Sieges Even est (ou plutôt était) un groupe de metal progressif allemand qui n'a jamais vraiment été reconnu malgré sept albums studio, de 1988 à 2007, de bonne qualité en général. Le combo avait eu le mérite d'avoir fait découvrir au monde les frères Holzwarth, Alex et
Oliver, qui jouent depuis quelques années avec les plus grands groupes, et peut-être maintenant de révéler deux autres musiciens : Arno Menses et Markus Steffen. Peu après la sortie du septième (et dernier) album de
Sieges Even, Paramount, les deux musiciens sus-cités ont pris ce qui n'était à l'époque qu'une pause, pour former
Subsignal. Un claviériste, un bassiste, et un batteur on été recruté, et
Subsignal faisait ses débuts. Les sieurs Menses et Steffen quittent alors
Sieges Even en 2008, qui finit par se séparer complètement cette même année. Le premier album du nouveau projet voit le jour en 2009, reçoit un accueil chaleureux des spécialistes, ce qui permet de continuer le contrat pour le deuxième album avec le label Golden
Core, peu connu certes, mais appartenant à la puissante compagnie allemande, ZYX Music.
En 2011 sort donc
Touchstones, qui révèle une musique oscillant entre le rock, le heavy metal, avec quelques touches progressives. On remarquera dans la musique de
Subsignal on continuité du travail de
Sieges Even, surtout par rapport à Paramount. Sur cet album d'ailleurs on y trouve le titre
Eyes Wide Open, premier titre composé simplement par Menses et Steffen, qui se rapproche beaucoup de ce que contient le troisième album de
Subsignal dont nous allons parler aujourd'hui,
Paraíso.
Dans un monde musical dans lequel chaque détail d'un produit compte, une place importante est donnée à l'artwork ; et si certains préfèrent les images fourmillant de détails (que j'apprécie aussi bien sûr), je préfère de loin une pochette au style sobre et épuré comme celle de
Paraíso. Le cerveau luisant n'est peut-être pas du meilleur goût (on notera qu'un autre cerveau était déjà présent sur le premier disque de
Sieges Even en 1988, Lifecycle), mais sa position dans l'image suggère plusieurs symboles et rend la chose intéressante. On peut par exemple penser à une vision du monde dominé par la matière "grise", puisque celle-ci est placée sur un planisphère (avec vue sur la Méditerranée si je ne m'abuse). Pour en finir avec les détails techniques, la tracklist est composée de dix titres pas particulièrement longs, dont une introduction, qui donne une durée totale de cinquante-trois minutes, ce qui est largement suffisant si la qualité est présente.
Paraíso s'ouvre sur Time and
Again, avec un son de métronome qui laisse la place aux violons. Ceux-ci installent une atmosphère pesante et mélancolique, atmosphère renforcée par la voix, douce et triste. Commence le titre éponyme, avec une guitare assez lourde qui impose un riff stricte. Le chant continue sur la même idée, assez grave, très rock, sérieux. On se sent tout de suite serein, avec ce clavier léger en arrière-plan et ce riff de guitare simple et calme. Le refrain laisse apparaître un chant un peu plus aiguë, qui tend plus vers le metal. Le petit pont central est sympathique, sans prise de tête mais parfaitement réalisé, dans un esprit très rock.
Rock, cet album l'est principalement, et le metal ne fait que des incursions passagères, pour donner un peu de lourdeur et de corps à l'ensemble. Le chant non plus n'est pas trop metal, et déconcertera celui qui s'attend à une voix puissante qui part dans les aiguës toutes les deux minutes. C'est vrai qu'ici c'est plutôt calme, seuls quelques morceaux contiennent de la guitare électrique du début à la fin, car pour une fois ce n'est pas cet instrument que est prépondérant. D'ailleurs aucun instrument n'est au premier plan tout au long de l'album, la production, très claire – très rock, laisse la place à chaque son chacun son tour. On a donc pour guider la mélodie parfois une guitare sèche, parfois un piano, parfois même juste une voix.
Commençons par les deux titres les plus puissants de cet album que sont A New Reliance et A Giant Leap of
Faith (une réminiscence de certains album de
Sieges Even ça, les titres à rallonge). Le premier propose un excellent riff bien efficace, très sérieux, soutenu par un clavier électronique qui ne fait que quelques apparitions sur cet album, puis arrive le chant sur un rythme reggae (pourquoi pas après tout).
Subsignal tente de nouvelles choses, expérimente, avec une certaine réussite : les lignes de chant sont en décalage avec le riff, puis vient le petit passage instrumental après le refrain, qui dévoile cette fois-ci des cuivres sur un tempo assez rapide, avant de retrouver une petite partie de piano du meilleur effet, accompagnée par un chant magnifique, très émotionnel ; on en oublierait presque les cuivres joyeux trente secondes avant.
Le deuxième titre cité au paragraphe supérieur est l'un de mes préférés de l'album. Les lignes de piano sont démoniaques, torturées, et introduisent au mieux le riff de guitare qui suit. Le chant qui est très rock au début se fait ensuite plus metal, plus haut, pour déboucher sur un refrain assez puissant, par rapport au reste de l'album bien sûr. Le début du titre contraste avec son passage calme, avec encore ce magnifique piano et cette voix douce et enchanteresse, la musique se fait alors plus aérienne, presqu'atmosphérique.
C'est sur A Heartbeat Away qu’apparaît le plus selon moi la touche progressive originaire encore une fois de
Sieges Even. Tout commence sur une mélodie à la guitare sèche, soutenue par le piano, avec un chant très beau, légèrement mélancolique. Le refrain change alors la tonalité du morceau avec ses guitares très lourdes. Le son se fait plus pesant petit à petit, le rythme s'accélère, des instruments s'ajoutent peu à peu. Le tout se termine par une jolie petite mélodie à la guitare sèche avec une petite basse discrète.
Pour ce qui est des autres titres, on y retrouve moins de folies, moins d'expérimentations, pour avoir un album entre rock et metal somme toute assez classique. C'est une petite déception, car on voit très bien le potentiel, les musiciens ont de l'expérience ce n'est pas pour rien, mais on dirait qu'ils se contentent de mélodies plutôt simples comme sur
The Blueprint of
Winter. La présence de Marcela Bovio (
Stream of Passion,
Elfonia, grande amie d'
Arjen Lucassen) sur ce titre sauve la mise et rattrape le coup. C'est pareil sur The Stillness
Beneath the Snow, le chanson est très belle, la guitare sèche est très bien, parfaitement à son aise, la mélodie est à pleurer ; mais il manque le petit quelque chose habituel. Peut-être est-ce dû à un petit manque de cohérence entre le refrain, plus lourd, et le reste du morceau (une expérimentation loupée ?).
Bref, il y a dans ce
Paraíso de bonnes choses, plein de bonnes choses, mais messieurs Menses et Steffen peuvent faire beaucoup mieux. Il n'y a pas vraiment de faiblesses sur cet album, mais juste des passages un peu en-dessous. C'est un album qui vaut le détour pour sa volonté de trouver une musique différente en puisant à la fois du côté du rock et du metal. L'album plaira aussi d'ailleurs aux amateurs de belle musique calmes, car de sur ce point-là les allemands sont presque parfaits. Si on fait confiance à nos deux ex-
Sieges Even, alors on peut s'attendre au meilleur pour la suite.
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