Pour la petite anecdote, lorsque j’ai vu un nouvel album de
Carpe Noctem dans la liste des promos, je ne me suis plus senti de joie et je n’étais pas loin de souiller mon caleçon: la horde de Reykjavik m’avait littéralement possédé avec son premier album de 2013 et dire que j’attendais la suite de leurs aventures metalliques avec impatience serait un doux euphémisme. Ceci dit, lorsque j’ai ouvert mon dossier promo et que j’ai commencé à écouter la musique, j’ai fait la grimace et j’ai eu peine à contenir mon désarroi: à l’évidence, les deux
Carpe Noctem n’étaient pas les mêmes, et le groupe qui nous intéresse ici n’a strictement rien à voir avec le combo islandais.
Une fois la déception digérée, il convient tout de même de rester objectif: les cinq Allemands, riches d’une solide formation classique, se débrouillent plutôt pas mal dans leur style auto proclamé de String
Metal, évoluant dans une musique hybride mélangeant les saccades violentes du metal, le côté groovy et sautillant du rock et la profondeur émotionnelle et dramatique du classique, le tout à l’aide d’une basse, d’une batterie et… d’un violon et de deux violoncelles. Oui, c’est ça, vous avez bien lu, pas de guitare. Original, hein ? Mais attendez… Ça ne vous rappellerait pas quelqu’un tout ça ? Mais si, vous savez, un petit groupe finlandais quasiment inconnu dont le nom m’échappe… Bon, trêve de plaisanteries, on a tous compris, Shattensaiten renvoie immanquablement à
Apocalyptica, et c’est bien ce qui pose d’emblée les limites d’un album par ailleurs étonnamment bon et varié : la musique se décline sous plusieurs formes complémentaires, et l’énergie n’est pas en reste, surtout en début d’album, avec des titres comme Conviction à la batterie claquante et au « riffing » de violoncelle bien saccadé qui oscille entre classique impétueux et rock metal du plus bel effet en une tornade de cordes ébouriffante; l’ irrésistible Blick Über
Die Klippen aux exquis relents d’
Apocalyptica, où les notes de violon, superbes, s’envolent et virevoltent sur une base lourde et puissante; ou un Das
Gift Der Spine à la basse claquante, morceau rock et dansant au refrain entraînant appuyé par le chant grave de Bastille, rappelant des groupes nationaux comme Subway to Sally.
Ceci dit,
Carpe Noctem sait aussi jouer la carte de l’émotion en laissant le côté électrique de sa musique en retrait, et en mettant plus en avant sa formation classique:
Requiem, titre vif et frais, s’illustre avec ce violon virevoltant et virtuose aux mélodiques vraiment saisissantes, tandis que
Fate, très lent et mélancolique, repose principalement sur la dualité entre les plaintes graves des violoncelles et les sanglots amers du violon, vous chavirant l’âme en beauté, titre puissant à l’intensité dramatique presque cinématographique. Penthesilea clôt ces 50 minutes de musique sur cette même note, pure, emplie de spleen et touchante, faisant la part belle à un violon sobre et envoûtant de tristesse et à quelques percussions feutrées.
Si certains morceaux sont plus anecdotiques (Daydream, un peu fade et plat, rappelant
Farewell de vous savez qui sans son intensité bouleversante, Das
Gift der Spinne, qui peine à décoller, la reprise de Toxicity qui vaut plus pour la performance mais qui reste trop proche de l’originale), l’ensemble tient bien la route et étant donnant la formule originale du propos reposant principalement sur les cordes, est agréablement diversifié.
En définitive,
Schattensaiten reste un album sympathique qui s’écoute agréablement mais qui souffre fatalement de la comparaison avec les réalisations des aînés finlandais: en effet, même si ces douze plages sont très professionnelles et impeccablement réalisées, la musique des Allemands n’a plus le monopole de l’originalité et sonne déjà un peu entendue. A réserver en priorité à ceux qui veulent s’offrir une dose d’émotions et de sensibilité dans ce monde de brutes ou à tous ceux qui attendent le prochain
Apocalyptica.
Merci quand même, c'est une découverte intéressante en tous cas! :p
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