Tandis que la majorité des regards se tournent vers le deathmetal promu par Earache, NuclearBlast ou CenturyMedia à l’aube des années 90’s, Hervé Herbault fonde quant à lui OsmoseProductions avec une vision black ou death plus underground, s’intéressant notamment à des scènes méconnues et/ou mal exportées en Europe. Ainsi, aux côtés des debut-albums de
Samael et
Blasphereion parus en 1991, notre homme publie également le premier full-lenght de
Masacre, conséquence de son intérêt pour la scène sud-américaine, mais aussi pour l’EP
Ola de Violencia (1991) de nos deathsters colombiens, qu’il éditera d’ailleurs dès l’année suivante sous forme de split-CD aux côtés des blacksters nord-américains de
Profanatica.
Formé en 1989 autour du guitariste Juan Gomez,
Masacre est à cette période à l’image de la scène deathmetal sud-américaine rugueuse et primitive du moment (Brésil, Mexique, Chili, Pérou), qui s’exprime souvent en langue natale et doit avancer avec des infrastructures modestes ou quasi inexistantes, sans l’empêcher de traverser les frontières grâce à quelques passionnées par les voies du tape-trading. Enregistré dans un studio colombien en juin 1991, le premier album de notre quatuor parait ainsi à l’automne chez OsmoseProds, en format LP et CD (avec deux bonus issus des mêmes sessions sur cette édition), quelques mois après le debut-album de
Samael (
Worship Him), principal détonateur du revival black européen.
D’obédience deathmetal et hurlé en espagnol,
Requiem possède justement une fibre blackmetal, se traduisant par une essence noire & occulte proche de ce mouvement, et par les quelques voix anthracites & arrachées d’Alex Oquendo, que n’aurait pas renié
Dead, le frontman défunt de
Mayhem d’ailleurs remercié sur album, au même titre que son acolyte Euronymous. Ne nous y trompons cependant pas, la lourdeur des guitares, le chant guttural d’Alex, l’architecture des morceaux sont ces caractéristiques majoritaires ancrant
Masacre dans le deathmetal, notre quatuor ajoutant aussi parfois à son ambiance de mort un vent de mélancolie.
Si l’intro aux guitares acoustiques porte justement en elle un spleen que l’on rencontre à d’autres moments de
Requiem, notamment sur Cortejo Fúnebre et Conflicto De Paz se hissant parmi les pistes les plus riches de l’album, c’est un deathmetal sombre qui domine l’œuvre, une décadence et une barbarie qui relient chacun des morceaux, où le tempo rapide, voire chaotique, supporte un riffing agressif et un chant guttural d’outre-tombe. A ces moments plus violents, la maitrise de
Masacre montre aussi ses limites, notre quatuor devant également se contenter d’une production-maison approximative, qui prive l’ensemble de plus de cohérence et de puissance.
Mort noire, chant guttural espagnol, rugosité sud-américaine du début des nineties (proche des réalisations d'époque de
Lou Cyfer,
Cirrhosis ou
Genocidio), sont les maîtres-mots de
Requiem. Ce premier album de
Masacre referme non seulement une atmosphère sépulcrale, mais possède aussi un panel musical étonnant, à condition de passer outre les approximations et la modestie de l’enregistrement, qui renforcent aussi ce vent de blasphème et l’occultisme de cette longue célébration.
Fabien.
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