S'il est des formations désireuses d'échafauder peu à peu leur édifice avant de se lancer dans l'arène, ce quartet italien originaire de Tarente serait assurément du nombre. Créé en 2008 sous la dénomination C.O.B.R.A., le groupe conféra tout d'abord une dimension heavy metal à son projet, à l'image de ses deux premiers EP, «
Dark Warrior » et « Rise
Again », alors réalisés en 2011. Mais ce n'est que cinq ans plus tard qu'un réel décollage du collectif transalpin s'amorcera, et ce, à l'aune de son single «
Anthelion », l'une des 9 pistes de son premier album full length, «
Conspiracy of
Blackness and Relative
Aftermath », écoulé via SG Records ; un vibrant opus d'obédience heavy mélodique qui non seulement recueillit d'excellents retours à l'échelle locale mais qui également retint l'attention du Rock
Hard Italy magazine. Etat de fait qui ne sut empêcher la troupe, alors forte d'une expérience studio et live de près de 10 ans, de chercher à étoffer sa palette artistique de nouvelles sonorités ; dans ce dessein et suite à une refonte de son line-up, c'est en 2018 que C.O.B.R.A. deviendra
Conspiracy Of
Blackness.
Avec, désormais, Grazia Riccardo (frontwoman), Antonio Bortone (guitares), Andrea Caliri (basse) et Francesco Salerno (batterie), à la barre, le groupe ainsi (re)constitué à la fois poursuivit son activité scénique et réalisa, en 2021, deux singles («
Collapsed » et «
Welcome Death »), soit deux des dix plages de son nouvel album studio, «
Pain Therapy », sorti, lui, chez le puissant label italien WormHoleDeath Records, quelque deux années plus tard. Ce faisant, nos acolytes ont troqué la fibre heavy d'hier pour un inattendu rock'n'metal alternatif du début des années 2000 doublé d'une touche atmosphérique gothique, influencé dès lors par
Lacuna Coil,
Evanescence,
We Are The Fallen,
Angelzoom et
Regardless Of Me (à l'époque de « The World Within ») ; alors parsemées d'ondulantes et ''waveuses'' nappes de claviers, les 41 pulsionnelles minutes de l'organique propos courraient le risque de décontenancer le fan de la première heure, mais pas nécessairement un tympan déjà familiarisé avec les rampes synthétiques d'antan...
Fruit d'un travail en studio de longue haleine, le skeud jouit d'une production d'ensemble de bonne facture signée Alessandro Spenga (BluArtic Studios). Aussi, la goûteuse galette témoigne-t-elle d'un mixage parfaitement ajusté entre lignes de chant et instrumentation et d'une saisissante profondeur de champ acoustique. N'accusant ainsi pas l'ombre d'une sonorité résiduelle, l'engageant méfait bénéficie parallèlement d'arrangements instrumentaux particulièrement soignés. Pour mettre les petits plats dans les grands, l'artwork d'inspiration fantastique et à la chaude couleur cuivre repose sur la finesse de trait du fusain du graphiste et ex-bassiste du groupe refondu,
Antares De Nunzio. Mais embarquons sans plus attendre à bord du navire pour une expédition que l'on souhaite ponctuée d'îlots enchanteurs...
C'est à l'aune de ses passages les plus vitaminés que le combo italien marque ses premiers points, dont quelques pépites parsemées çà et là dans son sillage. Ainsi, c'est d'un battement de cils que les refrains catchy exhalant des entrailles des entraînants mid/up tempi «
Collapsed » et « Con il Nastro Rosa » aspireront le tympan. Au carrefour entre
Lacuna Coil et
Regardless Of Me, ces vibrants propos se voient à la fois pourvus de riffs crochetés, injectés d'enveloppantes nappes synthétiques et mis en exergue par la sirène, dont les chatoyants médiums s'apparenteraient à ceux d'une certaine Cristina Scabbia (
Lacuna Coil). Dans une même dynamique, difficile d'esquiver aussi bien le bouillonnant «
Afterlife » que le sensuel « The Moth » qui, dans la veine d'
Evanescence, nous gratifient tous deux de couplets finement ciselés relayés chacun d'un refrain, certes, convenu mais des plus entêtants. Techniquement plus complexe mais guère moins avenant eu égard à ses seyants arpèges d'accords, le ''lacunacoilesque'' « Rise » n'aura pas tari d'arguments pour asseoir sa défense, et par là même nous retenir, un peu malgré nous.
