Encore un énième groupe de metal symphonique à chant féminin, probablement voué comme tant de ses pairs à une disparition prématurée des tabloïds, me direz-vous, et vous auriez raison ! A quelques nuances près, toutefois...
Conscient des enjeux et des risques courus à vouloir brûler les étapes pour essaimer ses riffs coûte que coûte, le quintet brésilien originaire de Curitiba s'est précisément laissé le temps nécessaire à la pleine maturité de ses compositions. En effet, né en 2017 – sous l'impulsion commune du batteur Guilherme De Paula, du claviériste
Jack Vanderbrook, du bassiste/vocaliste Sérgio Santos et du guitariste Gustavo Kloss –, le combo sud-américain ne réalisera ses deux premiers singles («
Teufelsbuhlschaft » et «
Beltane ») que sept longues années plus tard, soit deux des onze pistes que compte leur introductif et présent album studio, «
Principium », signé dans la foulée chez le puissant label brésilien
Voice Music. Cela étant, en quoi les 50 minutes du ruban auditif de la galette permettraient-elles au collectif de se singulariser de ses si nombreux homologues générationnels ? Lui autoriseront-elles dès lors l'accès au rang de sérieux espoir de cet environnement metal ?
Dans ce dessein, le line up a subi un remaniement partiel. Si l'on y retrouve bien Sérgio Santos, Gustavo Kloss et
Jack Vanderbrook en tant que maîtres d'œuvre, Guilherme De Paula, lui, sera, remplacé par Jeferson Miquelasso derrière les fûts. Renforcé depuis 2019 par la chatoyante empreinte vocale de la mezzo-soprano Maria Sliviany, qui ne sera pas sans rappeler celle de Madeleine "
Eleine" Liljestam, le groupe ainsi constitué évolue dans un rock'n'metal mélodico-symphonique gothique, progressif et cinématique, inspiré, pour l'essentiel, par les vibes de
Nightwish, mais aussi par
Xandria,
Eleine,
Therion,
Within Temptation et
Epica, la touche personnelle en prime.
La mise en musique de la roborative galette repose sur une production d'ensemble de bonne facture, à commencer par une qualité d'enregistrement difficile à prendre en défaut et des arrangements instrumentaux aux petits oignons. Pour mettre les petits plats dans les grands, l'artwork de la cover d'inspiration fantastique et au trait affiné est signé Carlos Fides, claviériste et prolifique graphiste brésilien (Edu Falaschi,
Evergrey,
Noturnall,
Semblant...). De quoi nous motiver à lever l'ancre et à nous installer confortablement à bord du vaisseau amiral pour un parcours que l'on souhaite ponctué de terres d'abondance...
Comme il est de coutume dans ce registre, la traversée démarre sur une mer d'huile, à l'aune d'une laconique pièce symphonico-cinématique. Ainsi, calée sur des arrangements ''nightwishiens'' cristallisés par d'ondoyantes et poignantes rampes synthétiques, «
Principium » impose des roulements de tambour graduellement martelants au fil de sa progression coalisés à une muraille de chœurs que rien ni personne ne saurait enrayer la marche en avant. Mais il ne s'agit là que d'une simple mise en bouche...
C'est à l'aune de ses passages les plus endiablés que la troupe brésilienne marque ses premiers points, et non des moindres. Ce qu'atteste, tout d'abord, «
Teufelsbuhlschaft », mid/up tempo aux riffs épais à la croisée des chemins entre
Eleine et
Therion. Instillé de sémillants arpèges d'accords, mis en exergue par les angéliques ondulations de la sirène, et recelant une insoupçonnée montée en régime du corps orchestral, ce solaire espace d'expression pourrait bien laisser quelques traces indélébiles dans les mémoires de ceux qui y auront plongé le pavillon. Dans une énergie ''nightwishienne'', le trépidant «
Grimoire of Fantasy », pour sa part, nous gratifie à la fois d'un refrain catchy, d'un pont techniciste sous-tendu par un fin legato à la lead guitare et d'un truculent final en crescendo. Enfin, dans la veine coalisée d'
Epica et de
Within Temptation (première période), l'opératique et tonique «
Pandemonium » imposera tant ses grisants changements de tonalité et ses coups de théâtre que les saisissantes envolées lyriques de la diva.
