Le soleil, l’astre de feu, astre céleste éclairant et baignant d’une chaleur bienfaitrice la vie elle-même. Le soleil a toujours été une source de fascination et d’inspiration pour les hommes. Vu de manière bienveillante dans toutes les civilisations antiques, véritable incarnation divine sa seule lueur suffisait à faire le bonheur des croyants.
Un malheur incommensurable, voire même la fin du monde tel qu’on le connaissait était même envisagée lorsque de bénignes éclipses cachaient, pour un court moment, cette source de lumière aux yeux de nos ancêtres.
Celestial Season groupe officiant dans un doom death atmosphérique classieux, spécifique au début des années 90, décide de sortir en 1995 une ode dédiée à cette source perpétuelle d’espoir et de rêve. Et quoi de plus simple pour cela que plonger le monde dans l’obscurité et sans astre pour éclairer notre chemin.
« Decamerone » première piste, montre de suite le chemin emprunté par nos compères hollandais. Un doom lent, aux tristes relents et à la douce amertume que connaitrait le monde si la lumière n’avait jamais été.
Classieux de bout en bout, les pistes s’appuient sur des mélodies parfaitement maitrisées. Aucun temps mort n’est à déplorer. Malgré la relative longueur de quelques une pistes, le groupe a eu la bonne idée d’entrecouper l’album avec des pistes plus courtes (58 secondes pour la plus courte). Pistes instrumentales, voire quasiment acoustiques, chacune apporte une pierre non négligeable à l’édifice et nous enfonce toujours plus profondément au sein d’un macrocosme ténébreux.
Le renouvellement constant et perpétuel de l’œuvre fascine et nous entraine toujours plus profondément dans cet univers qui n’appartient qu’au groupe et à lui seul.
Les instruments aussi bien que la musique sont très atypiques, on ne retrouve pas les influences symboliques du doom.
Les guitares ont un effet assez old school, on croirait presque entendre un son typique de l’avant-garde. Un son venu tout droit des débuts, de la naissance même du doom. La puissance, l’importance donnée au son et les effets qui s’en dégagent sont pour le moins troublants.
Le solo de «
Will You Wait For The Sun ? » avec un son tout droit sorti des années 70, est tout bonnement troublant au sein d’une œuvre doom mais reste parfaitement dans les tons : épatant.
La batterie dotée d’un son organique, nous délivre un jeu inspiré, tout en retenu mais d’une classe sans pareil. Les rythmes sont tous parfaitement dans l’esprit même des pistes, pas de désirs intempestifs d’épater son monde avec des breaks sortis de nulle part.
La voix, tantôt chuchotée ou alors lorgnant vers le death offre une ampleur toute particulière à chaque piste. Les chuchotements se révèlent parfois malheureusement assez difficiles à digérer et nuisent lors de certains passages qui auraient gagné en émotion. Le chant death qui tends parfois vers des grognements et des grondements est quand à lui toujours parfaitement en accord avec la musique. Sans une once de violence ou d’agressivité mal venue, d’une douceur parfois déconcertante l’album (Soft Embaler Of The Still Midnight), est de bout en bout impérial et ne souffre d’aucun défaut.
Le violon, présent sur la quasi totalité des pistes est l’une des clefs de voute de l’œuvre, l’ingrédient que l’on pourrait presque qualifier de principal. En véritable osmose avec les pistes, le violon porte avec lui le son même du désespoir. Mélodieux et raffiné, à lui seul il ouvre grande les portes d’un monde baigné dans une obscurité insondable ou la tristesse règne en maitre implacable (Dancing To A Thousand Symphonies).
Œuvre méconnue,
Solar Lovers mérite toute l’attention des amateurs de doom classieux, dégageant une atmosphère des plus admirable, cette galette relativement facile d’accès mérite qu’on l’ écoute ne serait-ce qu’une fois.
Celestial Season nous offre un univers couvert par une nuit éternelle. Nous laissant l’espérance d’entrevoir ne serait- ce qu’une simple lueur. L’aube n’arrivera malheureusement jamais, dans ce berceau de la tristesse, nulle lumière n’aurait la force de percer et de perdurer.
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