Nos acolytes parviennent non moins à nous rallier à leur cause à la lecture de certaines de leurs plages à la cadence un tantinet plus mesurée. Ce que prouve, en premier lieu, «
Welcome Death », mid tempo aux riffs un brin tourbillonnant dans la veine coalisée d'
Evanescence et de
Regardless Of Me. Si les langoureuses et magnétiques reptations de son serpent synthétique ne sauraient relâcher leur étreinte bien longtemps, le tempéré méfait ne recèle pas moins une insoupçonnée montée en régime du corps instrumental assortie d'une ambiance "gorgonesque" ; mis en habits de lumière par les impulsions en voix de tête d'une interprète bien habitée, le ''tubesque'' effort ne se quittera qu'à regret. Dans cette énergie, on ne saurait davantage éluder le ''lacunacoilesque'' low/mid tempo «
The Bride of
Ash » eu égard à ses enchaînements intra-pistes ultra sécurisés et à son refrain immersif à souhait qu'encensent, là encore, les frissonnantes patines de la princesse. Enfin, pourvue de riffs épais, de sémillantes variations atmosphériques et d'incantations masculines semblant émerger du fin fond des âges, le mid tempo « Last Man Standing » demeure une intrigante et néanmoins jouissive alternative roots, contrastant alors avec les organiques effluves dont la galette abonde.
Quand les lumières se font plus tamisées, nos compères parviennent là encore à se jouer de toute tentative de résistance à l'assimilation de leurs portées. Ce qu'atteste « Oblivion », low tempo atmosphérique gothique à la frontière entre
We Are The Fallen et
Angelzoom ; calé sur une mélodicité toute de fines nuances cousue sur laquelle semblent danser les cristallines volutes de la déesse, c'est en de célestes contrées que nous mène le lévitant instant. On pourra toutefois sentir poindre une certaine frustration au regard des 2:27 laconiques minutes de l'aérien message musical.
Est-ce à dire qu'un sans-faute serait au bout du chemin ?
Pas tout à fait. Ainsi, octroyant pourtant de grisantes et opportunes accélérations, mais accusant d'intarissables linéarités mélodiques doublées de répétitives séquences d'accords, nous menant alors bien souvent sur des chemins de traverse, l'''evanescent'' mid tempo «
Bones » ne saurait prétendre à une inconditionnelle adhésion.
Au terme d'un périple palpitant et enivrant à la fois, un doux sentiment de plénitude nous gagne. Doté de cette rare capacité à accoucher de ces séries d'accords qui font mouche et qui, peu ou prou, restent gravées en mémoire, le quartet italien témoigne parallèlement d'une technicité éprouvée et judicieusement exploitée, et surtout de sentes mélodiques finement esquissées et, somme toute, accrocheuses sans se faire invariablement sirupeuses. On pourra toutefois regretter une certaine stéréotypie en matière d'exercices de style et des sources d'influence pour l'heure insuffisamment digérées. Si le combo transalpin consent également à l'une ou l'autre prise de risque et s'il veille à davantage de diversification de son propos sur le plan oratoire, son projet pourra alors gagner en épaisseur artistique. Pouvant néanmoins compter sur le chatoyant filet de voix de la frontwoman et s'étant efforcé de soigner son ingénierie du son, le collectif aurait dores et déjà une belle carte à jouer pour se hisser parmi les sérieux espoirs de cet éclectique espace metal. Bref, première incursion en terre d'abondance...
Note:15,5/20
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire