N'est il pas merveilleux de se laisser guider à travers une musique qui se veut introspective et contemplative ? N'est il pas merveilleux de faire fi de ce qui ce passe autour afin de contempler notre vil reflet dans le miroir de l'existence ? Ainsi, le
Metal, au sens large du terme, arrache les sentiments aussi bien affligeants que lumineux que notre cœur tendrait à soustraire à notre perception de la vie.
La révolte du cœur...
Öxxö Xööx sera ainsi, pour certains d'entre vous, une véritable révélation comme il en existe que très peu ici bas, pour d'autres, ce sera seulement une débauche nauséeuse d'énergie au sein d'une musique complexe et impénétrable. Car il aura fallu attendre sept ans d'un travail de recherche acharné pour mettre au monde un concept aussi étrange et novateur que Rëveürt. Imaginez un instant un langage crée spécialement pour l'occasion et basé sur un lexique de 300 mots, ni plus ni moins. La démarche jusqu’au-boutiste de cette œuvre peut, en conséquence, paraître arrogante et pourtant il n'en sera rien.
Rëveürt s'arpente tel un voyage glacial et étrange au cœur de la psyché humaine, une épopée cyclopéenne et farfelue trouvant son inspiration dans les entrailles asphyxiants d'un
Doom avant-gardiste lancinant et dramatique. D'une certaine manière, ce qui ressort au terme du premier tableau qui nous est offert (« Ägörth »), c'est cette théâtralité prépondérante ( l'atmosphère gothico-vampirique proche de Theatre des Vampires et un peu agaçante à certains moments à vrai dire). Ne vous méprenez pas, il n'est pas question ici de vilipender gracieusement l'apanage multi-instrumental peu banal (clavecins, grands orgues, etc...), mais tout ça devient vite un poil dense pour nos chétifs épaules. Comme si la formation française voulait démontrer ces aptitudes à élaborer des pièces aux structures longues et alambiquées (le morceau le plus long atteint les 13 minutes).
Pour autant, la dualité des atmosphères et des sentiments qui s’oppressent en ce lieu de tension nocturne rend l'écoute de cet opus attrayant. On passe ici d'ambiances malsaines, où la folie n'est qu'un échappatoire à la vicissitude cérébrale, à des ambiances lumineuses et voilées, presque mélancoliques (« Ämä »). Les guitares résonnent sur des mélodies noires que n'auraient pas renié
Abysmal Grief ou
The Foreshadowing, glissent sur une boite à rythme sans âme et se dandinent à chaque phrasé sensuellement morbide de Laurent Lunoir (ses roulements de R sont distrayants). Ainsi exalté, l'orphéon d'Öxxö Xööx prend tout son sens dans un caractère sordide et merveilleux, aidé en cela par les interventions fantomatiques de Laurence Le Prunenec.
Le rythme vibrionne entre mid-tempo et down-tempo, se payant même le luxe d'augmenter la cadence pour un rendu véloce et féroce (le final chaotique de « Yüm »). Il est d'ailleurs d'autant plus dommage de ne pas avoir la traduction des paroles, le nomade sommeillant à l'intérieur de nous aurait préféré entrer corps et âmes dans ce concept fouillé. Aussi, pour finir notre étalage constructif d'une œuvre retorse, il demeure évident que le simple mortel qui parviendra à percer l'enveloppe harmonieuse de la formation aliénée sacralisera l'essence «
Rëvëürt », s’agglutinera autour d'un autel clanique afin de le glorifier tel un dieu ancien bienveillant et pourtant intransigeant ; le dieu de la Vie.
Schizophrénique et viscéral, « Rëvëurt » est une épreuve onirique, un oratoire de l'émanation, de la découverte de soi. Malgré quelques erreurs orthodoxes (durée excessivement longue, anhélation de certains instruments), il s'avère que ces architectes de l'univers ont trouvé un concept à la hauteur de leurs ambitions. Il ne manque plus qu'un « je ne sais quoi » pour qu'il s'affirme comme une potentielle référence dans le marasme belliqueux hexagonal. A surveiller de près, très près.
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