Onze ans déjà depuis son quatrième album studio, «
The World I've Lost », que le combo russe n'avait plus fait parler de lui... D'aucuns pouvaient alors légitimement penser les espoirs de pérennité de ce projet à jamais envolés. Contre toute attente, tel un
Phoenix renaissant de ses cendres, voici le collectif moscovite à nouveau prêt à en découdre !
Le temps pour la troupe de procéder à un remaniement de fond de son line-up. Aussi, aux côtés du claviériste/vocaliste Stepan Zuev y retrouve-t-on la chanteuse d'origine du groupe, Olga Trifonova, en remplacement de Natalia Terekhova ; Participent également, et pour la première fois, à l'aventure, trois ex-membres du groupe de death mélodique russe Sangvis, à savoir : Denis Nikulshin, à la basse ; Denis Burkin, aux guitares ; Sergey Moroz, à la batterie. S'y adjoint, pour l'occasion, Alyona Gindina (ex-
Hidden Time) en qualité de parolière et de growleuse. De cette fraîche collaboration naîtra le bien-nommé «
Phoenix » ; une galette de 13 pistes signée, tout comme sa devancière, chez le puissant label allemand
Out Of Line Music.
S'il continue d'officier dans un rock'n'metal gothique à la fois atmosphérique, empreint de délicatesse et romantique, dans la lignée de «
Without You » et de «
Stop My Heart », bien plus que dans la mouvance de «
The World I've Lost », le combo a également inséré l'une ou l'autre sonorité ''moderniste'' dans son propos. Se dessine alors une œuvre pétrie d'élégance, abondant en subtilités mélodiques, qui n'est pas sans renvoyer à
For Selena And Sin,
Mortal Love,
Atargatis, voire
Lacuna Coil. Enregistré, mixé et samplé, à son tour, par
Vitaly Chulkov, la rondelle laisse entrevoir des arrangements instrumentaux de bon aloi ainsi qu'une péréquation de l'espace sonore entre lignes de chant et orchestrations. Un soin particulier a également été apporté aux menus détails au moment où cette œuvre se voit gratifiée d'une belle profondeur de champ acoustique. Il ne nous reste plus qu'à suivre nos acolytes dans leurs pérégrinations...
C'est sur une cadence mesurée que s'effectue le plus clair de la traversée, la troupe démontrant une fois encore sa capacité à concocter ces séries d'accords qui longtemps pour resteront gravées en mémoire après y avoir plongé le pavillon. Aussi ne mettra-t-on qu'une poignée de secondes pour se voir happé par le refrain catchy exhalant des entrailles de «
Phoenix » ; un tubesque et ''lacunacoilesque'' mid tempo aux riffs crochetés, encensé par les pénétrantes inflexions de la sirène. Dans la même veine mais calé, lui, sur de puissants et métronomiques coups de boutoir, « My Chance » ne recèle pas moins de séduisants arpèges d'accords ainsi qu'un flamboyant solo de guitare. On pourra encore orienter le tympan aussi bien vers «
Worth Waiting For » – un félin et organique low/mid tempo disséminant de sémillantes séries de notes sur lesquelles se greffent les troublantes patines de la belle – qu'en direction de «
My Shadow Self », un mid/up tempo aux relents metal moderne, faisant montre d'enchaînements intra piste ultra sécurisés.
D'autres passages de cette trempe nous rappelleront plus sûrement les introductives mesures du combo ; de quoi ravir le fan d'un
Dark Princess de la première heure. Ainsi, nous renvoyant à l'époque de «
Without You », l'entraînant « A
Reason to Be », eu égard à l'infiltrant cheminement d'harmoniques qu'il nous invite à suivre, est à classer parmi les hits en puissance que l'on ne quittera que pour mieux y revenir. Dans cette dynamique, « The Light » se pose tel un low tempo progressif pétri d'élégance, nous gratifiant d'un entêtant refrain, là encore, mis en exergue par les ensorcelantes oscillations de la frontwoman. On ne saurait davantage éluder l'aérien « Your
Flame » tant pour les magnétiques ondulations de la princesse égrainées sur un sillon mélodique quasi imparable que pour les deux sémillantes soli de guitare octroyés. Un poil plus corrosif et générant une énergie aisément communicative, le mid/up tempo « Unburnt » pourra non moins nous retenir dans ses filets. Mais le magicien aurait encore d'autres tours dans sa manche...
Dans une même énergie mais investies d'une touche death gothique, d'autres instants ne se feront guère moins incitatifs à l'adhésion. Ce que prouve «
Falling to Fly », un ''draconien'' mid tempo aux riffs épais et à la basse vrombissante, voguant au fil d'une avenante sente mélodique et recelant un refrain immersif à souhait ; misant parallèlement quelques espoirs de l'emporter par un duo féminin en voix de contraste finement esquissé, cet énigmatique méfait met en regard les cristallines volutes de la déesse et les growls glaçants d' Alyona Gindina. Et la sauce prend, là encore, sans tarder.
Comme ils nous y avaient accoutumés, nos compères trouvent à nouveau matière à nous retenir plus que de raison à l'aune de leurs tendres aubades. Ce qu'illustrent, en premier lieu, «
Taste of
Freedom » et «
Not Enough », ballades progressives et romantiques jusqu'au bout des ongles, dans le sillage de
Mortal Love, la première, esquissant un poignant solo de guitare, la seconde, de délicates gammes pianistiques. Livrant chacun une ligne mélodique des plus enveloppantes, alors magnifiée par le chatoyant vibrato de la maîtresse de cérémonie, ces deux instants privilégiés ne se quitteront qu'à regret. Difficile également de passer outre «
The Void » tout comme « The
Pain I
Need », ''lacunacoilesque'' ballade aux couplets finement ciselés, toutes deux investies d'un délicat picking à la guitare acoustique auquel s'adjoint le frissonnant filet de voix de la diva.
A l'issue de notre périple, force est d'observer que la formation russe, loin de restée campée sur ses acquis, a su ouvrir largement le champ des possibles stylistiques ; une prise de risque consentie et parfaitement assumée par nos acolytes.
Plus varié sur les plans atmosphérique et rythmique que vocal, le message musical témoigne également d'une ingénierie du son plutôt soignée. D'aucuns auraient sans doute souhaité des exercices de style plus diversifiés, fresques, instrumentaux et autres duos mixtes manquant à l'appel. Des carences toutefois compensées par des mélodies aussi engageantes que savamment élaborées, une technicité instrumentale éprouvée, et, bien sûr, par les hypnotiques modulations d'une interprète au faîte de son art. Quoiqu'il en soit, près de 20 ans suite à sa sortie de terre, et après une longue traversée du désert, le combo russe revient au premier plan. Chapeau bas !
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