Pourvoyeur d'un nombre non négligeable de formations metal symphonique à chant féminin depuis plus de deux décennies déjà, le Mexique n'aura de cesse d'en enfanter. Aussi, après
Fortaleza,
Anabantha,
Anna Fiori et consorts, le prolifique Etat latino-américain compte-t-il désormais dans ses rangs ce jeune quartet originaire de Mexico, cofondé par le compositeur et bassiste
Vlad Landeros et le compositeur, arrangeur et guitariste Emir Bucio en 2016. Rapidement rejoints par le batteur et arrangeur Alejandro Altamirano et la frontwoman et parolière Sharon Portilla, nos acolytes se sont laissés le temps de peaufiner leurs compositions, le groupe n'accouchant de son premier bébé, le présent album full length « Principia », que deux ans plus tard. Une galette sortie chez le puissant label mexicain Denver Discos Y Cintas, où 10 pistes s'égrainent sur un ruban auditif de 37 minutes. Prudent dans sa démarche, le collectif n'affiche pas moins une réelle détermination à en découdre, et ce, non sans armes pour assurer sa défense...
Le groupe latino-américain évolue dans un metal mélodico-symphonique classique, dans la veine de
Nightwish,
Delain,
The Murder Of My Sweet,
Fortaleza et consorts. Aussi, nous livre-t-il un message musical à la fois volontiers frondeur, souvent enjoué, un brin romantique, à la technicité éprouvée, infiltré de touches hispanisantes essaimées çà et là, contribuant précisément à le sublimer. Ce faisant, on effeuille un set de compositions aux portées savamment échafaudées et dont les mélodies se révèlent aisément impactantes. Jouissant d'arrangements efficients, la galette témoigne également d'un mixage bien équilibré entre lignes de chant et instrumentation. Si quelques finitions restent encore à parfaire et certaines sonorités résiduelles à évacuer, elles ne sauraient à elles seules entraver la traversée dans cette attrayante contrée...
C'est sur un vivifiant tempo que s'effectue le plus clair du parcours, nos compères disséminant alors quelques séries de notes susceptibles de retenir le chaland plus que de raison. Ce faisant, passée la brève et somme toute dispensable entame instrumentale « Principia », le combo ne saurait tarder à nous projeter sur des charbons ardents. Aussi, l'accroche s'effectuera sans jambage à l'aune de «
Burning Hands », pulsionnel et ''lacunacoilesque'' up tempo aux riffs épais, à l'imputrescible tonicité percussive et mis en exergue par les puissantes et claires inflexions de la sirène. Dans cette énergie, l'offensif et hispanisant « Abre Mi Corazón », pour sa part, témoigne d'arrangements de bonne facture, d'insoupçonnées accélérations rythmiques et d'une ligne mélodique des plus magnétiques, nous poussant dès lors à une inconditionnelle remise du couvert. Enfin, au regard de son refrain immersif à souhait et de son intarissable pugnacité rythmique, on ne pourra davantage éluder le belliqueux et ''delainien'' « State of Mind », premier single du groupe, sorti il y a tout juste quatre mois. Mais là ne s'arrête pas la ronde des saveurs...
Le propos révèle, par ailleurs, de grisants effets de contraste atmosphérique, rythmique et vocal. Dans cette dynamique, on retiendra « Let Me Go », ''delainien'' mid/up tempo où d'obscurs couplets relayent de solaires refrains, tandis que les limpides patines de la belle répondent en écho aux growls ombrageux d'une bête acariâtre. Et la sauce prend, une fois encore.
Quand la cadence ralentit un tantinet, la troupe trouve là encore matière à encenser le pavillon. Aussi, c'est d'un battement d'aile que l'on se verra happé par l'entêtant refrain dont s'enorgueillit l'enivrant et ''nightwishien'' mid tempo progressif « Beauty and the
Beast ». Délivrant parallèlement de saisissantes montées en puissance du corps orchestral, octroyant de subtiles variations rythmiques, surmonté d'un fringant solo de guitare et mis en exergue par les troublantes envolées lyriques de la déesse, le tubesque méfait aura bien peu de chances de rater sa cible. Difficile également d'échapper au filet tendu par « Designio », chatoyant et addictif mid tempo magnifié par un duo mixte en voix claires en parfaite osmose, qui ne sera pas sans rappeler
Fortaleza.
Sur un même modus operandi, certes moins directement orientés vers les charts, d'autres espaces d'expression n'en trouveront pas moins un écho favorable auprès de l'aficionado du genre. Ce qu'illustre, d'une part, le complexe et néanmoins engageant « The Cosmic Noise », charismatique et sensuel mid tempo à mi-chemin entre
Delain et
The Murder Of My Sweet. Calé sur un riffing crocheté, octroyant un break opportun prestement balayé par un échevelant solo de guitare, encensé par les hypnotiques modulations de la princesse, le pulsionnel propos n'aura guère tari d'arguments pour asseoir son autorité et surtout nous aspirer en son sein. D'autre part, glissant sur un envoûtant cheminement d'harmoniques, recelant un fin legato à la lead guitare et abondant en effets de surprise, le théâtralisant et élégant « La Promesa » fera plier l'échine à plus d'une âme rétive...
Lorsque la lumière se fait douce et que s'apaisent les tensions, nos guerriers nous livrent alors leurs mots bleus les plus sensibles. Ainsi, glissant pourtant sur une sente mélodique par trop convenue, le tendre «
Silver Fields » laisse néanmoins entrevoir des couplets finement ciselés relayés chacun d'un fondant refrain. Mise en habits de soie par le gracile filet de voix de la maîtresse de cérémonie, cette ballade progressive lovée dans un écrin romantique se charge en émotions au fil de notre parcours, nous intimant dès lors d'y revenir aussitôt l'ultime mesure envolée.
Pour son premier essai, le groupe mexicain n'a tari ni d'allant ni d'inspiration mélodique, nous conviant alors à une œuvre aussi énergisante que délicate, propice à un inaliénable headbang. En dépit d'une production d'ensemble somme toute perfectible et d'un manque cruel de prises de risques, le propos révèle néanmoins de rutilants enchaînements intra-pistes, un réel potentiel technique et une frontwoman à l'hypnotique grain de voix. Diversifié sur les plans atmosphérique et rythmique, le méfait offre parallèlement une palette étoffée en matière d'exercices de style, exception faite d'une fresque symphonico-progressive, dont l'absence serait de nature à frustrer quelque peu l'aficionado du genre. Mais le combo latino-américain a encore bien le temps d'affûter ses gammes et ses arpèges pour espérer accéder au rang de valeur montante du metal symphonique à chant féminin. Pour l'heure, à l'instar de cette pimpante et sensible livraison, la troupe disposerait d'ores et déjà d'armes suffisamment tranchantes pour venir jouer les trouble-fête...
Note : 14,5/20
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