Quand il ralentit un tantinet le rythme de ses frappes, le collectif sud-américain trouve à nouveau, et sans ambages, les arguments pour nous faire plier l'échine. Ce qu'inspire, en premier lieu, « The Waltz of
Melancholy » low tempo progressif aux forts contrastes rythmiques, au carrefour entre
Nightwish et
Eleine. Laissant entrevoir une fulgurante accélération du convoi instrumental à mi-morceau suivie d'un break opportun alimenté d'un touchant piano/voix, lui-même prestement balayé par une bondissante reprise sur la crête d'un entêtant refrain avant que ne s'amorce la chute finale, pianissimo, la tortueuse offrande multiplie les coups de théâtre, comme pour mieux nous retenir. Et ce n'est pas le fringant solo de guitare octroyé qui nous déboutera du seyant et énigmatique méfait, tant s'en faut. Dans cette mouvance,les ''nightwishiens'' low/mid tempi «
Beltane » et « New Orb » ne sauraient davantage être esquivés, l'un étant surmonté de délicates gammes pianistiques et greffé sur une sente mélodique des plus enveloppantes sur laquelle se calent les fluides oscillations de la déesse, le second recelant un refrain immersif à souhait et des enchaînements intra piste ultra sécurisés. Ce faisant, ces entraînants efforts seraient à classer tous deux parmi les hits en puissance que l'on ne quittera que pour mieux y revenir.
Lorsqu'ils nous mènent en des espaces plus tamisés, nos compères se muent alors en de véritables bourreaux des cœurs en bataille. Ce qu'illustre, d'une part, «
Aura Spectrum », ''xandrienne'' ballade progressive et d'une sensibilité à fleur de peau. Glissant le long d'une radieuse rivière mélodique qu'empruntent les pénétrantes modulations de la maîtresse de cérémonie et livrant parallèlement un poignant solo de guitare, l'instant privilégié comblera à n'en pas douter les plus exigeantes des attentes de l'aficionado de moments intimistes. Ce dernier ne pourra davantage se détourner de «
Lament of My Soul », une frissonnante et ''nightwishienne'' ballade atmosphérique voguant sur de délicats arpèges pianistiques et encensée, là encore, par les ensorcelantes oscillations d'une interprète bien habitée.
Est-ce à dire que le sans-faute serait au bout du chemin ?
Pas tout à fait. Ce que prouve le ''nightwishien'' mid/up tempo « The Great Arcanum » eu égard à ses séries d'accords uniformisées et tendant à une persistante répétibilité, et à quelques linéarités mélodiques que les magnétiques patines de la belle ne sauraient relever. Enigmatique et techniquement plus complexe, le ''xandrien'' mid tempo syncopé « Hecatomythium », lui, évolue au sein d'un étrange ballet des vampires sous-tendu par de puissants et métronomiques roulements de tambour ; empruntant moult chemins de traverse tout en peinant à sauvegarder d'engageants harmoniques, l'intrigant effort ne saurait davantage prétendre à une inconditionnelle adhésion.
On ressort de l'écoute de la luxuriante rondelle gagné par l'agréable sentiment d'effeuiller une œuvre à la fois enjouée, épique et romantique, apte à nous retenir plus que de raison. Cependant, si elle s'avère variée sur les plans atmosphérique et rythmique, la galette l'est en revanche bien moins quant à son assise oratoire, la belle monopolisant le micro sur la majeure partie de la traversée. Par ailleurs, d'aucuns auraient probablement souhaité des exercices de style plus diversifiés qu'ils n'apparaissent – fresques et duos manquant cruellement à l'appel –, quelques prises de risques supplémentaires et l'éradication de tout bémol susceptible d'affadir l'attention du chaland. Jouissant néanmoins d'une ingénierie du son plutôt soignée, d'une technicité instrumentale et vocale parfaitement maîtrisée et de sentes mélodiques dores et déjà finement sculptées, nombreuses sont les armes de cette offrande pour faire de ce quintet brésilien un outsider que la concurrence se fera fort de ne pas mésestimer. Sans doute la première page d'une histoire au long cours...
Note : 15,5/20
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