Pour un groupe de musiciens, pouvoir compter sur les talents aussi indéniables que ceux d'un chanteur tel que Cormac Neeson au timbre chaud et habité, dans la plus pure tradition des
Robert Plant,
Eric Martin, Chris Robinson, Janis Joplin ou John Fogerty, est assurément un atout. Et lorsque cette première chance inouïe s'accompagne d'une seconde incarnée par la présence d'un guitariste tels que Paul Mahon au toucher, aux feelings et à la créativité remarquable, forcément la bonne fortune semble vous tendre les bras. Et ce d'autant plus que, de surcroît, à ce duo splendide vous ajoutez une assise rythmique aussi somptueuse que celle formée par l'association du bassiste Michael Waters et du batteur James Hartley. Dès lors rien, si ce n'est les lubies d'un destin capricieux, ou bien encore l'incompétence d'artistes incapables de composer des titres inspirés et efficaces (ce qui, bien évidemment, n'est pas le cas ici), ne semble pouvoir vous empêcher d'atteindre ce firmament tant convoité. Rien ? Et pourtant...
Aussi étrange que cela puisse paraître, fort des qualités et des acteurs évoqués précédemment, les Britanniques de
The Answer ne parviennent pas à convaincre pleinement. Ils poursuivent inlassablement leur chemin errant dans ces mornes plaines incapables de se défaire de cette étiquette de groupe de seconde zone plaisant mais sans génie. Un relatif insuccès qui demeure, pour votre humble serviteur, aussi injuste qu'immérité et dont l'explication réside sans doute dans cette fatalité qui fit de ce
Hard Rock 70's aux guitares épaisses et, parfois, Bluesy, aux chants chauds et embrumés, celui-là même dans lequel ces quatre garçons de Newcastle excellent en somme, un genre qui n'est plus vraiment dans l'ère du temps et qui, de fait, n'intéresse plus qu'un microcosme nostalgique dont le nombre se réduit d'année en année.
Mais trêve de bavardages stériles. Revenons à ce
Raise a Little Hell qui constitue déjà la cinquième tentative de ces natifs de la perfide
Albion. Sans trahir le moins du monde un secret de polichinelle, il apparaît évident qu'elle ne serait pas à même changer le court de l'histoire et qu'elle ne parviendra pas à donner toutes ses lettres de noblesses à une formation qui, pourtant, les mérite. Ici peu de chose auront changé depuis un
New Horizon (2013) tout juste un peu plus fougueux.
Pas de bouleversements profonds donc et ce même si Long
Live the Renegades et son riff nous évoquant subrepticement
Kiss, soutenu par une basse très présente et une voix impériale nous séduit d'emblée. Tout comme un Cigarettes & Regret dont l'esprit nous rappelle immanquablement
Mr. Big, ou un Strange Kinda'
Nothing nous offrant certaines volutes très proches de ce qu'un U2 pouvait proposer du temps de son
Joshua's
Trees. Un Aristocrat à la construction dans laquelle planent les ombres notoires d'un
Led Zeppelin ne saurait pas davantage nous décevoir.
Pas plus d'ailleurs qu'un I Am What I Am, qu'un
Whiplash ou qu'un I Am Cured.
Tout comme Motor
Sister et son remarquable Ride sorti récemment, un disque dont l'essence provient, rappelons-le, des travaux de
Jim Wilson et de son
Mother Superior, ce
Raise a Little Hell possède une âme. Une fois encore
The Answer y démontre donc son aisance dans l'exercice de cette musique superbement colorée, délicieusement rétrograde et incroyablement addictive. Tout du moins pour qui fera parti de ce microcosme mentionné précédemment car une évidence apparaît clairement à l'aune de ce nouveau disque : il ne parviendra pas plus que ces prédécesseurs à extraire le groupe de ces terres empreintes d'anonymat relatif, et d'indifférence crasse, dans lesquelles il erre.
Cette dichotomie (c’est pas faux) vous met dans une position inconfortable. Les vieux vous rappelleront que tout a été dit il y a trente ou quarante ans et les jeunes vous diront que ce sont des vieilleries. Dur.
Dans cette course au conservatisme Hard Rock et Heavy Metal il y a pourtant ceux qui ont trouvé leur bonheur, comme Steel Panther, Airbourne ou Enforcer et il y a The Answer.
Raise A Little Hell ne soulève pas grand-chose si ce n’est cette question : pourquoi ça marche pas ?
Peut-être parce que les irlandais s’attaquent à une ère du Rock déjà « anoblie », dont ses amateurs sont aussi des férus de Jazz abonnés à Télérama ? Peut-être parce que j’aimerais retrouver le plaisir frais ressenti avec leur premier disque découvert, Revival le bien-nommé, en sachant pertinemment que ce moment ne reviendrait jamais ? Ou peut-être par amertume des albums qui vous allèchent avec une pochette fabuleuse mais après un très bon premier titre vous laissent avec du Hard Rock mou, des fillers bâtards d’AC/DC-like aux couplets Glam (I Am What I Am) ou AOR (Red) et ne vous repêchent qu’en bout de course, clôturée une réverb’ qui vous donne envie d’y retourner mais vous savez très bien ce que vous allez y trouver ?
La réponse vient toujours en se posant les bonnes questions.
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