Il y a des groupes comme ça, qui semblent s'évertuer à mettre à mal les journalistes, chroniqueurs et auditeurs en défiant toute forme de catégorisation musicale. Dire que
Yakuza, obscur combo de Chicago, entre dans cette catégorie est presque un euphémisme. Alors qu'attendre de ce '
Samsara' leur second opus?
Passé l'artwork énigmatique de l'album, laissant penser que l'on tient une compilation de méditations bouddhistes, tentons de disséquer ce drôle de spécimen musical. Basiquement
Yakuza pratique un Hardcore brutal et destructuré évoquant tour à tour
Converge et
The Dillinger Escape Plan. Néanmoins, c'est là que ça se complique, certains morceaux se parant d'un côté
Sludge/Postcore qui n'est pas sans rappeler
Neurosis. Enfin pour couronner le tout le groupe ajoute à ses morceaux des parties tribales et jazzy, voire complètement pyschédéliques.
En effet, le groupe possède en son sein un saxophoniste. Etrange?
Assurément, mais cela ajoute un un grand intérêt à la musique du groupe. Intervenant dans une furie psychédélique lors de passages brutaux, ou bien distillant des ambiances exotiques à la fois envoûtantes et effrayantes lors d'introductions dantesques, le saxophone enrichit considérablement la musique du combo. Il suffit d'écouter les introductions de Monkeytail ou du colossal Back to the
Mountain pour s'en convaincre.
Le groupe joue ainsi sur les deux tableaux. Capable de balancer un uppercut Hardcore dévastateur en 3 minutes, intro comprise, dès
Cancer of Industry qui ouvre l'album, les Américains sont tout aussi capables de jouer avec les ambiances, changer de tempo ou déployer des passages mélancoliques poignants. On retiendra donc, "Monkeytail" avec son introduction superbe évoquant une promenade opiacée dans la brume du Mékong, "Dishonor" qui démarre brutalement avant de laisser place à des ambiances très inspirées de
Neurosis. Nous pouvons également noter "
Exterminator" qui condense dans un étonnant patchwork toutes les ambiances développées par le groupe et "
Glory Hole" torturé entre son piano mélancolique et les guitares agressives. L'album se clôt sur "Back to the
Mountain" (feat. Troy Sanders de
Mastodon) qui résume avec ses 9 minutes le style du groupe.
Nous pourrons néanmoins noter une production parfois faiblarde et un tant soi peu "bordélique" qui dessert la musique du groupe dans les passages les plus violents. Pour le reste, ce '
Samsara' est un album, complexe, riche et torturé qui ravira à coup sûr les adeptes de musique expérimentale, barrée et tribale. Une invitation au voyage, superbe et brutale.
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire