“Les faux prophètes réalisent eux-mêmes leurs prophéties.”
Stanislaw Jerzy Lec
Les prophètes évoquent souvent une part de fascination avec le recul, dans leur dimension à réussir à rassembler les masses, annihiler les pensées propres et emmener, parfois jusqu'à l'extrême, toute une communauté dans un aveuglement parfois total.
Patriarkh, né des cendres d'un
Batushka écartelé par des histoires juridiques et des dissensions entre les membres du groupe, se forme autour de Bartlomiej Krysiuk, chanteur du combo polonais. Conservant ses racines ancrés dans le black metal et une profonde culture liturgique et mystique, Patriarkh se révèle au monde comme une version aboutie, mieux produit et plus ambitieuse de son ancienne horde.
Concept ambitieux autour d'un prophète ayant créé une communauté en autarcie par la seule force de sa foi (le Prophète Elie, donnant son nom au disque) répondant au nom de Wierszalin, patronyme des huit morceaux de l'album. C'est donc une œuvre totale que nous livre les polonais, commencé par l'écriture des textes et la reproduction historique puis l'ajout progressif de la musique. Les musiciens ont mis un point d'honneur à repousser toutes les limites, s'écartant bien souvent du black metal pour aller vers une musique autant symphonique que folklorique, parfois proche du théâtre avec de nombreux instants narratifs (dans de multiples langues, vivantes ou mortes) ou presque religieux. L'écoute n'en est que plus exigeante et déstabilisante aux premiers abords, même s'il s'avère très rapidement que cette difficulté d'accès sera récompensé par une musique complexe, avant-gardiste et viscérale.
Il parait difficile de détailler l'ensemble des compositions tant l'ensemble forme un tout cohérent, avec de nombreux aller-retour entre les pistes, marquant ainsi l'évolution du personnage principal ."Wierszalin III" passe allègrement d'un chant lyrique opératique à un black metal vicieux et intense tout en paradant parfois vers une musique plus lourde et solennelle ponctuée de chœurs tissant la ligne vocale. Que dire de la partie IV s'ouvrant sur un chant féminin sublime (celui de
Eliza Sacharczuk) dans une emphase symphonique qui voit surgir un blast-beat d'une redoutable intensité, laissant s'entremêlé les différentes voix ainsi que les hurlements black. L'ensemble sonne parfaitement, de façon presque ritualiste mais toujours dans une sincérité austère, loin d'une production aseptisée ou surtravaillée en studio. Malgré le travail colossal de mixage (plus de 1000 pistes), il ressort une véritable âme authentique de la musique de "
Prorok Ilja".
Les dessins démoniaques du passé ressurgissent de plein fouet sur "Wierszalin VII" qui laisse éclater sa rage et sa noirceur en même temps que la folie s'empare du protagoniste. Et c'est dans un dernier acte de huit minutes, aux multiples sonorités ethniques que le voyage se termine, une fois de plus dans une complexité des genres et une créativité que l'on sent avant tout transcendé par le concept général. Patriarkh réussi vraiment un petit exploit avec cet album qui, s'il peut finalement paraitre court (40 min), semble d'une complétude absolue et dans une démarche artistique totale devenant rare de nos jours. Difficile de savoir comment retranscrire tout cela sur scène, d'autant plus avec un ancien répertoire plus hétéroclite, mais le voyage proposé ici mérite qu'on s'y attarde. Longuement.
Merci pour la chronique.
Je reste un peu perplexe quant à la légitimité du mec. De ce que j'ai compris c'était lui qui a voulu s'approprier Batushka en prenant le contrôle de tous les réseaux du groupe. Comme d'habitude dur de démêler le vrai du faux dans cette histoire, mais j'avoue que si c'est bien ça, ça me fait un peu chier de supporter le gars dans sa démarche.
Bon sinon musicalement ça a l'air plutôt cool, même si je crains le même défaut de redondance que chez Batushka (le riff principal et la progression du morceau ressemblent beaucoup au 1er morceau du 1er Batushka). A voir sur l'album entier.
J'avoue que j'ai vraiment saisi l'intégralité de l'affaire, c'est pour ça que je ne m'étale pas dessus. Il y a même eu un moment où les deux groupes étaient en simultané avec des line up différent. Ca me rappelle ce qui avait commencé à se passer à un moment avec Immortal.
Sinon, la prod est tellement plus riche que Batushka (je veux dire dans le résultat sonore) que je trouve justement l'ensemble moins redondant car beaucoup plus aéré, plus ample et permettant de vraiment mettre l'accent sur des ambiances très différentes d'un titre à l'autre, tout en étant très cohérent et homogène. Et comme l'ensemble reste assez court, ça passe vraiment très bien.
Merci pour la chro ! Le groupe est un très bon rejeton de Batushka et cet album est plus varié qu le Litourgiya de 2015.
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