On dit souvent que de nos jours, les gens ne prennent plus le temps d’écouter la musique, qu’aujourd’hui, on a beaucoup plus l’habitude d’écouter quelques titres séparés, sans grande logique, souvent sur des listes de lecture en mode aléatoire. Si vous êtes de ceux pour qui un album de 40 minutes est déjà trop long à écouter,
Midnight Odyssey est un groupe que pourriez fuir comme la peste : un double album de presque deux heures et demi, pour à peine 8 titres… c’est vraiment long ! Pourtant, s’arrêter à la longueur des titres serait une grande erreur, tant l’ambiance de l’œuvre et le talent de composition du one-man band australien sont captivants.
Dis Pater, l’homme derrière
Midnight Odyssey n’en est pas à son premier coup d’essai. Il s’agit là de son troisième opus, et il confirme son goût pour la longueur après son second album, qui durait déjà deux bonnes heures. De quoi est donc composé ce long
Shards of Silver Fade ? Il s’agit ici avant tout d’un black metal atmosphérique très porté sur les ambiances cosmiques, propres à évoquer l’espace dans ce qu’il a de plus froid et déshumanisé. Car, on s’en rend vite compte à la lecture des paroles, le thème de l’album est également la mort et l’espace stérile et vide semble être une excellente métaphore pour évoquer l’absence de vie.
Froide, l’intro l’est assurément. Pendant plusieurs minutes, on n’entend que du chant clair, souvent sous la forme d’un chœur grandiose, déclamant des paroles imagées, renforcé par des claviers. Vous vous en doutiez déjà peut-être un peu, mais
Midnight Odyssey est un groupe qui ne trouve pas ses racines uniquement dans le black metal, et cela se ressent sur la musique, aux influences variées (néo-classique, dark ambient, post-punk, etc.). Ainsi, sur le premier titre, la guitare n’apparaît pas avant de longues (mais ô combien jouissives) minutes, et à vrai dire, on n’a l’impression de n’écouter du black qu’au bout de 14 minutes (rien que ça), quand enfin la batterie s’emballe un peu.
Tout l’album est, en résumé, un enchaînement de passages black metal et d’autres, plus posés et calmes, largement dominés par les claviers et le chant clair de toute beauté. Le contraste entre les deux est extrêmement bien maîtrisé et les transitions bien amenées, même si, étant donnée la durée de l’album, les ficelles finissent par devenir un peu grosses. Heureusement, l’intelligence de composition fait que
Dis Pater immisce régulièrement dans sa musique des variations, tels ces sons de cloche au début de Darker Skies
Once Radiant ou simplement, les nombreuses sonorités des claviers, variées et très riches.
Qui dit black atmosphérique dit… atmosphère. Et en la matière, cet album est tout simplement un petit bijou. Porté sur les ambiances cosmiques, il n’a pourtant que peu à voir avec des formations souvent citées dans le domaine telles que
Progenie Terrestre Pura ou bien entendu
Darkspace. Les chœurs, les claviers, qui peuvent aussi bien imiter une chorale que distiller des nappes grandioses, presque symphoniques, les passages black metal qui apportent leur touche d’agressivité et de noirceur, tout cela contribue à envoyer l’auditeur réceptif dans l’espace, pour un voyage long, mais terriblement grisant, tant l’atmosphère est captivante, grandiose et savamment travaillée.
La durée de l’album n’empêche pas de rester hypnotisé du début à la fin, pourvu qu’on accroche au délire. Certes, il faut être dans le bon état d’esprit pour rentrer dans la musique de
Dis Pater (et y rester), d’autant plus que les titres ne sont pas linéaires pour un sous et demandent une certaine attention pour être bien assimilés.
Midnight Odyssey n’est pas un groupe festif ou convivial (était-il encore nécessaire de le préciser ?), il faut l’écouter seul dans le noir, d’une traite. Lire les paroles est également préférable, tant elles sont bien écrites et permettent de mieux se plonger dans l’univers magique et sinistre (la mort est omniprésente, bien qu’occultée) de
Midnight Odyssey.
Que dire de plus sans trop en dire ?
Shards of Silver Fade est véritablement un très bon album pour cette année 2015 qui se termine bientôt. Réservé aux amateurs d’ambiances spatiales qui veulent se donner le temps de se pencher sur une œuvre longue et dense, et qui n’ont que faire des étiquettes, cet album vaut pour son atmosphère très travaillée et l’intelligence de ses compositions, qui appliquent toutes une recette similaire sans pour autant se ressembler. Rien que ça, c’est déjà un coup de maître.
Midnight Odyssey, Shard of Sylver Fade...
Pour ma part j'ai commencé à entendre parler du groupe au début de cette année. Je crois que c'est en janvier (ou peut-être un peu avant, je m'en souviens plus), qu'un premier extrait de ce disque a été dévoilé. C'était le morceau Hunter of the Celestial Sea. J'ai usé ce morceau jusqu'à le connaître par cœur. Un morceau long de plus de 14 minutes qui dès la première écoute m'a tenu en haleine du début à la fin.
J'ai donc attendu avec grande impatience la suite. Et c'est en début juin que ce magnifique album sort chez I, Voidhanger Records. Les quelques écoutes rapides de ce nouvel album sur le Bandcamp du groupe m'ont données des orgasmes. Je me suis donc empressé de commander l'album de Dis Pater, et une fois dans la boîte aux lettres, celui-ci allait directement dans la chaîne hi-fi et y tourner beaucoup.
Et, en effet, comme tu le dit très bien dans ta chronique XVG, ce n'est pas un album qui plaira à tout le monde. Déjà par la longueur de celui-ci, près de 2h30 de musique. Un album très long, infini, comme l'espace et le temps semble dilaté à l'écoute. Rarement j'ai entendu une ambiance cosmique aussi froide et intense. Et tout les éléments de la musique de Dis Pater participent à développer cette atmosphère : que se soit bien évidemment les claviers, mais aussi les guitares hypnotiques et le chant. Ce chant justement, très bien en valeur, notamment les parties claires sont là pour vous hérisser les poils, avec se son si pur et éthéré.
Bien que développant tous la même ambiance, chaque morceau a bien une identité propre. Epique, massif, nostalgique, contemplatif. Un véritable panorama du cosmos avec les lents et terrifiant mouvements des astres, la sensation glacial de vide, de démesure.
Des sensations terrifiantes mais paradoxalement hypnotiques et attirantes.
Donc, pour moi une des meilleures sorties de l'année, et ça faisait depuis longtemps que je n'avais pas reçu une claque comme celle-ci. Allez je lui mets 18/20, et rare sont les albums où je donne une telle note.
Un must !!
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