Poder Latino

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Nom du groupe A.N.I.M.A.L
Nom de l'album Poder Latino
Type Album
Date de parution 14 Avril 1998
Enregistré à Indigo Ranch Studios
Style MusicalNéo Metal
Membres possèdant cet album6

Tracklist

1.
 Milagro
 03:55
2.
 Familia (Es la Oportunidad)
 04:00
3.
 Los Que Marcan el Camino
 04:06
4.
 Poder Latino
 03:05
5.
 Loco Pro
 03:33
6.
 Dejar de Ser
 04:54
7.
 Latino America
 02:45
8.
 Gracias Doy
 04:34
9.
 Esclavo de Ilusión
 02:58
10.
 Aliento Inocente
 04:07
11.
 Camouflage
 03:20
12.
 Cop Killer (Body Count Cover)
 03:59
13.
 Fuerza para Aguantar (Ramones Cover)
 02:48
14.
 Cinco Siglos Igual (ft. Leon Gieco)
 04:35

Durée totale : 52:39


Chronique @ Game_system

22 Août 2019

Poder Latino brille par sa belle variété et ses bons gros riffs.



Bon, je crois qu’une introduction du groupe est plus que nécessaire avant de se jeter à la critique de cet album. ANIMAL est une formation née en Argentine en 1991 à Buenos Aires, et constitué à l’origine d’Andrés Jiménez au chant et à la guitare, Marcelo Corbalán à la basse et aux backing vocals ainsi que Andrés Vilanova à la batterie. Le nom du groupe est un acronyme qui veut dire Acosados Nuestros Indios Murieron Al Luchar, ce qui peut se traduire littéralement par « Couchés nos indies sont morts en combattant ». Un nom de groupe qui témoigne beaucoup de l’attachement de la formation à l’histoire latino-américaine. À ses tout débuts, ANIMAL officiait dans un registre thrash metal, avec une approche plus groove tel que c’était la tendance au début des années 90’s. Un premier changement majeur pointe le bout de son nez avec le troisième album El Camino del Hombre (« Le chemin de l’homme ») en 1996, où la formation latino a entamé un virage musical plus orienté vers le hardcore. Malgré sa très faible production et son manque cruel de variété, il a permis au groupe de connaitre un premier succès grâce à des titres avec de fortes paroles chantées en espagnol devenus rapidement des hymnes dans la scène metal latino, et des riffs dont l’efficacité est vite démontrée sur scène. On peut dire que la carrière musicale d’ANIMAL a réellement débuté avec cet album. Deux ans plus tard, le trio latino remet les couverts avec un quatrième album, en prenant comme référence EL Camino del Hombre afin d’en apprendre les erreurs commises et d’en améliorer les éléments qui en avait fait sa force ; processus qui donnera lieu à une nouvelle orientation musicale.

Tout commence avec « Milagro », qui débute avec un bref scratch du bassiste suivi par un riff au rendu bien groovy et lourd, avant de se prendre très rapidement dans la tronche un bon gros riff de guitare bien puissant reprenant le même que celui du bassiste. Dès le début, il n’y a plus aucun doute quant à la direction musicale de Poder Latino, qui emprunte la voie du néo-metal. Une nouvelle direction musicale finalement pas si surprenante que cela lorsqu’on prend la peine de lire les crédits de l’artwork et l’on constate que l’album a été produit par… Max Cavalera en personne. À cette période, le brésilien venait tout juste de former Soulfly, dont le premier album avait de fortes influences néo-metal. Qui plus est, Poder Latino a été enregistré à Indigo Ranch Studio, à Malibu, véritable cathédrale sacrée du néo-metal, où les albums les plus importants du genre ont été enregistrés, dont l’œuvre fondatrice du genre, le premier Korn paru en 1994. C’est aussi dans ce même studio que Sepultura a enregistré Roots en 1996 et Soulfly son premier album éponyme. Aucun groupe ne peut ressortir de ce lieu sans adopter le son bien lourd et puissant du néo-metal, et ANIMAL n’y a pas échappé. Revenons à « Milagro ». À la suite de ce début en tonnerre, le riff continue sa lancée quelques instants jusqu’à ce qu’Andrés y pose sa voix. Elle reste globalement dans le même état d’esprit que dans son prédécesseur, avec la différence que cette fois-ci il développe un chant lors du refrain.

