Premiers pas dans le power symphonique ne riment pas toujours avec balbutiements effrontés et mal canalisés. Pour preuve, une formation grecque n'a tari ni de professionnalisme ni d'un sens artistique aigü pour nous offrir une entame de qualité tout à fait respectable. A l'heure où les groupes de metal à chant féminin ont, pour certains, déjà conquis de nombreux publics à l'échelle internationale, d'autres se hissent à la surface tout en évoluant très rapidement, ne serait-ce que sur le plan local. Et
Rage of Romance fait partie de ceux-là !
Le sextet de power symphonique hellenique témoigne de quelques expériences individuelles déjà significatives. En effet, outre les membres fondateurs, à savoir le guitariste Michael Deligioris et le bassiste Leonidas Deligioris, le groupe compte dans ses rangs l'habile guitariste Michael Tiko (Sede Vacante), le puissant batteur Nick Tsiligoudis (
Hatred) et le claviériste au délicat doigté Kostas Giannikopoulos (ex-
Windfall). On ne saurait oublier les envolées lyriques parfaitement maîtrisées accouplées au fin vibrato de la talentueuse soprano Vicky Psarakis (
EVE,
The Agonist). Aussi, ces groupes d'origine ne seraient pas sans influence sur le son délivré par le groupe. Effectivement, sur le plan rythmique, on retrouve la patte fougueuse de
Hatred. Quant aux lignes harmoniques, elles rappellent le groupe de metal mélodique grec
EVE. De plus, le timbre de voix de la diva ne saurait faire oublier ses récents premiers pas chez
The Agonist. Et ce, au regard de leur lyric video relatif au titre "
Disconnect Me" paru en mars de cette année. Du coup, par moments, elle nous rappelle le climat solaire de
Bare Infinity ou encore celui d'
Elysion. Bref, on reste bien calé dans un metal puissant, profond, mélodieux et produit de main de maître, comme savent si bien le faire leurs compatriotes égéens. Muni de ce solide background, que nous offre au juste le combo au regard de cette oeuvre introductive ?
Tout d'abord, on constate une durée d'écoute un peu restreinte par rapport aux standards actuels dans ce registre. En effet, pas plus de huit titres pour environ une quarantaine de minutes nous sont insufflés. Mais lesquels ! Sur le plan atmosphérique, on reste calé sur une mouture power bien trempée mais avec quelques ponts que s'autorise le groupe avec le metal progressif ou le rock symphonique. Pour mieux nous impacter, l'instrumentation se veut souvent dynamique mais sans débordements outrageux, les riffs s'avèrent plutôt arrondis, les arrangements minutieusement travaillés et les lignes mélodiques fluides et immersives à souhait. Ceci étant, les sensuelles inflexions de l'interprète ne sont pas étrangères à cet état de fait. On ne peut donc échapper qu'avec difficulté à l'emprise de cette belle unité orchestrale.
Déjà, la pochette au design inspirée du fantastique est invitante. Une jeune femme mise en lumière et bien centrée semble n'attendre que nous pour remettre le précieux présent qu'elle tient entre ses mains fragiles. Cette image renseigne sur le dessein du groupe autant que sur la générosité artistique et technique de cet opus d'une apparente sobriété. Que nous recèle donc ce cadeau que la muse nous tend ?
Quelques passages évoluent avec emphase, sérénité et un certain aplomb. Ainsi, une touche progressive s'infiltre dans certaines parmi les plus abouties de leurs compositions. C'est le cas de l'outro "Figment of Your
Crimes". Les nappes synthétiques se déploient ici telles un chapelet intarissable de notes en lévitation s'insinuant dans nos pavillons alanguis. Les riffs suivent la cadence à pas feutrés au-delà desquels s'observe un beau toucher en slide sur une seconde guitare. L'embrasement progressif s'effectue à mi-morceau y compris sur le plan vocal, où à chaque pas, la voix se module davantage et monte sans retenue.
