C'est marrant comment les groupes de Neo, même lorsqu'ils furent bons à un moment donné de leur carrière (le plus souvent à leurs débuts), ont cette incapacité aujourd'hui à proposer quelque chose de neuf. Après
Sevendust, c'est au tour des pourtant talentueux
Taproot de se tourner au ridicule, et de sombrer dans les affres du médiocre.
Plead the Fifth s'annonçait comme un retour aux sources, c'est finalement un beau pétard mouillé que nous délivre le quatuor du Michigan.
Le groupe au nom le plus ridicule de toute la langue française proposait à ses débuts une musique qui ne l'était justement pas, ridicule. "
Gift", même si il ne constituait pas en soi ni une révolution, ni un chef d'oeuvre, demeurait néanmoins un album d'excellente fracture, qui défoulait bien, et qui se démarquait avec un Neo
Metal contrasté bien plus subtil et intelligent que la plupart des albums du genre. Puis, peu à peu, le combo s'est davantage rapproché d'un rock alternatif à la U2, pas désagréable, mais sans beaucoup d'invention. Je suis plutôt partisan des groupes qui changent et innovent, quitte à prendre à contre-pied leur public et à le décevoir, mais il faut bien avouer qu'un retour aux sources de la part des quatre garçons aurait été plus que bienvenu pour mes oreilles sensibles et délicates, lassées d'entendre un groupe plutôt doué gâcher son talent à faire du rock convenu et formaté. Et là, miracle ! Les gros et gras riffs qui ouvrent "Now Rise", premier titre du nouvel album de la formation, parviennent jusqu'à mes tympans. Enfin, ça se remet à cogner ! On se prend à espérer l'impossible. Et quand on se penche un peu mieux sur tout ça, on redescend vite sur terre…
Oui, on était bel et bien en droit d'espérer le meilleur lorsque l'on entend les riffs bien bœufs du début de "Now Rise". La chanson commence sur les chapeaux de roue, et se fait l'augure d'une bonne grosse mandale… qui finalement n'arrivera jamais ! Au bout de 30 secondes de chanson, on embraye déjà vers un refrain mélodique mal fichu et qui n'a rien à foutre là. Le contraste saisissant qu'il y a toujours eu dans la musique de
Taproot entre passages musclés et passages plus posés est ici accentué au maximum, mais ça ne le fait malheureusement plus du tout. Autant les couplets sont balaises et envoient le pâté, autant les envolées mélodiques sont bordéliques, mielleuses et insupportables au possible, car pas du tout adaptées aux grosses gueulantes et aux riffs béton qui les précédaient. Une tare qui persistera tout au long du disque.
L'autre mauvais point de l'album est aussi cette incapacité, que j'avais cité en début de chronique, à proposer une musique un tant soit peu originale et novatrice.
Plead the Fifth , c'est un mix de tout ce que vous aimez (ou que vous avez aimé), mais que vous avez déjà entendu et réentendu. Beaucoup de Neo donc (
Game Over, Trophy WiFi…), pas mal de rock alternatif (Factured, Words Don't Mean a Thing…), et même un peu d'Emo (911ost). Chaque style étant scrupuleusement repris de manière à plaire au plus grand nombre et à ne choquer personne, avec format radio compris (seuls 2 titres dépassent les 4 minutes) afin de faciliter encore plus la digestion de cet album ultra calibré et insipide, dans la plus pure tradition du produit marketing de consommation (à la seule différence que
Taproot n'explosera jamais dans les charts, et ferait mieux, comme
Hed PE, de faire une musique vraiment personnelle et intéressante en vue de ce constat, plutôt que de continuer à faire de la soupe en espérant pouvoir rencontrer enfin le succès, mais bref, je m'emporte…).
Le nouvel album de
Taproot est donc un album en plastoc qui sonne complètement creux, et qui enlève toute crédibilité au groupe, qui semble avoir définitivement répondu aux sirènes de la facilité et de la médiocrité.
Plead the Fifth ne sera donc pas sauvé ni par sa pochette (enfin un cover qui ressemble à quelque chose !!!), ni par la voix originale de Stephen Richards, ni par les passages bien bœufs qui parsèment l'album ci et là (et qui restent quand même bien costauds dans l'ensemble), ni même par le joli "911ost" ou par l'entraînant "Stolage" (seul titre vraiment bon de la galette). Se contenter d'enfiler des titres courts et catchy, avec grosse prod' et grosses guitares, ne suffit pas pour prétendre à un bon album, ni à revenir à un retour aux sources du même niveau du très bon
Gift. Il est dommage d'avoir à dire cela à un groupe qui avait pourtant fait ses preuves jadis, et qui semblait avoir compris ces règles fondamentales. Les musiciens avaient su à l'époque éviter les pièges de la facilité outrecuidante qu'offrait alors le Neo… pour finalement retomber 10 ans plus tard dans le genre de travers qu'ils avaient toujours chercher à contourner dans leurs jeunes années. Dommage, vraiment dommage !
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire