Patrón

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18/20
Nom du groupe Patrón
Nom de l'album Patrón
Type Album
Date de parution 29 Mai 2020
Labels Klonosphere
Style MusicalStoner
Membres possèdant cet album3

Tracklist

1.
 Room with a View
 05:43
2.
 Who Do You Dance for
 03:27
3.
 Very Bad Boy
 06:13
4.
 Jump in the Fire
 05:14
5.
 The Maker
 04:19
6.
 Hold Me Tight
 03:33
7.
 Seventeen
 06:54
8.
 Around My Neck
 03:37
9.
 Leave it All Behind
 04:55
10.
 She Devil
 03:56
11.
 How to Land
 04:02

Durée totale : 51:53

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Patrón


Chronique @ JeanEdernDesecrator

30 Mai 2020

Règle n°1 : Le Patrón a toujours raison

On se fie parfois trop aux apparences pour coller une étiquette sur un album avant même de l'avoir écouté. Un logo en néon rose fluo, une pochette créée par Thomas Bihoré, représentant une femme lascive avec option tétons qui pointent sur fond de gratte-ciel stylisés, et on peut s'imaginer un nouvel émule de Steel panther qui commet un revival potache et permanenté des années 80. Que nenni.

De la même manière, la vidéo confinement participative du single "Who Do You Dance For ?", exhibant moult déhanchés en chambre et jardins, pourrait faire croire à un groupe pop rock joueur et outrageusement fun ayant par inadvertance coché la case stoner. Il n'en est rien.

Il n'en est rien, et heureux celui qui écoute la petite voix de la curiosité et gratte au burin le vernis superficiel des choses.

Patrón, c'est le nom de cet album, du groupe, et le surnom de Lo, chanteur et guitariste de Loading Data, qui est à l'origine de ce projet. Et Patrón est aussi un clin d'œil à Alain Johannes (Queen Of The Stone Age), qui a participé, joué, sur "Patrón" (l'album, j'en vois un qui ne suit pas) et produit le disque. Patrón est partout, en toute chose.

Il se trouve que Loading Data est un des pionniers du stoner en France, depuis 1999, poursuivant une carrière mouvementée avec plusieurs line-ups successifs entre France et USA, où Lo, son leader, a partagé les années de sa vie. Il en a résulté quatre albums, dont le dernier datant de 2013, "Double Disco Animal Style", voyait sa musique sortir de plus en plus des rails du stoner à la Queen Of The Stone Age et s'enrichir de groove, de mélodie, et d'une ambiance torturée de rêve/cauchemar éveillé.

Loading Data étant en stand by depuis quelques temps, et Lo ayant de coté des compositions personnelles, et l'envie d'explorer librement d'autres territoires musicaux, celui-ci s'est mis en quête de musiciens. Les maquettes des morceaux qu'il avait préparé ont fait leur petit effet, puisque il a pu réunir pour enregistrer des pointures en doublant tous les postes, comme on dit dans le foot. A savoir des membres -et ex membres - de QOTSA, Alain Johannes (guitare, basse, claviers, chant, et divers instruments...), Joey Castillo (batterie) et Nick Oliveri (Basse). Ajoutons le guitariste Aurélien Barbolosi (Aston Villa), le batteur Barrett Martin (Mad Season, …), ainsi que Monique St Walker et Aurelia en renfort pour les voix.
L'album a été enregistré, comme le dernier Loading Data, au studio personnel d'Alain Johannes, le 11AD de Los Angeles, une caverne d'Ali Baba remplie d'instruments et d'amplis, où ont enregistré QOTSA bien sûr, mais aussi des artistes aussi divers que Chris Cornell, Eagles of Death Metal, No Doubt, ou Mark Lanegan.

La découverte des 11 titres de "Patrón", l'album, sorti ce 29 Mai 2020 sur le label Klonosphere, confirme au premier abord les velléités pop de Lo et ses compères. Par la simplicité des compositions articulées autour d'une ou deux idées, d'une mélodie accrocheuse. Par la permanence du groove, du hochement de tête, du balancement indolent du pied sur un pattern rythmique simple et/ou répétitif. L'importance de la profonde voix de basse de Lo est centrale dans les compositions, il est presque théâtralisé, un peu comme un personnage aux facettes multiples, crooner, conteur, confessé, séducteur, auto destructeur…
On trouve pas mal d'éléments des années 80, l'âge d'or de la pop, disséminés de ci, de là, mais de manière intelligente. Par exemple, ces samples de "clap" ou d'enclume (ça c'est plus années 90, chacun son arme de dissuasion massive), qui avaient été tellement rabâchés à l'époque qu'ils déclenchaient une subite envie de couper le poste, sont incorporés aux rythmiques de certains passages de "Who Do You Dance For ?" et "Room With a View", qu'ils colorent, transformant ces affreux souvenirs en madeleines de Proust. Mais.. si ça se trouve, ce foutu "clap" est-ce que ce n'est pas moi qui l'ai rêvé, hein ? Puisqu'on parle de madeleine de Proust, Patron me rappelle dans son fonctionnement un de mes groupes préférés des années 80, The The, le projet solo de Matt Johnson, autre chanteur charismatique à la voix particulièrement grave, autour duquel gravitaient des musiciens de confiance, d'un album sur l'autre, et des invités. Ca mélangeait pop, jazz, et même des chouia de metal.

Dans le monde de Patrón, on est emporté par une nostalgie qui transforme ce disque en machine à remonter le temps facétieuse, qui fait visiter les époques dans le désordre. Le rock des années 90 avec ses riffs entêtants à la Garbage ("Very Bad Boy", l'ultra jouissif "Around My Neck", "How To Land") . Les Années 80 ("Who Do You Dance For ?", "The Maker" et ses harmonies vocales graves qui m'ont rappelé …Pow Wow ?!). Le psychédélisme des années 60 (les claviers chevrotants de "Leave it All Behind"). Les crooners du Rat Pack et les années 50 et certains accents à la Elvis du chant de Lo ("Room With a View"). Le XIXème siècle des westerns sur "Seventeen" où on sent presque la poudre de Colt et les remugles de Saloon abandonné.

Mais il y a une chose qui est totalement à la pointe de 2020, c'est la production d'Alain Johannes, qui réussit la quadrature du cercle : vintage mais moderne, crade mais nickel chrome, simple en apparence mais détaillé au microscope, gras et clair, entier et éclaté, humble mais clinquant. Dit comme ça, ça ressemble à un fantasme de gonzesse. Ce n'est pas un son étalon, mais exactement la production qu'il fallait pour faire tenir ensemble tous les éléments hétéroclites qui composent cet opus.

Le chant de Lo est sur un piédestal à juste hauteur, et parvient à changer de personnage tout en restant dans cette zone des graves où il est si à son aise, mis à part le dernier titre "How to Land" où il s'envole un peu plus dans les médiums avec bonheur. Sa prestation est quasi parfaite ; on pourrait presque dire qu'il en fait un peu trop… mais un conteur se doit d'en faire des caisses pour happer son auditoire, un séducteur doit déployer tous ses atours pour arriver à ses fins. La fin justifie les moyens, et toc.
La batterie est très naturelle, organique, avec un zeste de groove Zeppelinien sur certains titres, le jeu de Joey Castillo et Barrett Martin est très rock, épuré avec des rythmiques simples la plupart du temps, même en ternaire ("Jump In The Fire", "She Devil") où le mouvement rejoint un groove binaire. Il y a quelques rythmes plus torturés ou destructurés qui tournent en boucle, comme celles qu'on trouve souvent dans Loading Data. La basse est bien présente, d'autant plus qu'elle drive certaines parties, et on entend à merveille son grain (ah, les slides gouleyants sur "Hold me Tight"). Les guitares sont à la fête, et pas dans le sens pop du terme : fuzz en tous genres, crunchs et chaleureuses, électriques et grinçantes,… D'autres instruments sont présents, claviers, orgue, et même charango, pour enrichir le décor de chaque titre.

J'entends déjà les esprits chagrins crier "Mais, gneu gneu gneuuuu, c'est de la pop, c'est pas du metal, où il est le stoner, gneu gneu gneu." Et ben, arrête de pleurer, parce qu'il y en a, et du bon. La moitié des titres ("Jump in the Fire", "Hold me Tight", "Leave it All Behind", "She Devil", "How to Land") sont clairement dans la lignée de Loading Data et/ou de Queens Of The Stone Age du meilleur cru, tout en suivant le crédo de Patrón. Et dans les autres titres, même les plus délurés, rien n'est tout rose, ou tout propre, il y a de la sueur et des fluides corporels, et du gras dans les cordes. L'album est varié et d'une grande cohérence dans sa globalité.

Evidemment, ce n'est pas un album totalement parfait, et on peut chipoter sur quelques petites baisses de rythme (le très pop "The Maker" atteint les limites de mon sectarisme musical par exemple), ou les toutes dernières mesures de "Very Bad Boy" qui s'enlisent un peu alors qu'une pirouette qui tue aurait bien conclu l'affaire à mon humble goût.
Mais cela n'enlève rien à la réussite aboutie qu'est cet opus qui redonne un sacré coup de fouet à un genre comme le stoner qui a trop tendance à rouler peinard dans ses ornières. Que ce soit du stoner, de la pop, du rock ou autre chose, on s'en fout un peu tant que ça fait bouger les cervicales et que ça remue les tripes. Il n'y a qu'à écouter "Who Do You Dance For ?". Le riff tourne une fois et demie, et déjà, on sait qu'on va se le passer en boucle 500 fois.

Je dois avouer que j'ai découvert Patrón, avec l'œil dubitatif du petit candide, et que Patrón m'a retourné comme une crêpe. Ca m'aurait fait mal de louper un des seuls trucs réjouissants de ce début 2020.

Comme quoi, le Patrón a toujours raison.


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