Svartidauði, c’est le groupe qui, en
2012, a extirpé des entrailles fumantes de la terre et exposé au grand jour un bâtard maudit qui allait nourrir l’art noir national et lui donner une fantastique impulsion. Svartidauði, c’est l’initiateur de cette nouvelle vague de black metal islandais, l’une de ses premières incarnations, ébauchant ses règles tacites via le manifeste intouchable dont il a enfanté dans la douleur,
Flesh Cathedral : mélange imprévisible et bouillonnant de longs passages calmes baignés de vapeurs acides et d’explosions black metal sifflantes qui te pètent à la gueule, fusion improbable entre dissonances brumeuses et attaques telluriques dont allait se nourrir toute une scène. Puis, après cette première éruption aussi furieuse qu’inattendue qui aura fait de nombreux émules au pays de glace, le volcan s’est tu, sortant brièvement de son sommeil pour quelques coulées de lave sporadiques s'incarnant sous forme de trois courts EP entre 2014 et 2017, jusqu’à son réveil définitif en décembre 2018 où, de nouveau, la terre tremble, la glace se craquelle, et les profondeurs insondables grondent et rougeoient : c’est la deuxième naissance de la désormais légende islandaise que les vulcanologues baptiseront
Revelations of the Red Sword.
Une nouvelle fois, l’album est produit par Stephen Lockhart au Studio Emmisary et sort sur le label allemand Van Records. On retrouve immédiatement le style si particulier du groupe, aussi unique qu’indescriptible, épais et étouffant, avec une réverb' qui nous happe d'entrée : une musique déstructurée et hermétique ne nous retenant que par quelques faibles mélodies qui surnagent dans la vacuité bruitiste du chaos primordial, la mise en son du choc originel des éléments, le feu partant à l’assaut de la glace, ce choc titanesque et contre-nature créant un monstre de lave, de roc et de terre aux multiples croûtes impénétrables qu’il faut percer avant d’arriver dans les entrailles de la Terre dans lesquelle le groupe n’a de cesse de vouloir nous entraîner. Entre arpèges dissonants et attaques grondantes, Svartidauði souffle le chaud et le froid dans un tiraillement constant qui en fait, paradoxalement, la personnalité et l’équilibre si ténu.
Le premier titre,
Sol Ascending, mêle habilement mélodies fragiles et dissonances en une symphonie dégénérée, aussi attirante que repoussante, magma de guitares coulantes et sifflantes qui se superposent et se sédimentent sur l’assise rythmique chaotique du poulpe Magnús Skúlason et les cris possédés de Sturla Viðar Jakobsson. Cette mélopée macabre de cordes décomposée vient clore le morceau et annonce le début de
Burning Worlds of Excrements, qui nous fait descendre encore quelques kilomètres sous terre, avec un son plus profond et tellurique et un blast impitoyable de lourdeur qui précipite notre chute. Là encore, les guitares tissent un canevas hypnotique qui, mystérieusement, nous attire dans ces profondeurs sans lumière et aux quelques notes mélodieuses desquelles on tente de se raccrocher. Ceci dit, la plupart du temps, Svartiðaudi nous entraîne sur les sentiers abrupts du malaise, nous déroutant avec ce magma de notes de gratte inhumaines qui, même lorsque le rythme est lent, semblent s’affoler et tourner désespérément en rond à la recherche d’une structure musicale (Reveries of Conflagration). La voix abyssale de Sturla Viðar se pose sur ces couches abrasives de corde, se faisant parfois étonnamment grave et lugubre (The Howling Cynocephali), supportées par les coups aveugles de Magnús et le grondement infernal de la basse, et le tout forme l’ossature d’une composition, qui ne ressemble décidément à rien de ce que nous connaissons.
Revelations of the Red Sword comporte six de ces toiles fascinantes et expérimentales, qui fouillent, décomposent et recréent les textures sonores du black metal pour un résultat unique flirtant parfois avec l’abstraction sonore, une pièce de 47 minutes exigeante qui se vit et se ressent plus qu’elle ne se décrit avec des mots : ici, la progression musicale est particulièrement chaotique, parfaitement insoupçonnable, annihilant la structure de la chanson dite commune pour laisser couler une inspiration brute, un peu comme si le titre se construisait et prenait vie au fil des notes sifflantes et tordues que crachent les enceintes. Aureum Lux, dernier titre magistral de 11,49 minutes, clôt le voyage initiatique, nous guidant dans les méandres noirs et infinis des profondeurs, parvenant à rendre les dissonances presque belles et lumineuses et à muer la violence furieuse des blasts en une mélopée qui nous apaise, avant que le rythme ne s’étire tout en douceur, se muant en une sorte de doom souterrain et apocalyptique à la force hypnotique tranquille.
D’une manière générale, on constatera que ce deuxième album joue moins avec les contrastes que
Flesh Cathedral : au lieu d’alterner passages éthérés et furieux, il prend un malin plaisir à les mêler en une fusion sonore inextricable, obtenant un conglomérat à la fois plus brut et concentré, moins épuré, et peut-être plus difficile d’accès à cause de ses différentes couches combinées. On a ici moins de passages purement atmosphériques, et les titres en général sont moins longs même si, vous l’aurez compris, ils ne sont pas moins complexes pour autant. Les vocaux aussi ont évolué, se faisant moins bestiaux, plus graves et cérémoniels, un peu à l’image du son, incroyable de densité et de profondeur : bref, si les Islandais nous livrent là un album peut-être un peu moins évident et accrocheur que son prédécesseur, il est indubitable qu’avec
Revelations of the Red Sword, on descend encore d’un niveau vers les entrailles de la terre.
I am the flame that burns in every heart of man, and in the core of every star. I am
Life, and the giver of
Life, yet therefore is the knowledge of me the knowledge of death.
Liber Al vel Legis 2.6
Une bombe!!! Je me le passe en boucle depuis jeudi...Pour moi la meilleure sortie de ce mois de Janvier 2019. Par contre j'arive pas a chopé le premier...Je l'ai écouté sur youtube mais j'arive pas a l'choper en skeud...
AkkaMentra il est dispo notamment sur le shop d'Osmose Productions ou de Van Records
je vien de regarder a l'instant et effectivement je l'ai trouver sur le shop d'Osmose. Merci Gainsbarre.
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