Jouissant d'une discographie déjà substantielle, le groupe de folk metal allemand a continué à alimenter son projet par cette cinquième production aux compositions puissantes et aux textes plus matures que par le passé. Reconnaissable à l'estampe folk emblématique du son délivré par ce septuor, cet album se situe alors dans la lignée de son avant-dernier opus "Laverage" (
2012). Il marque ainsi une transition par rapport à des oeuvres antérieures, telles que le profond et stimulant "
Paranoid Circus".
Le mixage et la supervision ont été laissés entre les mains expertes de Thomas "Plec" Johannsen (
Scar Symmetry). Ce qui n'a pas été sans effets sur l'ampleur du relief acoustique dans lequel se déploie une solide et pléthorique orchestration. En outre, ce travail de studio en amont a permis d'asseoir confortablement des compositions riches de notes. Aussi, le groupe peut se targuer d'une inspiration féconde embrassant les treize pièces de son oeuvre.
Cependant, l'atmosphère folk ne s'est pas systématiquement imposée à d'autres styles dont se nourrit également le son du groupe. Ainsi, y sont sollicitées des influences gothiques, celtiques, voire heavy. Aussi, guitares nerveuses et basses incisives viennent à la rencontre d'instruments typiquement folk, comme le nostalgique violon ou le sulfureux violoncelle. La complémentarité de ces registres conduit néanmoins vers un dessein artistique éminemment folk du groupe.
Pour situer plus précisément le climat d'ensemble de cet opus, quelques références illustratives s'imposent. Tout d'abord, son côté roots et énigmatique rappelle l'environnement folk de
Elane. Par ailleurs, les arrangements instrumentaux plutôt bien affûtés ne sont pas sans renvoyer à ceux de
Coronatus ou
Elvenking. Enfin, quelques couplets bien achalandés en lignes harmoniques et aux subtils accords peuvent encore faire penser au paysage mystérieux d'
Eluveitie.
Le message folk délivré invite souvent à l'adhésion, notamment lorsqu'il sait jouer des contrastes. La complexité technique de l'exercice de style n'a pas empêché le combo de suivre tambour battant un chemin mélodique cohérent. Ainsi, "Black and White" parvient à sceller dans un destin commun une rythmique ventrue et un violoncelle quasi immatériel. Les correspondances vocales suivent ce schéma. En effet, d'angoissants grunts s'invitent à la fête pour partager le micro en reprise avec la corde vocale acidulée de Jessica Thierjung. Cet effet de relief est renforcé par la présence du timbre délicat de Christian Alvestam (
Scar Symmetry, Solution 45) en réponse aux douces modulations de la chanteuse, tel qu'on l'observe parfois chez
Elane. Comme pour nous convier encore un peu plus à la pluralité atmosphérique, le groupe nous octroie cette même plage en guise d'outro, en "Second
Skin Version". Au coeur d'un espace sonore un tantinet heavy, où s'exprime une rythmique vivifiante et des riffs bien palpables, des choeurs ont volé la vedette aux voix masculines qui, ici, se sont tues.
Sans surprises, on ne peut se soustraire à la patte folk habillant certains titres de bout en bout. Il s'avère que cette singularité atmosphérique imbibe des passages qui ne tarissent pas de notes envoûtantes. A commencer par l'intronisant "
Numbers". Les violons nous souhaitent la bienvenue avant de libérer le tapis à de rebondissants riffs de guitare. En parallèle, les inflexions cristallines du corps vocal de la diva sont à l'unisson avec des choeurs souriants pour nous transporter sur un chemin mélodique des plus engageants, en particulier sur les refrains.
Plus pénétrant encore, "
Dust to
Dust" est une invitation au voyage du plaisir des sens. Riffs alertes et rythmique d'obédience rock plantent le décor d'une scène où s'exhibent de séduisants refrains, eux-mêmes magnifiés par le léger vibrato de Jessica. Encore un effet de contraste se fait jour ici lorsqu'un break fragile vient s'immiscer et se faire supplanter par une corpulente et mélodieuse reprise vocale.
Les compromis entre différentes sources stylistiques apparaissent également sur d'autres espaces d'expression. On repère notamment un son plus heavy sur le massif "Falling Skies". En réponse à une frappe insistante, des riffs acides s'imposent. Dans ce climat incertain, le timbre vocal de Jessica se fait plus ambigu sans y perdre pour autant en nuances. Du coup, couplets et refrains rayonnants finissent par atteindre leur cible. Sur un même moule stylistique, le titre éponyme de l'album témoigne d'une rythmique d'une régularité pendulaire. Toutefois, l'ambiance se fait plus tortueuse, les riffs plus poignants, sans pour cela y perdre, au passage, l'esthétique valorisante des harmonies. Autre ambiance encore avec "Der Weg", d'inspiration celtique. Dans ce cadre instrumental traditionnel, une féline souplesse rythmique transparaît sur les couplets, comme pour provoquer en duel de pachydermiques riffs de guitare. Enfin, les oscillations vocales de l'interprète s'arc-boutent à merveille sur des refrains irisés.
Le groupe a su aussi se montrer plus soft dans son propos musical. Dans un jardin de senteurs raffinées, on déambule avec le désir inavoué de ne pas quitter la serre. Pourtant sans rythme, la ballade "
Astray" attise notre curiosité par ses suites de notes insufflées par un violoncelle énigmatique et captivant. Et ce, tout en nous drapant du bout des doigts de ses arpèges aptes à procurer d'authentiques plaisirs. Dans la même veine s'inscrit le progressif "
Dream within a
Dream". L'angélisme vocal de Jessica s'offre pleinement à nous en réponse à un piano libérant de jolies bulles auditives, le tout évoluant dans un espace folk confondant, à l'instar de
Coronatus. Un peu plus dans l'esprit d'
Eluveitie, "Days Had Just Begun" est une fausse ballade où se meuvent de violoneuses oscillations serpentant au coeur d'une forêt de riffs grinçants. Un rythme un poil syncopé se conjugue à un sensible duo féminin pour laisser glisser un miraculeux solo de guitare en fin de piste. La puissance émotionnelle de cette plage atteint véritablement son apogée sur les imparables refrains.
Eu égard au respect de votre démarche personnelle, je vous laisse découvrir et apprécier par vous-mêmes les titres manquant ici à l'appel. Pour précision, on ne sort pas réellement du contexte global dans lequel s'inscrivent les morceaux sus-cités. Les qualités techniques de ces titres sont à l'image de celles déjà de belle facture que l'on retrouve sur les productions antérieures du groupe. Quant aux aspects esthétiques, on ne reste pas en rade non plus, tant les instants prodigués sont baignés d'une belle lumière harmonique.
S'agit-il d'un album consensuel ? Probablement pour les fans du groupe autant que pour les fervents amateurs de folk metal. Il s'agit assurément d'une découverte à ne pas laisser passer pour les non-initiés du genre. Rayonnant de par sa stature plus affirmée aujourd'hui qu'hier sur cette scène metal,
Lyriel saura tirer profit de l'impact de cet album auprès d'un public acquis ou non à sa cause.
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