Plus classiques dans leur structure rythmique, les morceaux entraînants ne sont pas sans charmes non plus. A commencer par le roboratif "Shadows in
Paradise". Les riffs se font ici plus frondeurs, le piano plus présent. Placé sur un break tardif, ce délicat clavier s'efface devant des riffs rageurs, eux-mêmes laissant s'envoler les notes colorées du refrain, assurément le point culminant du morceau. Un joli solo de guitare y est aussi bien intégré. De son côté, Vicky use d'oscillations et de puissance pour amener couplets et refrains à leur paroxysme. Partant d'une même volonté de nous enchanter, le mélodieux et impactant "Holy
Serenade", sur fond de riffs acides, nous entraîne vers des refrains catchy sublimés par les caressantes vibrations de l'interprète. On aura également remarqué le changement de visage d'une rythmique à la base plutôt épaisse et revêtant un aspect plus souple d'inspiration pop rock, au fil du morceau. Là non plus, un break n'a pas été omis et la reprise qui s'ensuit nous illumine par les confondantes impulsions vocales de la chanteuse. Un poil plus énergique, tout en déployant une rythmique un tantinet syncopée, "Your Hearts
Denial" le long de ses riffs échevelés, nous imprègne d'un parfum mélodique suave, contenu notamment dans les refrains. Là encore, break et reprise vocale complètent un tableau déjà richement orné. Même si le schéma tend à se répéter, les savants enchaînements sont aptes à nous faire oublier cette relative redondance.
Par ailleurs, le combo a souhaité conférer un caractère plus énergique à son projet à l'instar de titres tels que "
Black Winter Heart" ou "Let Me Breath
Again". La première piste se veut frétillante, appelant de ses voeux des riffs vigoureux, que la douce introduction au piano ne pouvait laisser deviner. Tout comme les titres sus-cités, les refrains sont de premier ordre et les couplets ne se montrent pas moins souriants. Cette fois, l'espace vocal fait se conjuguer le timbre aisément identifiable de la diva et des choeurs chatoyants. Enfin, pour mieux nous interpeler, un break d'une profondeur impressionnante apparaît avant de laisser l'onde de choc vocale nous toucher. Le second titre rejoint ce modèle, à la différence près que le rythme se fait parfois plus syncopé et que l'empreinte vocale se cale davantage dans les médiums. L'ensemble n'est pas moins convaincant d'efficacité. L'impact auditif est aussi de mise sur le seul titre usant largement du tapping, à l'aune de "
Lorelei", ce dernier nous octroyant en prime un savoureux solo de guitare.
Malgré ses qualités, le groupe n'aurait-il pas omis un moment plus soft dans son répertoire ? Que nenni ! La magie opère littéralement sur le fondant "The
Silent Fairytale". D'une voix limpide, notre chanteuse a sollicité des choeurs pour nous transporter dans des couplets aux notes précisément placées et dans des refrains d'une intense lumière méditerranéenne. On plonge donc dans ces vagues immersives de notes qui n'ont de cesse de nous caresser l'oreille. On évolue alors dans un bain orchestral aux doux remous sublimés par les ondoyantes envolées de la soprano.
Au final, on résiste difficilement à l'appel de la sirène. Et on se repasse l'album en boucle sans aucun souci. Autrement dit, pari réussi pour le jeune combo grec de nous rallier à sa cause. Ils ont su éviter certains écueils à cet effet. Tout d'abord, ils n'ont pas cherché à user d'artifices orchestraux inutiles, ni de technicité indigeste. De plus, l'ensemble témoigne d'un travail de cohésion instrumentale conséquent. Cet album attisant déjà la gourmandise, le groupe a également veillé à ne pas nous alimenter à satiété en nombre et en durée de pistes. Cette logique de production a pour corollaire de nous amener à profiter pleinement du contenu de leur oeuvre présente tout en nous poussant déjà à chercher à entrevoir une suite à leur projet. Avec seulement huit titres à l'écoute, on se dit qu'ils doivent sûrement en avoir d'autres sous le coude, qu'on a déjà hâte d'écouter pour prolonger notre plaisir. C'est dire si le combo fait preuve d'une gestion plutôt efficace de l'attente de son auditorat.
On conseillera cet opus aux amateurs de metal symphonique à chant féminin ainsi qu'à d'autres publics, orientés metal et/ou rock mélodique, gothique ou atmosphérique. Cette poignée de plages pourra donc retenir plus d'une oreille, y compris celles non encore en phase avec l'univers de la nouvelle scène metal grecque.
Le groupe n'ayant pas économisé ses forces pour régaler nos tympans, il y a fort à parier que les retombées de cette oeuvre ne se feront pas attendre trop longtemps. Pour le moins, cette séduisante entame devrait laisser augurer une suite heureuse à un projet déjà empreint de maturité.
Et je vois mal comment tu peux dire "Bien entendu, le timbre de voix de la diva ne saurait faire oublier The Agonist". A moins que tu aies déjà écouté le prochain album de The Agonist qui sort fin février, personne n'a encore entendu la voix de Vicky avec les canadiens, puisqu'elle a rejoint le groupe cette année ;-)
Pour The Agonist attendons d'entendre l'album en février afin que chacun donne sont avis !
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire