Échancrure. Projet expérimental échafaudé depuis la France. À l'heure actuelle, le terme "expérimental" s'utilise à tort et à travers, désignant le génie aussi facilement que des daubes sans nom. On est dès lors en droit de se montrer méfiant lorsqu'une jeune formation revendique l’appellation, car si des mastodontes comme
Ulver n'ont plus rien à prouver, beaucoup de novices omettent parfois de se laisser pousser un peu les dents avant de pondre une galette. Échancrure sort ici son premier album "Paysage.
Octobre.", a-t-il les crocs suffisamment aiguisés? Huit pistes anonymes, ou un voyage initiatique à travers l'univers dérangé d'un esprit brisé.
Du point de vue de la forme, le projet se réclame d'influences indus, ambient et black metal. Celles-ci se traduisent par des percussions saturées qui créent une pulsation répétitive, ritualiste. Une basse seconde la batterie, évoluant dans des boucles chromatiques qui kidnappent la santé mentale de l'auditeur. Et si ça ne suffit pas, les guitares électriques plaintives se lamentent, presque humainement, sur de longues notes aiguës et dissonantes, pour notre plus grande détresse. Un côté grotesque se dessine alors que claviers et violons se répondent sur des mélodies inspirées, mais qui ont une saveur ironique, glaçante, dans cet univers fané. Par des accords dérangeants, on passe de passages ritualistes-indus à des moments plus ambiants, où d'occasionnels samples s'unissent aux instruments. Difficile parfois de les distinguer de la voix d'A., seul personnage derrière le projet. Peu mises en avant, les parties vocales se résument à des chuchotements angoissés, dans l'ombre, à des voix fantomatiques, à moitié rêvées.
Au cas où ce n'était pas encore clair, il faut dire que l'atmosphère créée par Échancrure est fascinante. Angoissante, torturée et grotesque, et amèrement dotée d'une certaine beauté, elle se hisse au niveau des maîtres de la folie musicale, de références comme
Abruptum. Mais sur les créations de ce dernier, surtout sur les premiers albums, on sentait parfois que le résultat terrifiant de leurs compositions devait peut-être un peu au hasard, que la direction n'était pas toujours maîtrisée. Au contraire, ici Échancrure évite la voie de la facilité. Les morceaux sont construits et réfléchis, avec soin et sans hâte perceptible durant l'écoute. On peut prendre pour preuve du talent du bonhomme l'aisance dont il fait preuve en jouant de multiples instruments : guitares, claviers, violons, etc. Car, comme son compatriote Vaerohn de Pensées Nocturnes, A. préfère la prestation originale aux samples de cordes et de piano. Un choix avisé, qui apporte de la personnalité à la musique.
D'une manière générale, si le rôle de la musique est de faire vibrer l'âme de l'auditeur, Échancrure remplit son office. Générateur de frissons d'inconfort, fascinant dans sa beauté angoissante, grotesque et malsain, "Paysage.
Octobre." est un voyage éprouvant, mais délicieux et rafraîchissant pour l'oreille d'un mélomane aguerri, à la recherche du bizarre, de l'interdit, de sensations fortes. Pour peu que l'opus bénéficie d'un tirage physique, il rejoindra le mythique "Transformalin" de Nattramn, ainsi que l' "Heliogabalus" de
Rorcal dans ma bibliothèque, comme un emblème intemporel de la crise intérieur de l'être humain contemporain. Ni plus ni moins.
On croirait presque que vous êtes payés pour mettre des notes aussi élevées... (je parle d'ailleurs du site Spirit of metal en général où tout le monde a la main large sur les notations.)
Relativisez un peu, ce n'est quand même pas le chef d’œuvre du siècle. Je veux bien essayer de comprendre que ça vous fasse vibrer et que votre subjectif prenne le dessus mais de là à mettre un 19...
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