Les titres suivants sont globalement dans le même style que la première chanson, tous sont construits autour d’un gros riff souvent joué lors des couplets, avec un refrain et des vocaux oscillant entre punk, hardcore et chant néo. On constate que le bassiste participe aux vocaux avec une plus grande fréquence, comme c’est le cas sur « Es la Oportunidad » ou « Los Que Marcan El Camino », son apport n’est pas négligeable du tout, il donne un aspect plus dynamique aux chansons en balançant à tout vas ses paroles après celles d’Andrés, voir en même temps que lui pour y donner un aspect plus fédérateur propre au punk. Cette nouvelle formule fonctionne plutôt bien, les riffs sont à faire détruire nos cervicales, les vocaux des deux compères rivalisent d’intensité, la basse groovy est plaisante, les refrains faciles à retenir, et les paroles portées sur l’histoire ainsi que le combat de l’Amérique Latine sont intéressants et cohérents avec l’esprit et les engagements du groupe. Dis comme ça, on est en droit de craindre que le groupe soit encore une fois tombé dans le même piège que celui du précédent disque, qui est celui de proposer tout au long de l’album le même type de chansons avec une variété presque inexistante, donnant au tout un résultat trop homogène. Il n’en est rien dans Poder Latino.

Si la première moitié de l’album propose globalement le même type de structures, ce n’est pas le cas de « Loco Pro », qui se distingue par ses fortes influences hip-hop inédites chez la formation. Le bassiste balance son flow durant les couplets, suivi du refrain chanté par le guitariste accompagné par un riff saturé ; une formule qui a déjà fait ses preuves par le passé chez d’autres formations. Mais ce n’est qu’à partir de la seconde moitié qu’ANIMAL nous sort l’artillerie lourde avec des chansons qui surprennent par leur variété. À commencer par l’excellent « Gracias Doy », titre qui prend un virage plus néo-metal traditionnel, avec exclusivement du chant et des riffs moins explosifs et plus aérés mais toujours aussi puissants. D’une redoutable efficacité, Andrés impressionne par son chant rempli d’intensité, qui plus est avec de belles paroles sur la confiance en soi, la remise en question et la poursuite des quêtes personnelles. Une très belle chanson rapidement suivie par une autre tout aussi sublime si ce n’est plus, et pourtant dans un registre complétement différent : il s’agit du merveilleux « Esclavo de Ilusión ». Ballade acoustique foutrement réussie, le chanteur impressionne encore une fois par son chant qui brille par sa maîtrise et par son intensité émotionnelle. Les paroles atteignent leur paroxysme en terme d’émotion, par leur beauté poétique et le sujet abordé, il devient alors vite impossible d’écouter cette chanson sans chanter la totalité des paroles faciles à retenir, à condition que l’on comprenne l’espagnol bien sur.

