J'ai, à de nombreuses reprises, chanté les louanges du label français Throatruiner. Pour ceux qui n'auraient pas suivi, l'écurie, tenue par l'un des gonzes de Calvaire (un petit "Cocorico !" s'impose), s'est faite un nom en se spécialisant dans la distribution de Hardcore et de Black
Metal, entre autres genres délicats et raffinés. Tout en proposant la totalité de leurs productions en streaming intégral et en téléchargement gratuit. Une démarche honorable qui mérite donc d'être saluée.
C'est en parcourant leur catalogue que je suis tombé sur cette galette, dont l'artwork aussi sobre qu'efficace n'a pas manqué de m'accrocher la rétine. "
Primitive Man", dites-vous ? Ma foi, je peux d'ores et déjà vous assurer qu'ils n'ont pas volé leur nom. On ne sera pas surpris que
Primitive Man se compose du trio officiant également dans Clinging to the
Trees of a
Forest Fire, autre poulain de Throatruiner, dont la musique est aussi puissante que son nom est à coucher dehors. Bien que les deux groupes, musicalement, soit assez différents.
Revenons-en à nos moutons.
Primitive Man se complaît dans un
Sludge/
Doom des plus gras et lourdingues, entrecoupés d'accélérations complètement hallucinées empruntées au D-Beat, et s'autorisant de petites (mais remarquables) incursions dans les terres bruitistes, avec des plages de Noise du plus bel effet. Alléchant, n'est-ce pas ? Et ce dans un seul et unique but : proposer l'un des disques les plus lourds que vous n’ayez jamais écouté.
Tout comme l'artwork, le son aura bénéficié d'un travail exemplaire. Les guitares, accordées dans les chaussettes, forment un mur ultra-compact à peine percé par une vrombissante basse qui vient consolider l'uppercut sonore. La batterie tient, comme il se doit, une place importante dans le mix, puisque c'est elle qui va mener la danse. Les rythmes balourds, pesants sont d'une puissance terrifiante. Ils vous mettront littéralement à terre. Et dans les rares moments d'accalmie que le groupe vous accordera, quand vous commencerez à peine à relever la tête,
Primitive Man accélère la cadence, piétinant ce qu'il restera de votre corps.
La voix, quant à elle, est à la mesure du reste : caverneuse, imposante et profonde, les growls glaireux et hurlements autistes de Ethan McCarthy viennent déclamer des textes proprement incompréhensibles - j'attends de recevoir mon LP pour pouvoir y jeter un coup d'oeil, et quelque chose me dit que je ne vais pas m'ennuyer.
Les compositions sont monolithiques - est-il besoin de le préciser ? Le trio ne s'encombre pas d'introduction, de binious ou de trompettes. Le premier titre, qui dure 11 minutes, plante d'entrée de jeu l'atmosphère de l'enregistrement. Onze première minutes d'un solide rythme de batterie et de riffs hallucinants d'efficacité : le début de la branlée. On saluera le déchaînement en D-Beat carré et la courte ligne drone (avec larsens de guitare) de milieu de titre, évitant de lasser l'auditeur outre-mesure. A titre personnel, n'étant pas un grand amateur de
Doom, je redoutais les longueurs : mais il n'en est rien. La fin de ce premier morceau, ralentissement aussi progressif qu'écrasant du tempo est d'une efficacité à toute épreuve.
Comme dit plus haut,
Primitive Man s'autorise également des incursions dans des domaines plus "expérimentaux" : le titre "I Can't Forget" est un véritable brûlot Noise, aux relents Industriels bien sentis. Un bruit métallique régulier vient rythmer des plages bruitistes, un chant sur-saturé, et une guitare complètement autiste qui vient poser quelque notes par-ci par-là. A mi-chemin entre un
Diagnose:Lebensgefahr et un Merzbow (en un peu plus accessible, ça va de soi). Une petite coupure au milieu de ce déchaînement de violence qui est, ma foi, la bienvenue. Loin d'être reposante, mais bienvenue malgré tout.
"Black
Smoke", la seconde "interlude", n'échappe pas aux "clichés" inhérents aux groupes de
Sludge, à savoir : la consommation de substances plus ou moins licite. Ici, le doux ronronnement continu d'un bang se transforme rapidement en trip malsain, où des gémissements, des respirations rauques transforment ce son, souvent synonyme de détente et de bon moment, en véritable cauchemar. Moins bruitiste que la précédente, mais tout aussi efficace !
Les autres titres ne sont, bien entendu, pas en reste. "Antietam" et ses roulements/cassures de rythmes, succédant à l'interlude Noise, restent dans le ton du LP. Tout comme le titre "
Scorn", ce brûlot se fait un malin plaisir de ralentir le tempo au fur et à mesure de la durée, renforçant l'impression d'être véritablement écrasé par la puissance de feu de
Primitive Man. On appréciera également le court "Stretched Thin", qui énerve le propos, puisqu'il consiste en trois minutes d'une raclée monumentale, un titre Punk/D-Beat soutenu par une basse démentielle et un Ethan plus en forme que jamais.
"
Scorn" se termine sur "
Astral Sleep", qui reste dans la tonalité des titres précédents, et vous laissera sur le carreau.
Est-il nécessaire de préciser que j'ai pris une raclée monumentale à l'écoute de ce "
Scorn" ?
Primitive Man, fort de l'expérience musicale déjà conséquente de ses membres, signe une première galette d'une puissance exemplaire, lourde et compacte, qui ravira les amateurs du genre. Pour les néophytes tels que moi, il sera l'occasion de se mesurer à un colosse, un monolithe de haine, comme on en entend rarement.
"
Scorn" reste cependant le genre de disques que l'on ne passe sur sa platine qu'une fois de temps en temps, tant son effet est grand.
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