Le black avantgardiste, c'est un peu le style qu'il ne faut pas prendre à la légère, le style qui tend à nous fait voyager et qui nous propose quelque chose de changeant et de différent de ce qu'on a l'habitude d'entendre en général. Souvent à la croisée des genres, il est aussi synonyme de découverte et d'émotions, d'expérimentation et de fantaisie.
Smohalla ne déroge pas à la règle, prouvant une fois de plus que la France fait partie des pays les plus à l'aise avec le post black.
C'est pourtant sur le label Ukrainien Arx Productions que le trio sort son nouvel opus « Résilience », quelques années après l'enregistrement d'un split avec
Immemorial et celui d'un EP en l'honneur de Lovecraft. Ces français restent tout de même discrets depuis leur formations en 2006, faute de pouvoir donner des concerts, le projet ne se destinant qu'au studio. Cependant,
Smohalla a de la ressource, et nous l'a souvent montré au sein de ses différentes sorties. « Résilience » est une autre preuve de cette imagination sans faille et de cette envie de nous proposer quelque chose de personnel et de charnel.
Sachez tout d'abord que
Smohalla est le nom du prophète indien des rêves et le trio n'a évidemment pas choisi ce nom au hasard. Il représente un certain caractère onirique et psychédélique, représentant le rêve et le pouvoir du subconscient, éléments propre à l'homme et faisant son humanité. L'aspect black metal qui se dégage des morceaux est présent pour souligner un certain côté sombre et tragique dans un ensemble rempli de paradoxes : le matériel immatériel et le grotesque sublimé.
Pour cela, les Français mélangeant habilement le black metal à des éléments cosmiques grâce à des claviers aux sonorités électroniques ou industrielles. C'est surtout l'aspect planant qui ressort, l'auditeur effectuant un voyage au fin fond de la galaxie, pris dans un engrenage spirituel incommensurable. Les inspirations se font ressentir tout le long de l'album, que ce soit
Ulver ou
Arcturus pour ce qui est de la scène norvégienne. Mais nous pouvons ajouter à cela la noirceur, l'expérimentation et le côté tordu de
Blut Aus Nord.
Par conséquent, ce « Résilience » se veut être un album très riche en ambiance, en sonorités cosmiques et psychédéliques. Doté d'une personnalité complexe, il étonne et se veut être le reflet de la vision qu'ont les membres de l'existence, pris entre le réel et l'irréel. Les mélodies se lamentent, s'envolent, se perdent, reviennent et ravivent une flamme si froide, si noire.
Smohalla joue avec les atmosphères et les émotions, privilégiant le travail des compositions et la fusion des instruments au détriment d'une puissance destructrice ou d'une certaine agressivité. La musique n'en devient que plus spirituelle et ténébreuse pour un post black fouillé, étudié de long en large et en travers.
L'entrée en matière de « Quasar » bouleverse dans sa façon d'apporter les parties électroniques, soutenues par un piano étrange et par un rythme perturbant.
Smohalla nous offre ici la vacuité, l'empire des sens, et la magie, le tout emporté dans une tempête d'éléments tous aussi cosmiques les uns que les autres. Puis, le riff distordu de « Au
Sol les Toges Vides » nous propulse vers quelque chose de plus déstructuré et capricieux avant de se démocratiser totalement au sein même du morceau, rappelant
Arcturus, tandis que le chant clair et envoûté de Slo fait place à un chant black incisif, qui finalement attirera la colère de parties plus déshumanisées et tordues, les riffs et les choeurs étranges s'occupant de rendre l'écoute plus complexe, avant de nous octroyer de nappes puissantes et envoûtantes aux claviers.
Si «
Oracle Rouge » reste dans cette continuité, en poussant le côté tordu à son paroxysme avec ces chants et riffs black disloqués, « Marche Silencieuse » évoque le cosmos et le firmament, tout en gardant cet aspect onirique propre à
Smohalla et la conclusion de « Nos Sages Divisent » est liquéfiée par un son continu de guitare et de claviers, avant le vide absolu.
Smohalla nous fait part d'un premier full length ambitieux, éthéré et varié souffrant de son époque, les éléments proposés ayant déjà été entendu chez des formations post black très reconnues. Toutefois, le trio le fait bien et arrive à insuffler à son œuvre une dimension spirituelle et cosmique qui ne peut que nous envoûter, si tant est que l'on soit à l'aise avec les claviers. Une expérience troublante et marquante.
enfin, c'est juste un premier contact assez flou, et leurs plans sont assez fouillé pour que l'on puisse passer du temps à en décortiquer toute la moëlle. Mais je sais d'emblée que ça ne me plaît pas. L'aura parle d'elle même, et le moindre soupçon d'eau claire a tendance à me faire fuir dans ce genre.
Par contre, la chronique me plaît bien, elle. Claire sur le contenu. Beau travail, Matai.
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