On pourrait imaginer qu'il n'y a pas trente six manières d'être le plus brutal possible, et que cela mène forcément à une espèce de chaos nihiliste en accéléré, mais ça n'est pas aussi simple que ça... Des albums charnières l'ont prouvé à l'époque où la course à l'agression et à la vitesse découvrait de nouveaux genres musicaux : le "Reign in
Blood" de
Slayer détruisait une limite en 1986, et un an plus tard,
Napalm Death en explosait une autre avec "
Scum". De nos jours, où tous les territoires les plus extrêmes ont été découverts, chacun a la liberté de choisir celui qu'il va arpenter pour repousser ses propres limites. C'est un peu ce que fait Death From Above, qui suit une voie où intensité et efficacité doivent se conjuguer le mieux possible, sur le fil du rasoir entre death metal et thrash, avec le live en ligne de mire.
Death From Above existe depuis 2019, et s'est formé à Bayonne, sur les cendres du groupe
Can Of Worms avec Manu Iriarte (guitare, chant), Julien Tastet (basse), Anthony Dufau (guitare), et Patrick Talgorn (batterie). Malgré les affres du confinement, le quatuor était parvenu à façonner et sortir son premier long format "
Altered Dimension" en 2021, qui explorait avec une ambiance futuriste un mélange de death technique, et de thrash, avec quelques relents de hardcore.
Fin 2023, une tournée de quinze jours au Japon a été le prétexte pour composer de nouveaux morceaux en vue d'un nouvel album, que le groupe a mis en chantier jusqu'au début 2024. "Reckogning of the Damned" , deuxième LP de Death From Above, est paru chez Great Dane Records (
Artery,
Execution ,...) le 12 Décembre 2025. A signaler en physique CD digipack avec joli un livret , je l'ai acheté, j'ai le même à la maison, comme dirait l'autre !
Le death metal de Death From Above de situerait dans les pas des classiques éternels tels de
Cannibal Corpse et
Deicide, relevé d'influences Slayeriennes évidentes mais intelligemment digérées. Un morceau comme "Prelude of
Retribution" comporte un des meilleurs exemples de recettes du quatuor : un riff moteur à la mélodie maligne qui grignote le cerveau, un refrain qui défonce sans fioritures, des enchaînements limpides (ce solo qui forme un mini pont avant de repartir à fond), et un break d'harmonies à la
Morbid Angel, sur une structure simple et lisible.
Les guitares de Manu Iriarte et Anthony Dufau cisaillent avec une synchronisation meurtrière, le plus souvent de concert pour une impression de puissance maximale, ne s'écartant l'une de l'autre que pour des courtes harmonies, ainsi que des soli Kerry Kingesques brillamment exécutés.
Même un titre comme "Death Factor" qui commence de manière technique et tordue, le fait en quelques mesures, avant de passer la surmultipliée, alternant gros death old school et techno-tabassage mené par la batterie implacable de Patrick Talgorn. Alors vu l'obsession en œuvre pour l'efficacité et la puissance sur ce disque, l'originalité est pour le moins absente, mais c'est tellement bien torché avec des riffs qu'on devine taillés pour le live, que l'écoute de chaque morceau donne envie de découvrir le suivant.
À l'inverse de beaucoup de groupes qui commencent basiques à leur premier album et se complexifient ensuite, Death From Above a grandement simplifié son death qu'il a épuré des cassures parfois alambiquées qu'on trouvait sur les morceaux de "
Altered Dimension". La complexité est toujours là, mais nichée au coeur des riffs, et injectée dans des breaks qui pètent le bras.
La production, qu'on doit à Eric Dorléans de Notos Productions, a sauté une marche ou deux depuis leur premier effort "
Altered Dimension", à tous les niveaux, pour se hisser sans rougir épaule contre épaule avec la concurrence. Bien plus compacte, elle met en valeur la puissance du groupe avec des guitares en avant. Allez, si on cherche la petite bête, la voix de Manu, un peu en retrait, aurait gagné à être mise plus en relief.
C'est un pavé brut comme du granit, ciselé avec technicité, avec tout ce qu'on peut demander en matière de death et de thrash, fait avec amour et intransigeance dans le respect des traditions des 90's.
Si je devais jouer aux comparaisons illégitimes avec des sorties de cette année, je dirais qu'on est évidemment pas au niveau du dernier
Revocation, mais que j'ai pris plus de plaisir avec "Reckogning of the Damned" que sur le dernier Cryptosis qui s'est un peu perdu en voulant expérimenter. Comme le dernier
Scorn sorti il y a trois ans où Manu Iriarte tient aussi le micro, ce disque de Death From Above devrait squatter ma clé USB un bon bout de temps, à portée oreilles pour une grosse tranche de métal tranchant.
Tellement d'accord avec cette chronique l'album est excellent j'ai même mis un 18 /20 de mon coté .
Un petit mot sur la pochette qui est vraiment très belle, même si elle peut paraître semblable à un paquet d autres elle attire vraiment l oeil et peut être un incitant à l achat; qui se fera à coup sûr pour moi quand l opportunité se présentera. Belle sortie pour Great Dane, toujours en vie et cela fait bien plaisir!! Merci pour la chro!
Je confirme, fufupue, et le CD rend vachement bien, bel objet !
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