Beaucoup d'eau aura coulé sous les ponts entre les premiers efforts de
Synthetic Breed et les derniers. En effet, le combo australien, né à Melbourne en 2002, est passé d'une sorte de neo metal avec des éléments industriels à un cyber metal mélangé djent et death metal. Autant dire qu'on change du tout au tout et les membres doivent alors moduler la technique et le plan de jeu. Autant dire que ce n'est pas si facile que ça...
Influencée comme beaucoup d'autres par le mélange
Strapping Young Lad,
Meshuggah et
Fear Factory, cette formation expérimentée a su reprendre en partie le travail de
Sybreed (portant à peu de chose près le même patronyme), utilisant un nombre incalculable de riffs techniques, syncopés et polyrythmiques soulevant un certain aspect mécanique et carré. Cet effet est relevé par une batterie arythmique mais aussi des samples futuristes et des claviers sombres et décadents aux sonorités électroniques plus ou moins mises en avant selon les morceaux. Ajoutez à cela un chant alternant growl, cri et parties claires, et vous avez
Synthetic Breed.
Il est évident que le cocktail n'est pas nouveau, ce style de cyber metal se développant énormément depuis la fin des années 2000. Mais les Australiens le font bien, et n'hésitent pas à intégrer des touches black et souvent death au sein de ses compositions, afin d'aérer et de varier son propos. Le côté progressif joue aussi beaucoup, concept oblige : tout n'est que structure, et donc artifice, dans un monde régulé par la thermodynamique ou l'anticanon.
Synthetic Breed nous propose alors onze titres possédant pas mal de groove dans l'ensemble, mettant l'accent sur la technique des riffs, la hargne du chant et les ambiances sombres et particulièrement étranges. L'électronique agit comme un enrobage, à la manière d'un « Slave Design » de
Sybreed, sans toutefois posséder son extrême agressivité. Les harmonies sont toutefois bien opérées, comme sur le pessimiste « Oblivion » ou le furieux «
Beyond the
Sphere of
Reason » et son break djent typique.
A l'inverse du précédent opus « Catatonic », «
Perpetual Motion
Machine » puise sa force dans le côté effrayant de certaines parties, mettant en valeur le destin tragique de l'humanité. Parfois proche du « Terminal
Code » de
Cruentus sur « Molecular Self Assembly », cette offrande nous gratifie de riffs très maîtrisés et accrocheurs accompagnés d'une atmosphère particulière rappelant parfois
Born of Osiris. En effet, on n'est pas à cent pour cent dans le cyber mais parfois proche d'un deathcore aux relents djent évidents.
Cependant, l'album souffre d'une production approximative en ce qui concerne la batterie qui ne claque pas assez là où ça aurait pu faire mal, sans doute trop en retrait par rapport aux instruments et surtout aux guitares qui font la part belle aux ambiances souvent mélancoliques, à la manière de « Mirrored
Reflections » entre autres. La voix criée aussi peut être gênante si on y fait trop attention, elle manque de modulation et de profondeur, sauf dans les parties claires à la
Scar Symmetry. A contrario, un « Afflictions of Advancement » mise beaucoup sur l'alternance death/math metal en proposant quelque chose de plus agressif et rentre-dedans, mettant en valeur un rendu assez aliéné et maladive avec ces riffs déjantés et cette ambiance électronique malsaine. La fin, elle, change radicalement de bord, car atmosphérique et sereine.
Synthetic Breed signe un opus assez réussi et en adéquation avec sa personnalité, malgré des influences évidentes. La direction prise sur ce «
Perpetual Motion
Machine » est véritablement dans l'air du temps, sans non plus suivre bêtement le travail des pointures du style. A écouter, malgré ces quelques défauts qui peuvent encore être corrigés.
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