Memphis May Fire est un nom qui résonne depuis près de deux décennies dans les sphères du metalcore, souvent cité parmi les figures notables du genre sans jamais vraiment faire l’unanimité. Originaire de Dallas, le groupe s’est forgé une identité entre refrains accrocheurs, breakdowns calibrés et une volonté évidente de concilier brutalité, modernité et mélodie, une formule certes efficace mais qui, à force d’être répétée, semble parfois tourner en rond.
Emmené par le charismatique Matty Mullins,
Memphis May Fire a connu des succès retentissants, notamment avec des albums comme
Challenger ou Unconditionnal et des essais plus consternants, à l’instar de
Broken, qui flirtent par moments avec une approche trop formatée pour se démarquer dans un style déjà saturé. On peut toutefois saluer la constance et la production léchée du quatuor, même s’il demeure difficile de ne pas ressentir une certaine lassitude face à une musique qui peine souvent à se réinventer.
Que l’on soit honnête dès le début de cette chronique,
Shapeshifter, le huitième opus des Américains, n’a pas la moindre vocation de changer cette direction artistique. Certains y verront sûrement un énième aveu de faiblesse de la part de nos musiciens, incapables depuis plusieurs disques de chambouler son esthétisme musical. D’autres se montreront davantage conciliants et admettrons que ce metal alternatif, bien qu’il soit conventionnel, est désormais dans l’
ADN du collectif. Car soyons à nouveau scrupuleux, le combo a dans une certaine mesure délaissé sa conduite hardcore pour s’immiscer dans un metal/rock radio, une sonorité bien spécifique qui, comme son nom l’indique, a pour vocation de passer sur les ondes.
Un des premiers indices de ce passage à une musique « accessible à tous » provient de la longueur des compositions qui excède très rarement les trois minutes, un format bien plus assimilable et fluide qui se concentre sur le principal. Le format général de l’œuvre est dans cette même intention, dix morceaux et pas un de plus pour que l’on revienne rapidement sur l’album. Néanmoins, cette stratégie de la part des Américains est à double tranchant, entre chansons convaincantes et titres médiocres. C’est sans surprises dans ses ambiances les plus écrasantes que le quatuor convainc le plus et dans ses inspirations presque pop que les musiciens sont le moins persuasifs.
L’éponyme fait clairement partie du haut du panier : entre son riffing affûté, son décor alarmant et son screaming perçant, la mélodie ne laisse aucune place à une potentielle accalmie. Même si la structure couplet-refrain est très traditionnelle, on est plutôt bien emporté par l’impétuosité et l’intensité du morceau, une agressivité renforcée par quelques mini breakdowns. Dans une physionomie assez différente,
Infection occupe également une excellente position au sein de l’album, grâce à un bel équilibre entre harmonie et hostilité. Les couplets condensent parfaitement les diverses influences du groupe, une combinaison entre
Motionless In White,
Bring Me The Horizon et
30 Seconds To Mars et s’illustre avant tout sur son esprit électronique, ses riffs parfois froids, sa dualité vocale entre cris et chant clair ainsi que par sa panne grinçante.
A l’inverse de ces bonnes impressions, certaines compositions sont clairement embarrassantes par leur essence dépourvue de toute émotion. L’interlude
Versus est l’archétype même d’une musique pop sans le moindre intérêt, où l’instrumental est quasiment inexistante outre de timides résonances trap et électroniques et où la prestation vocale, bien qu’éthérée, ne nous touche pas spécialement, la faute à cette mélodie bien terne.
The Other Side est également dans cette mouvance pop assez risible et insignifiante mais s’en sort tout de même mieux grâce à un refrain certes banal au possible mais qui amène un caractère un peu plus métallique et varié au morceau. Il en est de même pour la proposition orale, loin d’être phénoménale, mais plus nuancée et plus poignante. Dans cette veine « populaire », seul l’ouverture
Chaotic s’en sort finalement bien au moyen de riffs distractifs et d’un chant assez jovial.
Avec
Shapeshifter,
Memphis May Fire signe un album sans grande prise de risque, à la fois symptomatique d’un groupe qui connaît ses codes et les applique avec rigueur mais aussi révélateur d’un certain essoufflement créatif. Si quelques morceaux bien sentis rappellent le savoir-faire d’un groupe chevronné, d’autres trahissent une volonté d’élargir l’audience au détriment de l’impact émotionnel. Naviguant entre metalcore classique et aspirations plus pop, le disque offre une écoute globalement plaisante mais peine à marquer durablement les esprits. En somme, un opus honnête mais convenu, qui contentera les fidèles sans forcément rallier les indécis. Reste à savoir dans le futur si le quatuor osera un véritable tournant artistique ou s’il continuera à arpenter cette zone de confort devenue familière mais parfois trop lisse.
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