Aaaah la maturité.
Un bien grand mot qui, en matière musicale du moins, sert souvent à vouloir simplement dire "Non mais en fait j'en avais marre de jouer la même musique que sur mes précédents albums, en fait".
Dans le cas de
Zatokrev, cette dernière phrase est surfaite et la définition de maturité doit se prendre dans le sens de "j'ai trouvé mon propre son". Dans le cas des Suisses, ce son est reconnaissable entre mille : c'est celui de
Neurosis. Loin de moi l'idée de parler ici de plagiat, tant la bande d'Oakland a influencé de groupes dans des genres particulièrement divers. De plus,
Zatokrev avait déjà pas mal évolué en ce sens sur son précédent album. On ne peut donc pas parler d'une révélation subite mais plus d'une évolution qui s'est faite en douceur et sous influence (est-ce d'ailleurs pour cela aussi que le projet solo de Fredy
Rotten de
Zatokrev ressemble aux carrières solo de Scott Kelly et Steve
Von Till ?).
On fait dire beaucoup de choses au terme Post-
Metal, et c'est souvent des conneries. En même temps, je ne m'avancerais pas vraiment à donner une définition réelle du terme. Comparativement à leur précédent méfait "The
Bat, The
Wheel And The Long
Road To
Nowhere", on note une grosse progression en termes de production et de placement des instruments. Si l'album d'avant était bien foutu mais un poil bordélique, le petit nouveau est simplement meilleur en tous points de vue et frappe ce coup-ci là où ça fait très mal.
Plus compact, plus travaillé, plus axé sur les ambiances, "Silk
Spiders Underwater..." est le genre d'album qui sonne curieusement aussi bien oppressant que calmant.
Si les diverses influences sont faciles à repérer (Roger Waters,
Isis,
Neurosis, etc...), il faut bien reconnaitre qu'elles sont ici parfaitement digérées et utilisées pour proposer quelque chose qui n'appartient qu'à
Zatokrev. Il y a peu de véritables changements par rapport au passé des Suisses, si l'on excepte un recours plus fréquent (et d'ailleurs très réussi) au chant clair. De fait, à l'écoute de ce disque, on comprend l'espèce de fascination que le Post-
Metal exerce sur tout un pan de la scène
Doom : les points communs musicaux existent, et les ponts se franchissent vite même si l'état d'esprit est en général différent.
Amateurs de lourdeur mais aussi d'une certaine forme d'abstraction musicale, vous trouverez dans "Silk
Spiders Underwater..." largement de quoi combler votre fringale de riffs lourds et psychédéliques sentant plus le corridor abandonné d'un ancien immeuble bauhaussien que le désert et les cactus. Un disque qui remplit parfaitement son office de casse-croûte en attendant le prochain
Neurosis.
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