Encore un énième groupe de metal symphonique à chant féminin, probablement voué comme tant de ses pairs à une disparition prématurée des tabloïds, me direz-vous, et vous auriez sans doute raison... A quelques nuances près toutefois ! Mû par un soudain élan d'inspiration, mais conscient des enjeux et des risques courus à se lancer tout de go dans la bataille, c'est pierre par pierre que ce jeune quintet allemand originaire de Dortmund échafaude son édifice : créé en 2022, ce dernier n'accouchera de son introductive démo, la bien-nommée «
Rite of Passage », qu'un an plus tard. Ce faisant, les quatre pistes de la galette constitueraient-elles un arsenal suffisant pour tenir en respect l'âpre concurrence dont ce registre metal continue de faire l'objet ? Avec ses 21 frugales minutes au compteur, ce premier set de compositions permettrait-il dès lors au discret collectif teuton de sortir de l'ombre ?
C'est au cœur d'un espace metal mélodico-symphonique à la fois opératique, death et progressif que nous mènent Linda Hennen – mezzo-soprano, dont les inflexions pourront rappeler celles d'
Heidi Parviainen (
Dark Sarah), et pourvoyeuse de growls glaçants dans le sillage d' Adrienne Cowan (
Seven Spires) –, Joel Hösterey aux guitares, Yves Vogl à la basse,
Jason Merse aux claviers et Moritz Bleif à la batterie. Se dessine alors un propos à la fois tonique, épique, parfois énigmatique, un tantinet ''gorgonesque'', dans la veine coalisée de
Nightwish,
Dark Sarah,
Amberian Dawn (première période),
Seven Spires, Ad
Infinitum et
Elvellon. Jouissant de mélodies finement sculptées et d'une technicité instrumentale dores et déjà éprouvée, le message musical interpelle également par la qualité de sa production d'ensemble, à commencer par un enregistrement de bonne facture, n'accusant que de rares sonorités résiduelles. Mais entrons sans plus attendre dans la petite goélette, en quête de pépites intimement cachées dans sa cale...
C'est sur une vive cadence que s'effectue le plus clair de la traversée, le combo trouvant dès lors et sans mal les clés pour nous retenir plus que de raison. Ainsi, c'est d'un battement de cils que les ondulantes et soyeuses nappes synthétiques enorgueillissant l'entraînant «
Cauldron » envelopperont le tympan du chaland. Non sans nous renvoyer à un mémorable «
Century Child » ou à un sculptural « Behind the Black
Veil », ce poignant mid/up tempo metal symphonique nous place à la fois dans une ''nightwishienne'' ambiance et au sein d'un seyant paysage de notes comme pourrait nous en octroyer
Dark Sarah. Recelant d'insoupçonnées montées en régime du corps orchestral tout en nous invitant à suivre son infiltrant cheminement d'harmoniques, et mise en habits de lumière par les saisissantes envolées lyriques de la sirène, cette épique fresque comblera assurément les attentes les plus exigeantes de l'aficionado des travaux de leurs maîtres inspirateurs.
Quand l'atmosphère se fait un poil plus obscure, voire oppressante, la troupe parvient là encore à nous rallier à sa cause. Ce qu'atteste, d'une part, « Blue
Demon », une pièce aussi tourmentée qu'impulsive, à la croisée des chemins entre
Seven Spires et
Amberian Dawn ; une frissonnante offrande se dessine alors, où des growls coupants comme des lames de rasoir alternent opportunément avec des lignes de chant clair d'une confondante fluidité. Si l'on appréciera, en outre, un break bien amené en fin de parcours, lui-même aspiré par une bondissante reprise sur fond de growls rageurs, cette phase s'avère toutefois trop brève pour fédérer inconditionnellement l'auditorat. Non moins anxiogène et n'ayant de cesse de nous asséner de furieux coups de boutoir, l'opératique «
Banshee Scream » joue, lui, non seulement sur les effets de contraste oratoire mais aussi sur sa grisante polyrythmie pour tenter de l'emporter ; pourtant éminemment pulsionnel, le manifeste finit néanmoins sa course par un picking d'une infinie délicatesse à la guitare acoustique. Et la sauce prend, in fine. Dans cette lignée, au regard de son refrain immersif à souhait qu'encensent les angéliques oscillations de la déesse, l'étourdissant et noirâtre « The Orphan's
Curse » fera plier l'échine à plus d'une âme rétive.
A la lecture de ce premier essai, force est d'observer que le quintet germanique bien souvent dispose d'arguments d'une efficacité suffisante pour ne pas nous faire quitter prématurément l'embarcation, et même nous pousser à remettre le couvert sitôt l'ultime mesure de la menue rondelle envolée. On aurait, certes, espéré davantage de variété en matière d'exercices de style, ballades, instrumentaux et autres duos manquant cruellement à l'appel, ainsi que l'une ou l'autre prise de risque consentie par nos acolytes. Pouvant néanmoins compter à la fois sur une ingénierie du son plutôt soignée, des portées savamment échafaudées, des arrangements de bon aloi et sur des qualités d'interprétation que pourraient avoir à leur envier certains de leurs homologues générationnels, nos cinq belligérants sont loin d'être dépourvus d'armes pour offrir une farouche résistance face à leurs si nombreux opposants. Aussi, à l'aune de cet engageant message musical, le collectif serait-il à même de se poser en redoutable outsider, que ses alter egos se feront fort de ne pas mésestimer. Bref, un frugal mais poignant galop d'essai, laissant augurer d'une aventure au long cours pour la formation teutonne...
Note:14,5/20
Le coup de la chanteuse qui passe du mode Opera au mode démoniaque m'a vraiment surpris! Je ne m'y attendais pas!
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