Nouvelle figure du metal symphonique à chant féminin, ce jeune trio pluri-ethnique basé à Umeå – ville suédoise située dans la province de Västerbotten – compte comme nombre de ses homologues faire largement entendre sa voix. Cependant, conscient des enjeux et des risques courus à chercher à essaimer ses riffs coûte que coûte, c'est à pas de loup que ce dernier se lancera dans l'arène : si son introductif single, «
Follow Your Path », sort l'année même de sa création, en 2022, le groupe nous fera patienter deux années supplémentaires avant de le voir accoucher de son premier EP, «
Solemia ». Ce faisant, en quoi les vibes insufflées par les cinq pistes que compte la rondelle se différencieraient-elles de celles de leurs challengers, toujours plus nombreux à affluer ?
Plus encore, les quelque 29 minutes du ruban auditif de la galette seraient-elles à même de porter nos trois acolytes parmi les sérieux espoirs de cet environnement metal ?
Cofondé par le multi-instrumentiste letton Gennady Grigoryev, la chanteuse russe Natalia Ivanova et le/la bassiste français(e)
Luna Tenebris, le groupe ainsi constitué nous plonge au cœur d'un metal mélodico-symphonique gothique et opératique à la fois pulsionnel, épique et romanesque, dans la veine coalisée de
Nightwish (première mouture),
Delain,
Within Temptation (première période) et
Visions Of Atlantis (VOA). S'il jouit d'arrangements instrumentaux de bon aloi et s'il témoigne d'un mix ajustant parfaitement lignes de chant et instrumentation, ce premier élan souffre toutefois d'un manque de profondeur de champ acoustique et de finitions lacunaires ; de persistantes carences qui ne sont pas sans effet sur le confort d'écoute procuré par ce set de compositions. Mais embarquons sans plus attendre à bord de la frêle goélette pour une traversée que l'on espère ponctuée de quelque terre d'abondance...
C'est en de magmatiques contrées que se plaisent à nous projeter nos trois compères, non sans parvenir à aspirer le tympan. A commencer par le titre éponyme de l'opus, «
Solemia », up tempo aux riffs acérés adossés à une frondeuse rythmique et assorti d'un léger tapping. A la confluence de
Nightwish et
Within Temptation, le frondeur et chevaleresque méfait vogue sur d'ondoyantes rampes synthétiques parallèlement à de sémillants arpèges d'accords. Recelant d'insoupçonnées montées en régime du corps orchestral ainsi qu'une mélodicité toute de fines nuances cousue qu'empruntent les fluides inflexions de la sirène, la rayonnante plage ne se quittera qu'à regret. On pourra non moins retenir l'intrigant et ''xandrien'' «
Sacrifice », et ce, tant pour ses enchaînements intra piste ultra sécurisés que pour son énergie aisément communicative, sans oublier son galvanisant final en crescendo. Enfin, n'ayant de cesse de nous asséner de cinglants coups de boutoir, mis en exergue par un duo mixte en voix claire bien inspiré, et non sans renvoyer à VOA, l'échevelant et opératique « Symphony of Defiance » ne relâchera pas sa proie d'un iota.
Quand elle en vient à desserrer la bride, la troupe trouve encore quelques clés pour nous retenir, un peu malgré nous. Ce à quoi nous sensibilisent les truculents harmoniques dont se pare le single «
Follow Your Path », énigmatique mid/up tempo à la confluence de
Xandria et
Nightwish ; nourri d'orientalisantes séries de notes, recelant de seyants couplets sur lesquels se greffent les sensuelles ondulations de la déesse ainsi qu'une accélération aussi soufflante qu'inattendue du dispositif instrumental, le manifeste poussera peu ou prou à une remise en selle sitôt l'ultime mesure envolée.
En revanche, et contrairement à nombre de ses pairs, l'accroche s'opérera plus malaisément à la lecture de son ample pièce en actes symphonico-progressive. Ainsi, les quelque huit minutes de l'épique parcours du polyrythmique et ''nightwishien''«
Sand Wanderer » nous mènent le plus souvent sur des chemins de traverse, que ce soit au regard de schèmes d'accords éminemment répétitifs ou à la lecture d'une sente mélodique foncièrement linéarisée. En dépit de senteurs orientales des plus enivrantes, d'arrangements orchestraux finement esquissés et de la chatoyante empreinte vocale de la princesse, la magie tant espérée peine à opérer.
Au terme d'un parcours éminemment tourmenté, parfois empreint de mystère, force est d'observer que le combo témoigne d'un réel potentiel technique, au demeurant judicieusement exploité. Cela étant, les exercices de style convoqués tendent à une certaine stéréotypie quand les mélodies, elles, s'avèrent plutôt agréables, à défaut d'être inoubliables. A cela s'ajoute une ingénierie du son sujette à caution, que la qualité des arrangements parviennent peu ou prou à compenser. On comprend que nos acolytes devront élever d'un cran supplémentaire le niveau de leurs exigences propres en matière de production et de composition, et consentir à quelques prises de risques pour espérer impacter plus largement un auditorat déjà sensibilisé aux travaux de leurs maîtres inspirateurs. Bref, un introductif mouvement aussi cinglant qu'énigmatique mais encore taillé dans la roche, pour l'heure inapte à propulser nos compères parmi les sérieux espoirs de cet espace metal...
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