre
Ayreon, Star One, ses multiples collaborations (dont la récente avec Simone Simons), ses travaux live (The Electric
Castle) ou ses envies retro (Supersonic Revolution), le multi-instrumentiste est un grand créateur bourreau de travail qui ne dort pas beaucoup.
C’est sous son propre nom qu’il est récemment revenu sur le devant de la scène, donnant un successeur illégitime à “
Lost in the New Real” sorti en
2012.
Pourquoi pas
Ayreon ? Star One ? Pour la simple raison qu’
Arjen voulait chanter et raconter cette histoire par sa propre fenêtre émotionnelle, toujours en invitant quelques amis (on ne parle plus uniquement de guests artistiques avec lui) mais surtout en exprimant ses propres émotions sur un sujet difficile et un concept bien plus réaliste que précédemment.
Exit l’espace, les races extra-terrestres ou les théories scientifiques et philosophiques complexes :
Songs No One Will Hear possède plusieurs niveaux de lecture et, s’il surprend par sa vision décharnée aux premières écoutes et son aspect bien plus dépouillé et fragile, se découvre avec les écoutes.
Le point de départ est simple : que ferions-nous si un astéroide venait détruire l’humanité dans 5 mois ? (ça ne vous rappelle pas “Don’t Look Up” ?). De ce constat, divers pans d’humanité vont se découvrir à nos oreilles (alors qu’on aurait pu penser que le titre d’albums évoquait des chutes initiales de studio). De la vision des complotistes (“Goddam
Conspiracy”), de ceux qui préfèrent profiter (sexuellement par exemple avec les orgies de “Shaggathon”), du questionnement profond de notre place dans la société (“The Univers has Other Plans”) ou même de la vision déchirante d’une femme enceinte qui ne verra jamais naitre son enfant (merveilleux “We’ll
Never Know” avec
Floor Jansen), l’album prend tout son sens dans la lecture des textes et l’émotion qui s’en dégage.
On reconnait évidemment le style de
Arjen entre mille, dans ses synthés (plus discrets néanmoins), ses guitares et sa production massive mais fine en même temps (le mix totalement raté de “Vermillion” de Simone Simons est du passé). L’album est très rock, le côté heavy prog passant en second plan pour une émotion plus brute et charnelle, comme c’est le cas dès “The Clock Ticks
Down” (l’annonce de l’astéroïde). Beaucoup de passages acoustiques, un gros travail sur les voix et une sensibilité dans le chant de
Arjen qui touche en plein cœur. Le sublime “We’ll
Never Know” avec
Floor Jansen fait froid dans le dos tandis que “Just Not Today” relève d’une immense poésie face à l’inéluctable, comme une façon de vivre ce qu’il reste à vivre. On retiendra également “The
Universe has other Plans”, plus proche d’un
Ayreon dans sa lourdeur et sa dimension progressive et son sublime solo central. “Dr
Slumber’s Blue
Bus” voit le retour d’un personnage de son précédent opus solo pour le titre le plus “sautillant” et rock seventies du disque, avec un feeling éthéré qui donne le sourire et se veut une respiration dans une disque résolument triste (on pourrait aussi parler de “Shaggathon” et son côté presque rockabilly sur moins de trois minutes).
Que dire du plat de résistance “
Our Final Song” avec Robert Soeterboek et Marcela Bovio (des habitués) ? Une longue fresque de quinze minutes comme
Arjen sait si bien le faire, aussi rock que metal, avec ses influences presque celtiques et ses ambitions progressives annonçant l’inévitable catastrophe à venir, matérialisé par les multiples changements de tons et d’atmosphères de la composition. L’ambiance s’y fait plus sombre et mélancolique à mesure que le titre avance, tout en restant dans une certaine retenue, loin des apothéoses grandioses (qui ne s’y prêterait pas) d’un “01011001” ou “The Source”. Le solo à sept minutes est merveilleux de poésie (et dure presque deux minutes) avant que Robert ne durcisse le ton avant le plombant “This is the
End” (la septième partie) qui décrit ce que l’on savait déjà. L’émotion y est palpable (et toujours en tête ce final de “Don’t Look Up” ...) quand
Arjen chante “This is the
End.
The End of humanity.
The End of the dream. Of a Race. Of utopia ...”.
Une merveilleuse conclusion qui donne tout son sens à un disque très personnel, très “égoiste” pour un
Arjen qui a presque tout voulu faire seul cette fois-ci. Le énième album d’un artiste n’ayant plus rien à prouver et souhaitant juste continuer à faire ce qu’il aime et ce qu’il sait faire, sans se réinventer inutilement ou chercher une quelconque surenchère. “
Songs No One Will Hear” n’est pas moins ambitieux mais probablement moins marquant musicalement que de nombreux autres disques du néerlandais. Il n’en reste pas moins profondément vrai et sincère. Du bel ouvrage.
Merci beaucoup pour ta chronique Eternalis, j'espérais que tu t'y plonges pour avoir ton ressenti. Malgré les diverses personnes invitées, j'ai trouvé particulièrement touchant qu'Arjen chante lui-même une grande partie des morceaux. Par contre un point me turlupine, je n'ai pas réussi à trouver l'info: pourquoi ce n'est pas Ed Warby à la batterie, qui l'accompagne depuis....fort fort longtemps ?! Si tu as la réponse je suis preneur, merci par avance !!
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