Souffrir et le montrer. Se déchirer et ouvrir son âme. S'enfoncer dans les ténèbres de sa propre désespérance...
Les artistes tentant cette funeste expérience sont désormais légions, de plus en plus nombreux et sur lesquels il faut parfois faire un tri drastique pour n'en tirer qu'une pure substance, qu'un nombre restreint qui pratique son art avec cœur et dignité. Les noms de
Neurosis, Cult of
Luna ou
Isis ressortent toujours du lot mais de récents jeunes combos comme
Le Dead Projet ou
Hypno5e ont subjugués les fans avides d'une musique crue, souvent technique mais abyssale et totalement sombre, pour ne pas dire parfois opaque (le majestueux "Elementary" de
The End reste encore aujourd'hui comme une expérience à part).
Les lyonnais de
Lodz désormais tente ce pari osé de progresser dans ce post-hardcore allègrement battu en brèche ces dernières années, à tort et à travers malheureusement, et sombrant trop souvent dans une saturation exacerbée ne faisant que masquer les lacunes créatrices de leur géniteur. On remarque pourtant très rapidement avec "
Something in Us Died" que
Lodz insuffle une grande dose de mélodie dans sa musique et de mélancolie, plus que de la dépression ou de la souffrance pure. Impossible de ne pas être touché par la beauté d'une composition comme "Leading the
Rats" qui, par l'utilisation d'un chant clair très sensible mais non susurré comme c'est souvent le cas, le groupe se créé une atmosphère propre et personnelle. Les riffs sont certes saturés, le tempo globalement lent, les arrangements vocaux, très denses, permettent de faire respirer la musique et de laisser poindre une aura lumineuse derrière une musicalité de prime abord tout de même sombre. On pense d'ailleurs inévitablement au dernier opus d'
Hypno5e ("
Acid Mist Tomorrow") qui est un véritable modèle du genre en la matière. On distingue des arpèges sur "Sulfur" et des parties plus narratives qui évoquent de leurs côtés
My Own Private Alaska ou encore
Agora Fidelio, tout en gardant une emprise profonde sur l'auditeur, une base metallique forte et lourde, suffocante presque mais laissant passer suffisamment de mélodie pour s'orienter sur un style plus original et ouvert.
Bien évidemment,
Lodz propose également des parties plus conventionnelles (si l'on peut parler de conventionnalité dans ce genre de musique) comme sur le premier morceau, "Detachment", plus ouvertement violent et déchiré. Les vocaux hurlent une souffrance inévitable, les harmonies sont parfaitement exécutées bien que très proches de ce que l'on trouve chez les groupes déjà nommés et il manque de ce fait une identité personnelle, une atmosphère propre qui ferait de la noirceur de
Lodz une expérience à part. Néanmoins, la touche mélodique finalement relativement rare dans le style est déjà une ouverture pour les années à venir et un sillon à exploiter pour les lyonnais.
C'est d'ailleurs déjà plus ou moins le cas lorsque l'on écoute la suite logique que forme le court et poétique "Walking Like Shades" ouvrant sur un "The Rope" où la voix d'Eric rappelle presque trait pour trait celle d'Aaron Wolff, dans sa tristesse, sa sensibilité, son caractère à fleur de peau et prête à exploser à tout moment, terriblement belle dans son instabilité. Une fois encore, on ressort facilement un refrain de la composition, se rapprochant volontiers de ce que l'on appelle communément une chanson, chose pas toujours évidente dans le genre. La saturation des riffs créé une alchimie d'une grande force, même si l'on regrettera que ce genre de sonorités soient si souvent utilisées désormais. De même, la lourdeur des riffs doublés par la basse ne surprend plus vraiment mais là encore, il s'agit de quelques erreurs de jeunesse qui pourront être gommées à l'avenir.
Pour un premier opus,
Lodz s'en sort relativement bien, même s'il est encore difficile de définir un réel potentiel dans un genre de musique où les groupes affluent de plus en plus sans pour autant perdurer dans le temps. Espérons qu'il n'en sera pas de même pour eux et qu'ils parviendront à transcender des influences encore très audibles pour se forger un caractère unique. Un bon essai, qu'il ne reste plus qu'à transformer.
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