Parmi les rares groupes tchèques à se lancer dans la foisonnante, et parfois létale, arène metal symphonique à chant féminin s'immisce ce quartet créé en 2017 à Živanice, dans la Région de Pardubice. Conscients des enjeux et des risques courus à vouloir brûler les étapes pour faire entendre leur voix, nos belligérants prendront le temps nécessaire pour affiner leurs gammes comme leur production d'ensemble. Aussi aux fins d'un travail de longue haleine, six ans d'attente seront requis avant que nos quatre acolytes ne réalisent leur introductif et présent album studio, «
Rozbřesk ». Aussi les 8 pistes de cette auto-production, entonnées en langue tchèque dans leur entièreté, pourraient-elles les démarquer de leurs homologues stylistiques, toujours plus nombreux à se bousculer au portillon ? Ce faisant, les 39 minutes du ruban auditif de cet initial essai disposeraient-elles d'armes suffisamment effilées pour porter dès lors la valeureuse troupe slave parmi les sérieux espoirs de cet espace metal ?
Emmené de concert par l'expérimentée soprano Iveta Suchánková-Jonová (ex-
Wishmasters), Matěj Pohanka à la guitare et au chant, Rosťa Karban (ex-Salieri) à la basse, et par Petr Stačina à la batterie, l'épique et pulsionnel propos nous immerge au cœur d'un environnement metal symphonique à chant mixte en voix claire à dominante féminine, aux relents power mélodique, dans la lignée de
Nightwish (première mouture),
Xandria,
Epica,
Metalwings et
Ancient Bards. Mixé tout comme pour
Sebastien,
Seal Of Beleth ou encore Salieri par le bassiste/vocaliste Petr Skala (ex-
Sebastien, ex-
Wishmasters, ex-
Human Scum), ce set de compositions jouit d'une péréquation de l'espace sonore entre lignes de chant et instrumentation. Et si quelques finitions manquent encore à l'appel, le confort auditif procuré par un enregistrement de bon aloi permet de parcourir l'opus d'un seul tenant. De quoi attiser notre curiosité au point de nous pousser à une exploration approfondie des arcanes du vaisseau amiral...
Quand il se plait à nous projeter sur des charbons ardents, le collectif trouve bien souvent les clés pour happer le pavillon du chaland. Ainsi, après une longue mais seyante entame cinématique sur fond d'ondulantes rampes de claviers, par un subtil fondu enchaîné et par effet de contraste, c'est dans un chaudron bouillonnant que nous plongera le ''nightwishien'' mid/up tempo « Kráska a Netvor » ; pourvu d'insoupçonnées mais grisantes accélérations où se greffe un refrain catchy mis en exergue par les cristallines inflexions de la sirène, le frondeur effort ne se quittera qu'à regret. Dans cette mouvance, on pourra non moins se sentir porté par l'infiltrant cheminement d'harmoniques que le rayonnant « Na Druhý Břeh » nous invite à suivre. Bien que moins directement inscriptible dans les charts, le frénétique et progressif « Světlu Vstříc » génère, lui, une énergie aisément communicative tout en octroyant un sémillant solo de guitare avant la survenue de la chute finale.
Un poil moins enfiévrés, d'autres espaces d'expression pourront à leur tour nous retenir, un peu malgré nous. Ce que révèle, tout d'abord, «
Sahara », envoûtant mid tempo syncopé aux riffs crochetés, à la croisée des chemins entre
Epica et
Metalwings ; au regard de ses enchaînements intra piste des plus sécurisants, de sa chatoyante touche orientalisante, des troublantes modulations de la princesse et de son accélération finale instillée d'un léger tapping, l'enivrant élan poussera assurément à une remise du couvert sitôt l'ultime mesure envolée. Dans une même énergie, on ne saurait davantage éluder les ''tubesques'' et ''xandriens'' « Lovci Pokladů » et « Zpověď » à la lumière d'une sente mélodique des plus enveloppantes, de leur fondant refrain magnifié par les fluides oscillations de la diva et de leur flamboyant solo de guitare. On retiendra, enfin, le romanesque et ''nightwishien'' mid tempo progressif « Šípková Růženka » tant pour la graduelle densification de son dispositif instrumental sur fond d'ondoyantes nappes synthétiques que pour sa mélodicité toute de fines nuances cousue.
Au moment où ils nous livrent leur ample pièce en actes symphonico-progressive, nos acolytes parviennent à nous aspirer dans la tourmente sans avoir à forcer le trait. Aussi le polyrythmique « Poslední Křížová Výprava » se pose tel une fresque épique dotée de riffs en tirs en rafale, déroulant ses quelque 6:43 minutes d'une haletante traversée dans un champ de turbulences. Recelant un pont techniciste bien amené et des plus fougueux, où s'inscrit un fringant solo de guitare, et relayé par un refrain immersif à souhait mis en habits de lumière par les angéliques impulsions de la déesse, auxquelles répond en écho la claire mais discrète empreinte vocale de son comparse, le ''nightwishien'' méfait n'aura pas tari d'armes pour asseoir sa défense, et se jouer des nôtres !
Au terme d'une traversée volontiers mouvementée et parsemée d'îlots enchanteurs, force est d'observer que le collectif parvient à maintenir l'attention constante. D'aucuns, pour se sustenter, auraient sans doute espéré davantage de variété quant aux exercices de style dispensés, instrumentaux et ballades étant aux abonnés absents. Par ailleurs, des sources d'influence encore insuffisamment digérées comme la timidité des prises de risques consenties sont autant de carences que le groupe tchèque devra dépasser pour pérenniser son projet. Pouvant néanmoins compter sur une technicité instrumentale dores et déjà maîtrisée, et des mélodies, certes, parfois empruntées mais des plus liantes, la troupe ne serait pas dépourvue d'armes effilées pour caresser l'espoir de guerroyer assez sereinement dans cette arène metal. Bref, un bouillonnant et grisant mais si classique mouvement insufflé par le combo slave, susceptible de la porter parmi les outsiders avec lesquels la concurrence devra composer. Affaire à suivre, donc...
Note : 13,5/20
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