Mais ce n’est pas tout, cette galette s’annonce comme celle des surprises pour ANIMAL. La formation s’est fait plaisir et nous propose non pas une, mais bien deux reprises, de deux groupes aux styles bien différents. Le premier est « Fuerza para Aguantar », qui n’est autre que la reprise chantée en espagnole de « Strength to Endure » des Ramones. Principalement chanté par le bassiste, elle confirme les influences punks de la formation, le fait qu’elle soit chantée dans leur langue natale lui donne un aspect très personnel ; une cover dans un genre qui se détache du reste des chansons. Dans un registre très différent, la seconde reprise n’est autre que « Cop Killer » de Body Count, chanson très polémique à son époque car elle évoque le meurtre de policiers américains en représailles à l’assassinat massive et souvent impunis d’afro-américains par la police américaine (il suffit d’écouter le speech d’Ice-T au début de la chanson originale pour comprendre le caractère vengeur envers la police américaine). Elle est issue du premier album éponyme de Body Count sorti en 1992, pionnier dans la fusion de rap/hip-hop et de heavy metal. Elle est également chantée en espagnol (cette fois-ci par le guitariste), l’agressivité et l’engagement des paroles couplé avec les riffs heavys se marient bien avec le style d’ANIMAL. Enfin, comme dernière parmi cette longue et belle liste de surprises, la formation argentine a décidé de clôturer Poder Latino avec « Cinco Siglos Igual », une ballade en collaboration avec León Gieco, un chanteur argentin très populaire dans son pays, connu pour ses chansons mélangeant éléments folkloriques et rock argentin, sur fond de paroles aux fortes connotations sociales et politiques. La chanson utilise des instruments traditionnels aux ballades populaires argentines, tels que le piano ou des instruments à vent folkloriques, joué de manière lente, calme et discrète pour laisser la place au chant; pour un résultat qui, encore une fois, est complètement différent. León Gieco exécute avec grand professionnalisme ses parties de chant, normal quant on sait qu’il est considéré en Argentine comme le maître du genre ; tandis qu’Andrés s'essaie du mieux qu’il peut à l’exercice périlleux du chant traditionnel argentin.

Poder Latino s’impose incontestablement comme la plus grande réussite du groupe au moment de sa sortie (et même jusqu’à aujourd’hui à vrai dire), et devient un album majeur de la scène metal latino-américaine, faisant passer El Camino del Hombre au stade de simple démo, tellement la formation a réussi à faire beaucoup mieux et à gommer toutes ses erreurs (malgré que quelques chansons comme « Falsedad » ou « Aliento Inocente »risquent de rester un peu dans l'ombre à cause de leur ressemblance avec les premiers titres). La différence de production y est pour beaucoup, celle de Poder Latino étant beaucoup plus claire et limpide – elle bénéficie du même rendu et de la même qualité de production que celle du premier Soulfly, (merci tonton Max). Son efficace mélange de néo-metal et de punk/hardcore couplés avec le chant hispanophone et la surprenante variété des chansons lui confère une singularité particulière par rapport aux autres productions de la scène néo-metal.

Poder Latino brille par sa belle variété et ses bons gros riffs, accompagnés d’un doux et chaleureux vent latino.

3 Commentaires

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JeanEdernDesecrator - 24 Août 2019:

Merci pour ta chronique, je ne connaissais pas ce groupe. Ça rappelle le Soulfly des premiers temps, mais chanté en espagnol  ! A écouter...

Hibernatus - 25 Août 2019:

Bonne chronique, qui m'a donné envie d'aller écouter ce disque évoluant dans un style qui n'est franchement pas ma tasse de thé, et sur une scène que je ne connaîs guère (l'Argentine, pour moi, c'est Rata Blanca). Bon, tu ne m'aura pas converti au neo Metal, mais j'ai passé un bon moment, avec il est vrai le chant en espagnol qui fait toujours son petit effet chez moi. Merci pour la chro.

Game_system - 31 Août 2019:

@JeanEdernDesecrator: Tout à fait ! La production rappelle beaucoup celle du premier Soulfly, mais avec un aspect latino encore plus prononcée. Oui, le chant en espagnol est un grand avantage dans ce disque.

@Hibernatus: J'ai envie de dire, c'est déjà bien comme ça ! Le néo regorge de perles passées inaperçus qui, je pense, peuvent être appréciés au-delà de la sphère des fans du genre. Poder Latino, comme tu le prouves, fait partie de cette catégories d'albums, il est souvent cité comme référence par les fans de metal latino, dont tous ne se revendiquent pas forcément comme fan de néo. Et oui, le chant espagnol et les paroles contribuent énormément à son appréciation. Bonne écoute !

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