Au hasard des turpitudes du net et des ballades incongrues à scroller vers le néant, une énième vidéo s’est lancée. Quelques instants ont suffi à attirer mon attention, à figer mon attention afin d’en savoir plus. Que venait-il de démarrer ? Une mélodie de guitare comme on entend désormais de plus en plus, clean et virtuose, par un des multiples shredders du net. Ils sont nombreux à vouloir ressembler à
Plini, Cole Rolland ou
Angel Vivaldi, en s’inspirant du travail d’Animals as Leader,
Periphery ou Unprocessed tout en restant instrumental, souvent très technique et parfois à la limite de la musicalité. Toute cette scène fait des émules, des clones et de la redondance. Néanmoins, mon oreille s’est arrêtée sur Primony.
Un guitariste seul. Masqué (encore un) avec un masque de démon japonais (on croirait celui de Tokyo Ghostwire), avec une seule pédale d’effet mais surtout une virtuosité n’empruntant pas à la démonstration mais à la pureté, avec des airs rarement entendu. Il s’agissait de “Bad Luck”, aux quelques arrangements de claviers, évoquant parfois le TesseracT aérien (ou le travail de Daniel Tompkins en solo) ou celui de
David Maxim Micic (peut-être l’un des artistes les plus talentueux du genre, malheureusement trop méconnu). C’est beau, un peu tordu, on se laisse emporter par la brise malgré des climats parfois orageux et plus lourds. Primony apporte une singularité.
Son premier ep, “
Sakura”, nous emporte dans son univers aux détours de cinq titres. Un artwork japonisant pour ce natif de
Los Angeles qui nous embarque dès
Void sur une magnifique mélodie qui va se déliter tel un kaléidoscope avec des riffs bien plus lourds, de multiples effets (le délire dubstep n’est pas loin) mais une ligne conductrice autour du premier schéma mélodique d’une beauté irradiante. L’américain n’hésite pas à nous faire voyager sur un air de bossa nova sur le morceau éponyme pour une fusion très intéressante de son style. “No Rest for the Wicked” se veut plus académique, avec des synthés presque symphoniques et une progression très pure. Il est à noter la qualité de la production, mettant évidemment en avant la guitare mais ne souffrant pas d’une boite à rythme insupportable comme c’est parfois le cas. L’ensemble est fin, respire et s’extirpe du piège de la surproduction où les guitares écrasent tout. Nous avons ici plus souvent des passages clean et des mélodies que des gros riffs qui tachent. “
AEON” termine cette balade d’une vingtaine de minutes sur une expérience où la pédale Whammy fait des miracles pour apporter de la variation et un tempo alambiqué pour une signature sonore vraiment marquée.
En vous basant sur les influences citées, vous aurez une petite idée de la trame sonore de Primony mais pour un premier ep, le musicien fait déjà preuve d’une belle maturité et développe de belles idées qui ne mérite qu’à être exploité à l’avenir. Un beau premier essai, qui ne demande que confirmation.
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